"Je savais que c'était un moment crucial": la femme qui a filmé la mort d'Alex Pretti et contredit le récit de l'administration Trump témoigne
Un portrait d’Alex Pretti, tué par un agent fédéral de l’immigration aux États‑Unis le 24 janvier 2026. - Photo par ROBERTO SCHMIDT / AFP
Sa vidéo permet de contredire le déroulement des faits initialement avancé par l'administration Trump. Samedi 24 janvier, Stella Carlson a filmé l'altercation qui a mené à la mort d'Alex Pretti, mortellement blessé par balles par des membres de la police aux frontières à Minneapolis, dans le Minnesota.
Ce mercredi 28 janvier, elle confie à CNN que sans la solidarité qui s'est instaurée entre les habitants de cette ville américaine depuis le début de l'opération anti-immigration, elle ne "sait pas" si elle serait restée "aussi longtemps" sur place.
"Sans l'action collective de ces trois dernières semaines, je ne sais pas si j'aurais pu rester aussi longtemps", a-t-elle reconnu auprès de la chaine américaine. "Mais je savais que c'était un moment crucial, que nous devions tous faire preuve de courage, prendre des risques, et que nous aurions tous l'occasion de faire ce choix."
"Je suis consciente du risque"
Depuis la mort de Renee Good, une mère de famille de 37 ans tuée le 7 janvier par la police de l'immigration (ICE), Stella Carlson ne sort plus sans son sifflet, utilisé par les habitants de Minneapolis pour prévenir l'arrivée des agents de l'immigration.
"Je sais que chaque fois que je sors de ma voiture ou de chez moi et que je mets mon sifflet autour du cou, je suis consciente du risque à cause de Renee Good. Je pense que nous l'avons tous compris après ce drame: nous en sommes arrivés là, et cela pourrait arriver à n'importe lequel d'entre nous", explique-t-elle.
Ce matin du 24 janvier, alors qu'elle se rendait à l'église pour maquiller des enfants, elle a entendu les sifflets. Elle a alors aperçu ce qu'elle décrit comme une bagarre de rue et Alex Pretti faisait la circulation. "J'ai eu l'impression que quelqu'un de mon milieu, qui évaluait les risques, avait jugé sa place utile à ce moment précis", explique-t-elle à propos de l'infirmier.
"Je savais qu'il était parti"
Elle est sortie de sa voiture et a commencé à filmer la scène. Sur sa vidéo, Alex Pretti, ne brandit pas l'arme dissimulée qu'il portait légalement, contrairement à ce qu'avait initialement affirmé la ministre de la Sécurité nationale Kristi Noem.
Son ministère avait déclaré, sans preuve, que l'infirmier "voulait faire le plus de dégâts possible et massacrer les forces de l'ordre", et était décrit par le conseiller présidentiel Stephen Miller comme "un assassin en puissance".
La vidéo montre à l'inverse que c'est un agent fédéral qui a sorti l'arme d'Alex Pretti avant que ce dernier ne soit immobilisé puis abattu de plusieurs balles. "Je me souviens de lui arquant le dos et la tête renversée en arrière", décrit la témoin.
"Je savais qu'il était parti parce que je l'ai vu. Et puis, ils sont arrivés pour tenter de lui prodiguer des soins de fortune en déchirant ses vêtements avec des ciseaux, puis en manipulant son corps comme une poupée de chiffon" se souvient-elle, avant qu'elle se rende compte qu'ils voulaient finalement "compter les impacts de balles, comme s'il s'agissait d'un cerf."
Une déclaration sous serment
Peu après les faits, Stella Carlson a fait une déclaration sous serment pour rapporter ce qu'elle a vu. Mais depuis, elle dit ne pas avoir été contactée par les forces de l'ordre et ne pas avoir confiance dans l'enquête menée sur la mort d'Alex Pretti.
Un rapport du ministère de la Sécurité intérieure remis mercredi au Congrès confirme que deux agents fédéraux de la police des frontières américaine ont bien ouvert le feu et blessé mortellement Alex Pretti, qui n'a pas brandi d'arme.
"Un policier a crié à plusieurs reprises: 'Il a un flingue!'. Environ cinq secondes plus tard, un policier a déchargé son Glock 19 et un autre policier a également déchargé son Glock 47" sur la victime, indique le rapport, évoquant deux armes de service.
Les deux agents qui ont tiré ont été suspendus provisoirement mercredi soir. Une procédure "standard", selon un porte-parole.
Jeudi, l'émissaire de Donald Trump à Minneapolis a déclaré que le président américain admettait que "certaines améliorations" étaient nécessaires dans les opérations anti-immigration menées par les agences fédérales. Il souhaite aussi que la situation à Minneapolis soit "réglée", a-t-il ajouté, assurant que les agents qui ne respectent pas les règles "seront sanctionnés".












