Volodymyr Zelensky "prêt" à des élections: pourquoi faire voter les Ukrainiens en pleine guerre paraît impossible
Volodymyr Zelensky à Londres le 8 décembre 2025 - Photo par CHRIS J RATCLIFFE / AFP
Volodymyr Zelensky toujours sous pression américaine. Visé par de nouvelles critiques de Donald Trump, le président ukrainien a assuré ce mardi 9 décembre être "prêt" à organiser une élection présidentielle en Ukraine, alors que celle prévue en 2024 a été reportée en raison de l'invasion russe.
"J'ai personnellement la volonté et la disposition nécessaire pour cela", a assuré le chef de l'État ukrainien, répondant à des propos acerbes de Donald Trump.
L'Ukraine, "plus une démocratie" pour Trump
Dans un entretien au média américain Politico, le président américain avait jugé que le moment était venu "d'organiser des élections" en Ukraine, accusant Volodymyr Zelensky d'"utiliser la guerre" pour ne pas remettre en jeu son mandat.
"Ils parlent de démocratie, mais on en arrive à un point où ce n'est plus une démocratie", a asséné le républicain, dont le discours sur l'Ukraine s'aligne souvent avec le récit russe.
La prétendue illégitimité du président ukrainien est un argument régulièrement brandi par le Kremlin pour justifier son refus de faire des concessions à Kiev ou pour affaiblir Volodymyr Zelensky dans les négociations.
Quelques heures après cette interview, dans laquelle Donald Trump estimait aussi que Moscou avait "l'avantage" sur le front, la présidence russe a salué des déclarations "conformes" à sa "compréhension" de la situation.
Amender la loi martiale?
La tenue d'élection en Ukraine est pour le moment impossible, pour la simple raison que le pays est en guerre. Outre les combats qui font rage sur la ligne de front, les civils ukrainiens sont quotidiennement victimes des frappes de missiles ou drones russes. Juridiquement, la loi martiale déclarée après l'invasion russe interdit par ailleurs l'organisation de tout scrutin, que ce soit des élections ou des référendums.
Pourtant, ce mardi, Volodymyr Zelensky a pris Donald Trump au mot. Le président ukrainien s'est dit à l'écoute des "suggestions de nos législateurs" pour amender la loi martiale et permettre la tenue d'élections nationales.
Pour Ulrich Bounat, spécialiste de l'Europe de l'Est, "Zelensky n'est pas en position de dire 'non' à Donald Trump". "Il veut lui montrer qu'il ne s'accroche pas au pouvoir, que l'Ukraine reste une démocratie, ce qui est une réalité", expose le chercheur associé au think-tank Euro Créative.
Le président ukrainien se dit donc prêt à organiser des élections, mais pas dans n'importe quelles conditions. "Je demande maintenant (...) aux États-Unis de m'aider, avec nos partenaires européens, à garantir la sécurité nécéssaire pour la tenue d'élections. Si cela se produit, l'Ukraine sera prête à organiser des élections dans les 60 à 90 prochains jours", a-t-il assuré.
Avec cette déclaration, Volodymyr Zelensky renvoie la balle au Kremlin mais aussi aux Américains, qui ont échoué à obtenir un cessez-le-feu malgré des mois de négociations avec la Russie.
Des bureaux de vote dans le Donbass?
Quand bien même les armes se tairaient le temps du scrutin, de nombreuses questions se poseraient. En terme de logistique, d'abord, le défi s'annonce immense. Selon Reuters, plus de quatre millions d'Ukrainiens ont été déplacés à l'intérieur du pays par les combats, ce qui nécessiterait un recensement long et complexe pour les faire voter.
Plus de cinq millions d'Ukrainiens vivent par ailleurs en exil à l'étranger, principalement en Europe. Pour leur permettre de choisir leur président, Kiev devrait mettre en place des centaines de bureaux de vote dans différents pays. Enfin, il faudrait faire voter les centaines de milliers de soldats positionnés sur le front, ce qui pose une nouvelle fois des questions de sécurité.
Une fois ces considérations techniques réglées, un problème de fond resterait à résoudre: que faire des quelque 4,5 millions d'Ukrainiens en âge de voter qui vivent actuellement sous occupation russe?
"Au regard du droit international, ce sont des citoyens ukrainiens. Pour la Russie, ce ne sont plus des citoyens de l'Ukraine, mais des Russes", souligne la spécialiste des sociétés post-soviétiques Anna Colin Lebedev sur LinkedIn.
Il est possible pour Kiev d'exclure ces populations du vote: "pendant la guerre dans le Donbass, des élections ont pu se tenir sans faire voter les Criméens et les républiques séparatistes du Donbass", rappelle la chercheuse de l'université Paris-Nanterre. Mais "accepter que les Ukrainiens sous occupation russe ne votent pas, c'est accepter symboliquement qu'ils ne fassent plus partie du corps national", met-elle en garde.
Une campagne impossible?
Si l'organisation d'un vote semble impossible dans les conditions de sécurité actuelle, il en est de même pour la campagne électorale. "Comment faire campagne et convaincre les gens de se déplacer pour voter dans un contexte de guerre où la population comme les acteurs politiques peuvent légitimement avoir peur d'êtres victimes de bombardements ciblés?", interroge Anna Colin Lebedev.
Au final, le jeu en vaut-il la chandelle? Pour Ulrich Bounat, l'élection d'un nouveau président ne changerait pas la donne dans les négociations. "Les favoris de l'élection actuellement sont d'anciens militaires, comme le général Zaloujny. Il est clair que quelle que soit la personne qui sera élue, ce ne sera pas un pro-russe favorable à la capitulation de l'Ukraine".
De plus, "au regard de toutes ces difficultés dans l'organisation de la campagne et du vote, la Russie pourra facilement déclarer qu'elle ne juge pas légitimes les autorités désignées par l'élection", ajoute Anna Colin Lebedev.
La demande de Donald Trump d'organiser des élections ressemble à une tentative de pousse Volodymyr Zelensky dans ses retranchements, au moment où il le presse d'accepter rapidement un plan de paix jugé par les Européens trop favorable à Moscou. Selon Berlin, le président ukrainien a soumis mercredi aux Américains une version révisée du plan, comprenant des propositions sur des concessions territoriales.











