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Zone démilitarisée dans le Donbass, Donald Trump "frustré"... Où en sont les négociations entre l'Ukraine et la Russie?

BFM François Blanchard
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Selon Volodymyr Zelensky, les États-Unis veulent mettre en place une zone démilitarisée dans la partie de Donestk encore contrôlée par Kiev que Moscou revendique. Le président ukrainien est pressé par Donald Trump de rapidement signer un accord.

Kiev et Washington négocient, Moscou campe sur ses positions. Les discussions sur le règlement de la guerre en Ukraine s'accélèrent depuis que l'administration américaine a proposé il y a près de trois semaines un plan visant à mettre un terme à l'invasion russe.

L'Ukraine, soutenue par ses alliés européens, s'efforce depuis à amender le texte américain, dont la version initiale reprenait une grande partie des exigences russes sans apporter de garanties à Kiev. Mais Donald Trump, qui s'agace de pourparlers jugés trop lents, pousse son homologue ukrainien à accepter rapidement un accord, même défavorable.

Vers une zone démilitarisée dans le Donbass?

Selon Volodymyr Zelensky, deux questions sensibles restent à négocier: le contrôle de la région orientale de Donetsk, où se déroule l'essentiel des combats, et le statut de la centrale nucléaire de Zaporijia, occupée par Moscou dans le sud de l'Ukraine.

Jeudi, le président ukrainien a affirmé que Washington "voit les forces ukrainiennes se retirer" de la partie de la région de Donetsk qu'elles contrôlent encore, pour la transformer en "zone économique libre" ou "zone démilitarisée".

"Qui gouvernerait ce territoire, qu'ils (les Américains) appellent déjà 'zone économique libre' ou 'zone démilitarisée', (les États-Unis) l'ignorent", a relevé Volodymyr Zelensky.

Carte de la situation militaire en Ukraine au 12 décembre 2025 réalisée par le renseignent militaire britannique
Carte de la situation militaire en Ukraine au 12 décembre 2025 réalisée par le renseignent militaire britannique © Defence Intelligence

La région de Donetsk, contrôlée à plus de 80% par la Russie, et celle voisine de Lougansk, presque totalement sous son contrôle, sont l'objectif prioritaire du Kremlin en Ukraine.

Selon le président ukrainien, l'administration Trump propose en échange que Moscou retire ses troupes des régions ukrainiennes de Soumy, Kharkiv et Dnipropetrovsk, où elles n'ont réalisé que des percées mineures. L'armée russe se maintiendrait en revanche dans les oblasts de Kherson et Zaporijia, deux régions envahies dont l'annexion est aussi revendiquée par Moscou.

Kiev temporise

L'idée d'une zone démilitarisée dans des territoires que la Russie n'a pas réussi à conquérir en près de quatre ans d'intenses combats représenterait une concession majeure de Kiev, qui éviterait cependant d'y renoncer formellement.

La réponse de l'Ukraine à la proposition américaine n'est pas encore officiellement connue. Ce jeudi, le conseiller de Volodymyr Zelensky Mikhaïlo Podoliak a semblé se rallier à cette idée, déclarant au journal Le Monde qu'"une zone démilitarisée devra exister de part et d'autre de la ligne" où serait déployé "un contingent étranger".

"C'est un format naturel de fin de conflit, sachant qu'une partie du territoire restera malheureusement sous occupation de facto de la Russie et qu'une ligne de séparation sera fixée de toute façon", a-t-il ajouté.

La présidence ukrainienne a toutefois par la suite fortement nuancé ces déclarations, affirmant ne pas avoir "accepté de retirer ses troupes et de créer une zone tampon ou démilitarisée dans le Donbass".

Jeudi, le chancelier allemand Friedrich Merz a indiqué que Kiev avait envoyé une proposition concernant des concessions territoriales au président américain Donald Trump, sans donner plus de détails.

Dans tous les cas, Volodymyr Zelensky a assuré qu'une "élection" ou un "référendum" sera nécessaire en Ukraine pour trancher sur les questions territoriales. Mardi, il s'était dit prêt à organiser une présidentielle si la sécurité du scrutin pouvait être assurée par les États-Unis, avec les Européens.

Outre les questions territoriales, Kiev attend de Washington des "garanties de sécurité" pour dissuader Moscou de reprendre son agression. Mais les discussions sur le sujet n'ont pas encore abouti.

Selon les informations de l'AFP, le plan américain envisage aussi une adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne dès 2027. Mais une telle adhésion, en à peine plus d'un an, semble peu probable du fait, entre autres, de la possible opposition d'États membres de l'UE comme la Hongrie.

Donald Trump "frustré", Moscou immobile

Donald Trump a fait part jeudi de son exaspération face à l'absence de résultat des pourparlers pour mettre fin à la guerre. "Le président est extrêmement frustré par les deux camps impliqués dans cette guerre, et il en a assez des réunions qui n'ont d'autre but que de se réunir", a déclaré la porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt. "Il ne veut plus des paroles. Il veut des actes. Il veut que cette guerre prenne fin", a-t-elle ajouté.

Le chef d'État américain avait déclaré la veille que les dirigeants européens voulaient organiser une réunion sur l'Ukraine ce week-end, mais que sa participation n'était pas acquise. "Nous ne voulons pas perdre notre temps", a-t-il lancé après un échange téléphonique avec Emmanuel Macron, Keir Starmer, et Friedrich Merz.

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"S'il y a une réelle chance de signer un accord de paix, si nous sentons que ces réunions méritent que quelqu'un des États-Unis y consacre son temps ce week-end, alors nous enverrons un représentant", a précisé sa porte-parole.

Ces derniers jours, Donald Trump a particulièrement mis la pression sur Volodymyr Zelensky, l'accusant de ne pas "lire" les propositions américaines. Relayant un argument régulièrement brandi par le Kremlin, il a aussi jugé que le président ukrainien "utilisait la guerre" pour se maintenir au pouvoir, feignant d'ignorer que les bombardements russes empêchent Kiev d'organiser tout scrutin.

Côté russe, les autorités se murent dans l'immobilisme. Depuis le début des négociations, le Kremlin rejette la moindre concession et - contrairement à Kiev - refuse d'acter un cessez-le-feu le temps des discussions. Fin novembre, Vladimir Poutine a affirmé qu'il ne "cessera les hostilités" que si l'armée ukrainienne se retire des territoires qu'il revendique. La dernière visite de l'émissaire américain Steve Witkoff à Moscou n'a pas permis d'infléchir sa position.

Ce vendredi, le conseiller diplomatique du Kremlin, Iouri Ouchakov, a déclaré que la Russie n'avait pas encore vu la nouvelle version du plan américain révisé par Kiev et ses alliés européens. "Il y a beaucoup de choses qui pourraient ne pas nous plaire", a-t-il averti, cité par l'agence de presse TASS.