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"Elle est montée sur le ring": comment le RN a vécu la première semaine du procès en appel de Marine Le Pen

BFM Sophie Dupont
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Alors que quatre jours se sont écoulés depuis le début du procès en appel de l'affaire des assistants parlementaires européens, les membres du Rassemblement national retiennent toujours leur souffle. Si Marine Le Pen se sent plus écoutée qu'en première instance, le risque de l'inéligibilité plane encore comme une épée de Damoclès.

La première semaine du procès en appel du RN s'est achevée jeudi 15 janvier à la cour d'appel de Paris. Onze personnes, dont Marine Le Pen, ainsi que le parti sont jugées en seconde instance dans l'affaire des dites des assistants parlementaires européens. Un procès décisif pour l'avenir politique du RN et surtout pour l'identité de son candidat à la présidentielle de 2027: si Marine Le Pen était à nouveau empêchée en appel, elle a prévenu qu'elle passerait la main.

Cette dernière était présente tous les jours à son procès, en plus de son activité dans l'hémicycle de la Chambre basse. Ce vendredi, jour sans audience, la députée est en déplacement à Marseille aux côtés de Franck Allisio, en pleine campagne pour les municipales.

"Elle est montée sur le ring. Quand elle monte sur le ring, elle monte pour se battre", raconte un proche qui l'a croisé plusieurs fois cette semaine à BFMTV.

Et d'ajouter: "elle est très concentrée, très sérieuse dans son approche. Elle est très préparée. Tout le monde est mieux préparé. Louis Aliot et Julien Odoul sont mieux préparés." Les deux cadres du parti sont également sur le banc des accusés ayant fait appel.

"Il a fallu digérer" la première condamnation

La veille au soir de l'ouverture de son procès, Marine Le Pen avait par ailleurs réuni ses troupes pour leur présenter ses vœux 2026. Un participant confie: "elle a dit aux vœux 'le pire n’est jamais certain'", avant d’ajouter: "elle était émue lundi soir. Son discours était assez poignant. Elle m’a dit 'je vendrai chèrement ma peau'".

La figure du RN est entrée en appel avec un nouvel état d'esprit, après le coup de massue du premier procès. Elle a été condamnée pour détournement de fonds publics le 31 mars 2025 à quatre ans de prison dont deux ferme sous bracelet électronique, 100.000 euros d'amende et, surtout, cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire.

"Elle a pris acte du jugement de première instance. Il a fallu le digérer", souligne un cadre du parti d'extrême droite.

"Je pense qu'une fois qu'elle a pris acte, elle s'est mise à la place de la partie adverse", poursuit ce dernier auprès de BFMTV. "Elle veut dire 'j’entends ce qu'on me reproche mais moi je dois expliquer que je n'ai pas voulu commettre de délit, ma démarche n'était pas de commettre un délit. Les règles du jeu avaient bougé.'"

"Un énorme espoir" après les premiers jours d'audience

Le RN s'est lancé dans ce nouveau parcours judiciaire de manière déterminée, et après les premiers jours d'audience, le parti perçoit l'espoir de voir une issue différente de la première instance. Un lieutenant de Marine Le Pen veut croire que le procès en appel se passera mieux que le précédent. "Ce qui commence à se passer au palais de justice nous fait lever un énorme espoir. Ils sont en train d’étudier le droit et pas de faire de la politique", juge-t-il.

Un sentiment que semble partager Marine Le Pen, selon lui. "Elle n'était pas optimiste et là je ressens une éclaircie." En privé, en clôture de cette première semaine d'audience, la cheffe des députés RN confie avoir le sentiment d’être plus écoutée, de manière incomparable avec le procès en première instance.

Une chose est sûre, Marine Le Pen "ira au bout pour s'en sortir", nous souffle un proche, même s'il ajoute qu'elle pense que "ça sera raide". "Ça se joue à rien. On est sur une histoire qui est quand même ric-rac. On se dit sur le papier que c’est compliqué. Ça ne veut pas dire que c’est impossible".

L'hypothèse d'un bracelet électronique: "on a commencé à en parler"

L'espoir naissant au sein du RN ne fait pas diminuer la crainte de voir la figure historique du parti être empêchée de se présenter à l'élection présidentielle de 2027. "Ce sera un sacré coup dur si c’était le cas", assume le proche de Marine Le Pen précité.

Un collègue insiste: "pour moi si ce n’est pas Marine je vais fondre en larmes".

Sans ticket d'entrée pour se présenter à la prochaine présidentielle, qu'adviendra-t-il pour Marine Le Pen? "Si elle n'est pas candidate, elle aura un sacré pincement au cœur. Mais elle a tout préparé pour que ça se passe le mieux possible, à la différence de son père", assure un élu. "Et elle a trouvé le meilleur des candidats", Jordan Bardella.

Dans le cas de figure où son dauphin porterait les couleurs du parti à l'élection présidentielle, "Marine Le Pen laissera Jordan Bardella s’affirmer dans la relation avec les Français", promet un cadre du RN. "Elle veut qu’on gagne."

En première instance, Marine Le Pen avait été donc condamnée à cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire, mais aussi à quatre ans de prison dont deux fermes aménagés sous bracelet électronique. Une perspective qui, si elle était confirmée, deviendrait à elle seule une épine dans le pied.

"On a commencé à en parler", confie un autre proche. "Je crois que c’est Ambroise de Rancourt (le directeur de cabinet, NDLR) qui a commencé à en parler, et Renaud Labaye (secrétaire général du groupe RN à l’Assemblée nationale, NDLR). On s’interroge: c’est quoi une campagne avec un bracelet? J’ai cru comprendre qu’il pourrait y avoir des aménagements."

Le procès devrait durer jusqu'au 11 février. La décision de la cour d'appel de Paris est attendue pour l'été.