Festival de BD d'Angoulême: sans auteurs ni éditeurs, l'édition 2026 peut-elle avoir lieu?
À défaut de choisir entre eux, l'association propriétaire du festival de BD d'Angoulême (FIBD), menacé de boycott de sa prochaine édition, a prôné samedi le rapprochement des deux candidats à sa future organisation - YOHAN BONNET © 2019 AFP
Le festival de BD d'Angoulême aura-t-il lieu? La situation est plus floue et incertaine que jamais. Alors que Libération a annoncé ce mercredi 19 novembre que le festival ne se tiendrait pas, en raison notamment de la fronde des auteurs décidés à boycotter l'édition 2026, les organisateurs entendent maintenir l'événement.
Joint par BFMTV.com, le service communication du festival dément ainsi toute annulation, confirmant une information de Ouest France.
Par voie de communiqué, le festival "dément les informations erronées données par Libération" et "formule l’espérance que les discussions en cours pourront permettre de trouver une solution afin que se tienne l’édition 2026, dans l’intérêt même de l’écosystème de la bande dessinée et par respect pour un public de passionné•e•s de cette forme unique de lecture, public qu’elle a toujours su intéresser au cours de son demi-siècle d’existence".
"L’édition 2026 ne pourra plus se tenir"
Les éditeurs de bande dessinée du syndicat national de l'édition (SNE), qui représente 24 poids lourds du secteur dont Casterman, Glénat, Delcourt ou Bayard, ont également communiqué ce mercredi, "saluant les avancées majeures proposées par les pouvoirs publics pour une réforme historique de la gouvernance du festival international de la Bande dessinée d’Angoulême". Cependant, ils disent entendre "la position des syndicats d'autrices et d'auteurs (...) l’appel des grands prix, à ne pas se rendre à l’édition 2026". Et dans ces conditions estiment "que l’édition 2026 ne pourra plus se tenir".
Les appels au boycott du festival international de la bande-dessinée d'Angoulême émanant des auteurs se multiplient depuis des semaines, dénonçant la reconduction de son délégataire historique à la tête de l'évènement.
"L’horizon n’a jamais semblé aussi apocalyptique. Le festival a beau avoir le cuir dur, cette annulation de l’édition 2026 pourrait bien signifier sa disparition définitive", déplore Fausto Fasulo, l’un des deux directeurs artistiques du festival, dans Libération.
La colère ne retombe pas
Le festival navigue en effet dans des eaux troubles depuis l'annonce le 8 novembre dernier par l'association propriétaire du festival de bande-dessinée d'Angoulême de la reconduction de la société 9eArt+ comme organisatrice de l'événement, à l'issue d'un appel d'offre très critiqué pour son opacité. 9eArt+, qui pilote le festival depuis 2008, est notamment accusée dans L'Humanité Magazine de dérives commerciales, d'opacité financière et d'avoir licencié une salariée après une plainte pour viol, survenu en marge de la manifestation, en 2024.
Sur les réseaux sociaux, les appels au boycott se sont alors multipliés avec le mot-clé #NOFIBD2026. La lauréate du Grand Prix 2025 Anouk Ricard a annoncé qu'elle ne se rendrait pas à Angoulême, tout comme d'autres autrices célèbres comme Pénélope Bagieu ou Catherine Meurisse. De prestigieux auteurs et autrices de BD, comme Riad Sattouf, Lewis Trondheim, Posy Simmonds, Jacques Tardi ou Art Spiegelman ont également rejoint le mouvement.
"Il est impossible de faire redescendre la mobilisation tant que la société 9eArt+ pilotera la manifestation, même avec la promesse de retrait de Franck Bondoux - l'actuel délégué général du festival et fondateur de 9eArt+", avait prévenu mardi l’inter-orga, réunissant bon nombre de syndicats et collectifs d’artistes, dans un communiqué. "La situation cristallise de nombreux problèmes de notre époque: violences sexistes et sexuelles, gouvernance autarcique, mépris généralisé des travailleur·euses y compris des bénévoles, exploitation mercantile, validisme, etc. Par conséquent, nous ne participerons pas à l’édition 2026." Ils disaient "la confiance rompue".
Sortie de crise vite avortée
Lundi, une solution à la crise semblait se dessiner quand les financeurs publics, qui abondent presque la moitié du budget de l'événement, ont proposé de confier la gouvernance du festival d'Angoulême à une structure réunissant toutes les parties prenantes, et au sein de laquelle ne siégerait plus Delphine Groux, présidente contestée de l'association historique FIBD et fille d'un des cofondateurs du festival créé en 1974.
Ainsi, la préfecture et le conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, le département de la Charente, la ville et l'agglomération d'Angoulême avaient proposé dans un communiqué publié lundi "que l'Association ADBDA, qui réunit les pouvoirs publics, les professionnels et le festival, pilote la prochaine mise en concurrence qui désignera un successeur à l'actuel organisateur". Exit donc les tauliers contestés de la manifestation.
Mais la solution n'a pas semblé satisfaire l'ensemble de la profession. "Malgré toutes les avancées de ces derniers jours, les artistes continuent de dire non, on ne reviendra pas. À juste titre. La méfiance qu’ils expriment ne sort pas de nulle part, relate Jean-Luc Fromental, à la tête de Denoël Graphics, dans Libération. Certains grands éditeurs pensaient que les auteurs allaient rentrer dans le rang, qu’il suffirait de sonner la fin de la récré pour qu’ils accourent à Angoulême. Ils n’ont pas vraiment pris la mesure de la colère."











