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75 millions de dollars pour une hagiographie de Melania Trump : comment Jeff Bezos s'achète les bonnes grâces de Donald Trump

BFM Sophie Hienard
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Melania arrive en salles aux États-Unis le 30 janvier. Le documentaire financé par le patron d'Amazon devrait rapporter au moins 28 millions de dollars à la First Lady.

Panneaux publicitaires tagués, moqueries, critiques... Avant sa sortie en salles, le documentaire sur Melania Trump suscite des remous. Melania, le film qui suit la Première dame américaine dans les 20 jours précédant l'investiture présidentielle de Donald Trump, sera projeté en salles le 30 janvier 2026, et diffusé plus tard sur Prime Video.

Nul doute que "cet aperçu rare sur l'univers de la Première dame", réalisé par Brett Ratner et produit par Amazon, sera hagiographique. D'autant que Melania Trump aurait eu un contrôle créatif sur certains éléments, notamment sa représentation à l'écran et les thèmes mis en avant.

Pour la First Lady, le documentaire s'inscrit dans une stratégie de communication plus large. En 2024, déjà, elle avait publié ses mémoires, détaillant sa carrière de mannequin, son mariage avec Donald Trump et ses années de Première dame, dans la pure tradition de celles qui l'ont précédée - Michelle Obama, en tête. Le livre s'est hissé dans le classement des meilleures ventes aux États-Unis dès sa sortie.

Cette fois, elle s'attaque au grand écran avec une projection dans environ 1.500 salles aux États-Unis, et 5.000 à travers le monde. Le film est distribué dans 27 pays - mais pas en France. La campagne publicitaire s'étale partout, avec des affichages sur des sites emblématiques comme le dôme de Milan en Italie, Piccadilly Circus à Londres, et même la Sphere de Las Vegas. Une promotion digne d'un blockbuster, qui a également vu la Bourse de New York accueillir Melania Trump ce mercredi.

Des avant-premières doivent avoir lieu dans 20 villes américaines le 29 janvier 2026. Et le documentaire a également été présenté à la galaxie trumpiste lors d'une soirée Trump-Kennedy Center, en présence du président, de son épouse et d'un parterre de fidèles. Une soirée qui fait tache, alors que le pays reste encore sous le choc de la mort d'Alex Pretti, tué par des agents de l'ICE à Minneapolis.

"Aujourd'hui, le département de la Sécurité intérieure a assassiné un infirmier dans la rue, (Pam) Bondi tente d'extorquer des fichiers électoraux, et la moitié du pays se prépare à affronter une tempête de neige potentiellement dévastatrice alors que l'Agence fédérale de gestion des situations d'urgence est à bout de souffle. Et que fait le président ? Il organise une soirée cinéma à la Maison-Blanche", s'est indignée sur X l'élue démocrate Alexandria Occasio-Cortez, le 25 janvier 2026 alors que le Président organisait une projection privée du documentaire.

Sur les réseaux sociaux, critiques et parodies circulent, ainsi que des images de panneaux publicitaires dégradés, sur lesquels Melania Trump est comparée à Eva Braun, la compagne d'Hitler, ou traitée de "garce". Preuve s'il en faut du mauvais timing de sortie.

Le dispositif pour promouvoir Melania est étonnant, puisqu'au-delà de l'Atlantique, l'audience pour un tel sujet reste plutôt limitée. Amazon MGM Studios semble avoir fait un autre pari. D'après le média Puck, Jeff Bezos a investi au total 75 millions de dollars dans ce projet: 40 millions pour l'acquisition des droits et 35 millions supplémentaires pour le budget marketing, promotions et distribution. Selon les rapports du Wall Street Journal, Melania Trump empocherait environ 28 millions de dollars de la vente des droits, auxquels il faut ajouter les montants qu'elle gagnera en tant que productrice exécutive.

Le budget est sans précédent pour un documentaire politique. D'autant que le film ne pourrait rapporter qu'entre un et cinq millions de dollars pour son week-end d'ouverture aux États-Unis et au Canada - les prédictions diffèrent en fonction des cabinets d'étude.

Un rapprochement entre Bezos et Trump

En réalité, l'acquisition du documentaire par Amazon se révèle très politique et s'inscrit dans une série de rapprochements entre Jeff Bezos et l'administration Trump. Car si Melania sera ajouté sur le catalogue de Prime Video, l'intérêt de Jeff Bezos se trouve ailleurs. Ce dernier cherche activement des contrats gouvernementaux pour ses entreprises, notamment Blue Origin dans le secteur spatial et Amazon Web Services pour les infrastructures numériques fédérales.

Ainsi, le milliardaire s'est imposé pour acquérir les droits du documentaire politique, en faisant une offre dépassant largement celles de ses concurrents - 4 millions pour Paramount et 14 millions pour Disney. Tous ces studios cherchant à s'attirer les faveurs du président.

Jeff Bezos n'en est pas à ses premières manœuvres pour courtiser Donald Trump. En juillet dernier, le Washington Post - propriété de Bezos donc - avait censuré un dessin satirique critiquant les milliardaires de la tech faisant les yeux doux au Président américain. Sa dessinatrice Ann Telnaes, récompensé par le Prix Pultizer, avait alors dénoncé cette censure inédite et démissionné du journal.

Controverse de plus s'il en faut, le documentaire marque le retour de Brett Ratner derrière la caméra. Le réalisateur, connu pour des films comme Rush Hour, Dragon rouge et Hercule, n'avait pas réalisé de long métrage depuis 2014 en raison d'accusations de harcèlement et d'agression sexuelle. Au sommet de #MeToo, plusieurs personnes, dont les actrices Olivia Munn et Natasha Henstridge, ont ainsi dénoncé ses agissements.

Il réalisera également Rush Hour 4, suite de sa franchise à succès avec Jackie Chan et Chris Tucker. Un projet qui aurait été validé après une intervention directe du président Trump auprès du studio Paramount.