"Inégalités sociales", "école au rabais"... Les syndicats enseignants critiques sur les propositions de la Convention citoyenne sur le temps de l'enfant
Grève et manifestation des enseignants et personnels éducatifs du 1er degré à l'appel de la FSU SNUIPP, de la CGT Educ et de Sud Educ, contre la réforme du "choc des connaissances", à Paris, le 10 septembre 2024 (illustration) - Valérie Dubois / Hans Lucas
"Zapping", "école au rabais", "déconnecté": les syndicats enseignants se sont montrés très critiques, ce lundi 24 novembre, sur les propositions du rapport de la Convention citoyenne sur les temps de l'enfant, adoptées dimanche, dont l'idée "d'apprentissages pratiques" l'après-midi ou le démarrage des cours à 9 heures.
Apprentissage l'après-midi
La proposition de la Convention d'instaurer "des apprentissages théoriques, placés le matin, et des apprentissages pratiques, placés l'après-midi", avec deux heures d'apprentissages "pratiques" obligatoires puis des activités artistiques et sportives gratuites à partir de 15h30 est un "point rouge" pour la CFDT Éducation.
La distinction entre apprentissages pratiques et théoriques "n'a pas de sens", estime ainsi Caroline Brisedoux, secrétaire nationale de la CFDT Éducation. Cela pose par ailleurs un "problème matériel" car il est impossible par exemple de mettre tous les enseignements de sports l'après-midi, poursuit-elle.
Pour le Snes-FSU, principal syndicat du second degré (collège et lycées), cela "ouvre la porte à une sortie potentielle des arts plastiques, de l'éducation musicale et de l'EPS (Éducation physique et sportive, NDLR) du cadre national des enseignements".
Par ailleurs, une "éventuelle prise en charge par des acteurs et actrices extérieurs" après 15h30 "dépendrait des associations disponibles localement et des ressources financières", ce qui accroîtrait "les inégalités territoriales" et "les inégalités sociales".
Cinq jours d’école en primaire
La Convention propose aussi de réduire les cours à 45 minutes dans le secondaire (contre une heure actuellement) et de commencer les cours à 9 heures au collège et au lycée. Ce qui conduirait à une "impasse organisationnelle" et à une "école au rabais" avec un "zapping permanent" dont les effets "seraient particulièrement défavorables aux élèves les plus en difficulté", ajoute le Snes dans un communiqué.
Parmi les autres mesures phares de la Convention figure l'idée d'établir cinq jours d'école "pleins" par semaine dès l'élémentaire, pour mieux étaler les apprentissages. Mais pour la FSU-Snuipp, premier syndicat du primaire, une telle réorganisation, déjà tentée en 2013, "n'a convaincu aucun des acteurs de l'éducation".
Interrogée dans le Morning RMC, ce lundi, la secrétaire générale et porte-parole du FSU-Snuipp Aurélie Gagnier est sans appel: "ça ne marchera pas". "On ne peut pas améliorer l'état de l'école en étalant les heures d'enseignement sur les cinq jours, ça ne marchera pas et les enseignants ne suivront pas", a-t-elle argumenté.
Selon Aurélie Gagnier, même si les enfants finiront plus tôt, "ils vont rester aussi longtemps dans les locaux scolaires" parce que "les parents ne finiront pas plus tôt". Il faudrait "un changement global de la société", estime Aurélie Gragnier.
De l'argent "jetés par la fenêtre"
Le Snalc (collèges et lycées) juge de son côté que les 4 millions d'euros qu'a coûté la Convention citoyenne sont "4 millions d'euros jetés par la fenêtre". "L'ensemble du rapport est complètement déconnecté de ses conditions de réalisation et du fonctionnement réel de notre pays", déplore-t-il.
"Commencer l'école plus tard, la finir plus tôt, avec davantage de pauses, le même nombre de semaines de vacances et des programmes allégés ne va rien améliorer du tout. Tout au plus va-t-on renforcer le marché du soutien scolaire", ajoute-t-il dans un communiqué.











