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"Nuremberg", une plongée dans la tête d'Hermann Göring, campé par un Russell Crowe magistral

BFM Lucie Valais
Russell Crowe dans Nuremberg, au cinéma le 28 janvier 2026

Russell Crowe dans Nuremberg, au cinéma le 28 janvier 2026 - Scott Garfield. Propriété de Sony Pictures Classics

Le réalisateur James Vanderbilt signe une adaptation au cinéma du livre Le nazi et le psychiatre, de Jack El-Hai, avec Russell Crowe dans le rôle d'Hermann Göring.

Nous sommes à Nuremberg, ville ravagée par les bombardements alliés, le 7 mai 1945. En ce dernier jour de la guerre, Hermann Göring, ancien commandant en chef de la Luftwaffe et numéro deux du parti nazi allemand, se rend aux soldats américains.

Comme d'autres hauts dignitaires de la Wehrmacht, le Reichsmarschall - le plus haut grade du parti - et héritier d'Adolf Hilter, est enfermé dans un palace de Mondorf-les-Bains, au Luxembourg. En attendant de savoir quel sort les Alliés lui réservent.

C'est le point de départ de Nuremberg, film réalisé par James Vanderbilt (Zodiac, The Amazing Spider-Man...), en salles ce mercredi 28 janvier. Avec, dans le rôle de Hermann Göring, militaire manipulateur, sournois et narcissique, l'acteur Russell Crowe. Qui, malgré un accent allemand discutable, signe une performance magistrale dans l'uniforme bleu ciel de commandant de la Luftwaffe, l'armée de l'air allemande. Et renoue ainsi avec les grands rôles de sa carrière.

Le Reichsmarschall Göring, pourtant sûr de lui et de son pouvoir de persuasion, est un homme infirme, obèse, accro à la morphine, mais persuadé d'une chose: il échappera à la potence qui lui est pourtant inévitablement promise, pour les innombrables et abominables crimes dont il a été complice - et acteur - durant la Seconde Guerre mondiale.

Le film Nuremberg évoque le procès du siècle en s'inspirant du livre Le nazi et le psychiatre, publié en 2014 par le journaliste et auteur américain Jack El-Hai. Douglas Kelley, psychiatre de l'armée américaine, incarné par un Rami Malek - une veste en cuir et lunettes aviateur - au jeu quelque peu poussif, est chargé de percer le mystère du fonctionnement psychique des 22 prisonniers nazis. Vaste programme, trop peu exploré par James Vanderbilt.

La mission de Douglas Kelley, officiellement, est d'évaluer la capacité des responsables nazis à comparaître à un procès. Officieusement, de trouver leur faille pour mieux contrer leur défense. Mais aussi les empêcher de se suicider en prison, ce que parviendra à faire Robert Ley, organisateur du parti nazi, qui s'est pendu dans sa cellule juste avant d'être jugé.

Un aspect du "procès du siècle" finalement peu connu, mais douloureusement d'actualité, posant la question de la façon dont ont peut juger les crimes de guerre sans aucune jurisprudence à l'époque - question qui demeure aujourd'hui en Ukraine ou à Gaza, ou celle de la montée de l'extrême droite, en 1933 en Allemagne, ou aujourd'hui dans le monde.

"Nous avons perdu et vous avez gagné"

"Vous savez pourquoi ça s'est passé ici? Parce que les gens ont laissé faire. Ils ne se sont pas soulevés jusqu'à ce qu'il soit trop tard", résume dans Nuremberg le sergent Howie Triest, incarné par Leo Woodall et inspiré de Howard Triest, un Juif allemand devenu traducteur pour l'armée américaine et qui épaule Douglas Kelley dans sa tâche.

Si le film Nuremberg et ses ficelles parfois très grosses tente, avec un regard très américain, d'explorer cette épineuse question, James Vanderbilt aurait pu aller plus loin dans le développement des problématiques que l'organisation d'un tel procès impliquait à l'époque. La défense des hauts dignitaires nazis accusait, entre autres, les Alliés de mettre en scène l'exécution des accusés pour des crimes qui n'étaient, en 1945, pas définis.

"Je suis prisonnier parce que nous avons perdu et vous avez gagné", lance Russell Crowe/Hermann Göring à Rami Malek/Douglas Kelley dans l'une des scènes mémorables de Nuremberg.

Le procès du siècle

Robert Jackson, juge détaché de la Cour surpême américaine, est chargé de l'organisation de ce procès sans précédent. Un procès devant déterminer du sort à réserver à des hommes coupables des pires atrocités - six millions de Juifs ont été exterminés pendant la Seconde Guerre mondiale. Du jamais vu dans l'Histoire.

Le juge Jackson, incarné à l'écran par l'impeccable Michael Shannon, dresse les quatre chefs d'accusation auxquels devront répondre les 21 accusés devant ce tribunal militaire international: complot, crimes contre la paix, crimes de guerre, et crimes contre l'humanité, des notions encore nouvelles.

Le procès de Nuremberg doit également, pour ses organisateurs, ne surtout pas être une tribune pour le nazisme. Pour que, jamais plus, cela ne se reproduise. Pour cela, les juges doivent impérativement contrer la défense des accusés. Ce que doit les aider à faire Rami Malek, dont le personnage est, à l'écran, transformé en héros de blockbuster américain.

Russell Crowe est Hermann Göring dans "Nuremberg", au cinéma le 28 janvier 2026
Russell Crowe est Hermann Göring dans "Nuremberg", au cinéma le 28 janvier 2026 © Scott Garfield. Propriété de Sony Pictures Classics

Dans le film Nuremberg, Douglas Kelley - confronte dans leur cellule de la prison de la ville les 22 - puis 21 après le suicide de Robert Ley, hauts dignitaires nazis sur le banc des accusés. Avec, à leur tête, Hermann Göring, numéro deux du parti, héritier désigné d'Adolf Hitler, narcissique et manipulateur. Mais néanmoins charismatique.

Il est le plus haut dignitaire du Reich encore en vie pouvant répondre de ses actes - Adolf Hitler, Joseph Goebbels et Heinrich Himmler se sont suicidés après la capitulation allemande, échappant ainsi à toute forme de procès.

Les principaux accusés du procès de Nuremberg, le 13 février 1946
Les principaux accusés du procès de Nuremberg, le 13 février 1946 © Photo par DPA / DPA / DPA PICTURE-ALLIANCE VIA AFP

Avant et pendant le procès, le personnage inarné par Rami Malek dans Nuremberg posera une question: les nazis sont-ils des monstres ou de simples humains? Ce questionnement, le vrai Douglas Kelley se l'imposera toute sa vie, lui qui est reparti de Nuremberg avec la volonté ferme d'écrire un livre à ce propos, convaincu que Hermann Göring et ses co-jugés étaient des hommes comme les autres.

Où sont les femmes?

Durant le procès, Douglas Kelley côtoie des experts venus de tous les pays alliés. Avec un ajout du film Nuremberg, celui d'un personnage féminin - ouf! Elles ne sont que quatre, dont la femme et la fille de Hermann Göring - à savoir celui de Lila McQuaide (incarnée par Lydia Peckham), une journaliste avide d'informations à divulguer dans ses articles sur le procès. Un personnage de traîtresse jouant de ses charmes pour parvenir à ses fins.

Rami Malek et Lydia Peckham dans Nuremberg, en salles le 28 novembre 2026
Rami Malek et Lydia Peckham dans Nuremberg, en salles le 28 novembre 2026 © Scott Garfield. Propriété de Sony Pictures Classics

Pourtant, plusieurs femmes se sont illustrées au procès de Nuremberg et auraient pu mériter d'apparaître sur grand écran. On pourrait évoquer Martha Gelorn, journaliste de guerre - et épouse d'Ernest Hemingway, présente le jour du Débarquement sur les plages de Normandie et à la découverte du camp de Dachau en 1945 ; la journaliste Madeleine Jacob, qui a couvert le procès pour le journal Franc-Tireur, ou la résistante et rescapée d'Auschwitz Marie-Claude Villan Couturier, qui a témoigné à la barre à Nuremberg.

Une absence à l'écran pour illustrer l'absence de femmes dans l'organisation même du procès? À l'époque, invitée par le gouvernement britannique à Nuremberg en 1946, l'écrivaine Victoria Ocampo évoquait cette question dans ses comptes-rendus.

"Tout dans cette salle me prouve qu'il s'agit d'une affaire entre hommes. Les femmes n'ont pas leur place dans ce sport masculin dont elles subissent les conséquences. Le complot hitlérien a été une affaire d'hommes, il n'y a pas de femmes parmi les accusés, est-ce une raison pour qu'il n'y en ait pas parmi les juges?"

Sur le banc des accusés, 21 hommes, en effet. Dans son film, James Vanderbilt a justement reconstitué la salle d'audiences, dont les images sont aujourd'hui célèbres. Nuremberg met en scène également l'horreur qui a saisi l'assemblée à la diffusion, pour la première fois à l'époque, des images insoutenables des camps. Celles des morts, des corps et des visages décharnés, des dépouilles jetées dans une fosse commune ou brûlées.

Morale de l'Histoire

Depuis le box des accusés du procès de Nuremberg, comme sur les images d'archives de l'époque, les dignitaires nazis cachent leur visage derrière des lunettes noires. Pas pour dissimuler une émotion, mais pour contrer l'éclairage de la salle et des flashes des photographes. Sur leurs oreilles, le casque leur permettant de suivre les prises de paroles, traduites instantanément.

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Au terme d'un procès qui a duré près d'un an, onze accusés sont condamnés à mort, sept à de lourdes peines de prison et trois sont acquités: l'ex-chancelier allemand Franz Von Papen, le ministre des Finances du Reich Hjalmar Schacht et Hans Fritzche, en charge de la propagande nazie.

"Le seul indice sur ce que l'homme peut faire réside dans ce qu'il a fait", conclut le film en citant RG Collingwood.

Le psychiatre Douglas Kelley lui, se suicidera douze ans après la fin du procès, avec une pilule de cyanure, comme l'avait fait Hermann Göring dès 1946, échappant ainsi, comme il le lui avait promis, à la potence.

Le film de James Vanderbilt, s'il n'apprend rien sur le procès de Nuremberg, ses acteurs et ses conséquences, ravive un nécessaire devoir de mémoire sur ce que l'Humain peut faire de pire, dans un contexte international teinté de poussées extrémistes, de relents antisémites, de tentations dictatoriales et de fantasmes colonialistes.