Mancozèbe, glufosinate… Quelles sont les substances présentes dans les produits étrangers que la France ne veut plus importer?

Importer des aliments produits avec des pesticides pourtant interdits d'utilisation sur notre territoire? Le gouvernement français dit non. Dans un arrêté publié ce mercredi 7 janvier au Journal officiel, la France a suspendu les importations de produits agricoles traités avec cinq substances interdites dans l'Union européenne.
Si ces résidus de substances interdites peuvent se retrouver sur nos étals, c'est que les règles sont un peu différentes pour les produits importés: l'UE fixe "des limites maximales acceptables de résidus" que la France juge "trop élevées", a expliqué le ministère de l'Agriculture. La ministre Annie Genevard a, en outre, jugé que ces denrées étaient par ailleurs "insuffisamment contrôlées".
Cette décision est une réponse à l'inquiétude du monde agricole quant à l'accord de libre-échange entre l'UE et des pays du Mercosur, qui ne respectent pas les mêmes normes que les pays européens. L'arrêté ne vise pas directement et explicitement les produits sud-américains mais il concerne tout de même de nombreuses denrées venues du sous-continent: avocats, mangues, goyaves...
• Le mancozèbe
Parmi les substances visées par cet arrêté, on trouve le mancozèbe, un fongicide utilisé pour traiter les avocats, les mangues, ou encore les poivrons. Il a été retiré du marché européen en janvier 2021. En 2018, le mancozèbe était la quatrième substance pesticide la plus vendue en France, où il était surtout utilisé contre le mildiou des raisins ou contre la phytophthora des pommes de terre.
Dans un avis de 2019, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) avait identifié six "domaines critiques d’inquiétude", c’est-à-dire six raisons pour lesquelles le mancozèbe ne devrait pas être autorisé. Parmi eux, le fait qu'il s'agisse d'un perturbateur endocrinien complet, c'est-à-dire qui modifie le fonctionnement des hormones.
Les perturbateurs endocriniens peuvent avoir des conséquences néfastes sur les cancers hormono-dépendants, comme les cancers du sein ou les cancers de la prostate, sur les troubles neurologiques ou les troubles métaboliques comme le diabète ou l'obésité.
Le mancozèbe est ainsi classé comme "toxique pour la reproduction, catégorie 1B (R1B)" en raison des risques de malformation observés. Plusieurs études ont également pointé un risque accru de développer la maladie de Parkinson.
Selon l'association Générations Futures, ce fongicide présente aussi "des risques élevés pour les oiseaux, les mammifères, les arthropodes non ciblés et les macro-organismes du sol".
• Le thiophanate-méthyl
Le thiophanate-méthyl est un fongicide répandu dans les cultures maraîchères, les arbres fruitiers ou encore la vigne. On le retrouve par exemple utilisé dans les produits d'agrumes, de coings ou encore d'avoine.
Dès 2018, l'EFSA le qualifiait de perturbateur endocrinien. De son côté, l'Anses le classe comme mutagène de catégorie 2. Une substance mutagène est un produit qui "par inhalation, ingestion ou pénétration cutanée, peut produire des défauts génétiques héréditaires ou en augmenter la fréquence". Lorsque l'on parle de "catégorie 2", cela signifie que cette substance est "préoccupante du fait qu'elle pourrait induire des mutations héréditaires dans les cellules germinales des êtres humains", explique l'Anses.
Jusqu'à son interdiction, le thiophanate-méthyl était la seule molécule à être classée mutagène de catégorie 2 contenue dans des produits autorisés en France. En outre, ce fongicide est suspecté d'être cancérogène.
• Le glufosinate
Le glufosinate est un herbicide, principalement utilisé en pulvérisations sur les vignes, vergers, légumes et pommes de terre. En 2017, l'Anses avait prononcé son retrait de l'autorisation de mise sur le marché en France.
Dans un communiqué, l'agence expliquait alors que "les risques pour la santé humaine liés à l’exposition au glufosinate, une substance classée reprotoxique (toxique pour la reproduction, NDLR) présumée, ne peuvent être exclus pour la santé" des agriculteurs l'utilisant et des personnes à proximité des lieux traités, notamment les enfants.
Le glufosinate est ainsi une substance toxique à haute dose et est classée comme reprotoxique présumée (R1B) pour l'être humain.
• La carbendazime
Autre fongicide que le gouvernement français veut voir disparaître des denrées vendues sur le territoire: la carbendazime. Elle est interdite dans l'Union européenne depuis plusieurs années en tant que fongicide. En outre, son utilisation a également été interdite en 2019 en tant que substance active dans les produits biocides de catégorie 9 (produits de protection des fibres, du cuir, du caoutchouc et des matériaux polymérisés).
Dans l'agriculture, elle est majoritairement utilisée pour combattre les maladies des céréales et des fruits dont les agrumes, les bananes, les fraises ou encore les ananas.
Ce produit chimique "répond aux critères de classification de catégorie 1B, mutagène, reprotoxique, perturbateur endocrinien potentiel", explique Générations Futures sur son site. De plus, la carbendazime peut-être nocive pour l'environnement en raison des risques de pollution des eaux.
• Le bénomyl
La dernière substance visée par l'arrêté pris ce mercredi est également un pesticide de type fongicide. Le bénomyl est utilisé pour protéger différentes cultures comme, entre autres, les tomates, les concombres, les poivrons, les agrumes ou encore certaines céréales comme le blé ou l'orge.
Il est interdit en France car il est suspecté d'être cancérogène ou d'être un perturbateur endocrinien. En 2021, l'Anses notait l’existence de données suggérant ce caractère. Selon l'organisation internationale du travail (OIT), "les tests chez l'animal montrent que cette substance peut avoir des effets toxiques sur la reproduction chez l'homme" et elle peut "provoquer des altérations génétiques chez l'homme".
En outre, le contact prolongé ou répété avec du bénomyl peut être dangereux pour la santé de la peau. "La substance est très toxique pour les organismes aquatiques", ajoute également l'OIT.












