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Gregory Bovino, l’officier au cœur de la répression anti-immigration de l’administration Trump

BFM Juliette Brossault
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Le monde selon Trump
Avec des agents de la police des frontières et de la police de l'immigration (ICE) sous ses ordres, le commandant Gregory Bovino mène la féroce politique de répression de l'immigration dans plusieurs villes américaines, dont Minneapolis où deux Américains ont récemment été tués.

Il est devenu le visage de la féroce politique de répression de l'immigration de l'administration Trump. Gregory Bovino, commandant itinérant de la police aux frontières (la "Border Patrol") patrouille depuis plusieurs mois dans des villes américaines entourés d'agents fédéraux armés et cagoulés.

Lui, les cheveux en brosse coupés à ras et à l'air autoritaire, déambule tel un cow-boy, à visage découvert. Œuvrant désormais à Minneapolis - où Alex Pretti et Renee Good ont été tués par la police de l'immigration (ICE) - il se dit déterminé à traquer "les immigrés clandestins criminels", "jusqu'à ce que la mission soit accomplie".

Si le magazine américain The Atlantic a rapporté ce lundi que Gregory Bovino avait été démis de ses fonctions de chef de la police aux frontières, l'administration américaine a démenti. Il "n'a PAS été relevé de ses fonctions", a assuré sur X la porte-parole du ministère de la Sécurité intérieure, Tricia McLaughlin, affirmant que le responsable était "un membre clé de l'équipe du président et un grand Américain".

"Guerre des frontières"

Cet homme de 55 ans, né en Caroline du Nord, a intégré la police aux frontières il y a 30 ans, motivé par le film The Border, sorti en 1982, a-t-il expliqué dans une interview au New York Times. Il a occupé plusieurs postes à travers le pays, de Washington à La Nouvelle-Orléans en passant par le Texas et le Nevada avant d'être nommé en 2020 chef de la police des frontières en Californie du Sud. Et de se faire repérer par Donald Trump en 2025.

Dès le début de l'année, en janvier, il a mené un raid avec plus de 60 agents dans des zones agricoles du comté de Kern au nord de Los Angeles. Lors de cette opération baptisée "Retour à l'envoyeur" 78 personnes ont été arrêtées. Seule l'une d'entre elles avait des antécédents judiciaires, selon la presse américaine.

En mai dernier, Gregory Bovino a de nouveau fait parler de lui en publiant un montage sur ses réseaux sociaux sur le thème de Star Wars: la "guerre des étoiles" a laissé place à la "guerre des frontières".

Dark Vador, présenté comme le "bon", combat à l'aide de son sabre laser des ennemis, étiquetés "fentanyl", "fake news", "membres de gang", "trafiquants d'être humains" ou encore "villes sanctuaires", soit les villes qui appliquent une politique de protection des immigrés en situation irrégulière.

"Des destructeurs de sanctuaires"

Ce fils d'immigrés italiens a été reperé par Donald Trump l'été dernier lorsqu'il a mené une opération anti-immigration d'envergure, et musclée, à Los Angeles. Plus de 5.000 immigrés ont été arrêtés. Friand des démonstrations de force, il a défilé avec des dizaines d'agents fédéraux au parc McArthur de la ville californienne "appuyé par des troupes de la Garde nationale, des hélicoptères et des chevaux antiémeutes", selon le New York Times.

Après Los Angeles, Gregory Bovino a été chargé de réitérer ses violents raids dans plusieurs villes américaines, principalement démocrates. "Nous sommes ce que j’appelle désormais des destructeurs de sanctuaires", a-t-il déclaré.

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Depuis septembre, il dirige l'opération "Midway Blitz" à Chicago (Illinois) et dans ses environs. Ce commandant de la Border Patrol est d'ailleurs passé devant la justice en novembre dernier pour avoir lancé une grenade lacrymogène sur un manifestant à Chicago "sans avertissement verbal" et "en violation d’une ordonnance restrictive temporaire" "limitant l’usage de la force". La juge a prononcé une injonction préliminaire limitant le recours à la force, par la suite suspendue par la Cour d’appel saisie par l’administration Trump.

Charlotte, La Nouvelle-Orléans et maintenant Minneapolis font les frais de ses troupes, composées de forces de la police aux frontières et de l'ICE, qu'il qualifie de "Mean Green Team" du fait de la couleur des uniformes.

"LesMeanGreen patrouillent à Minneapolis malgré le froid et la neige, et ce, en arrêtant les immigrants illégaux jusqu'à ce que la mission soit accomplie", a-t-il déclaré ce vendredi 23 janvier sur X.

Gregory Bovino "est le chef des opérations à Minneapolis du côté de la police des frontières" et "ICE, sous l'autorité du département de la Sécurité intérieure travaille en collaboration avec la police des frontières", détaille sur BFMTV Charlotte Recoquillon, chercheuse rattachée à l'Institut français de géopolitique et spécialiste des États-Unis.

L'homme de 55 ans a félicité les forces de l'ordre pour avoir "neutralisé" Alex Ritte, 37 ans, qualifié de "suspect armé qui voulait faire un maximum de dégâts et massacrer les forces de l’ordre". Le 7 janvier dernier, il a déclaré "lever son chapeau" à l'agent qui a tué par balles l’Américaine Renee Good.

Son manteau comparé à ceux des SS

À l'image du président américain, Gregory Bovino, adepte de la mise en scène et de la communication, publie très régulièrement sur ses réseaux sociaux les visages des hommes et des femmes arrêtés par ses agents ou encore des montages douteux lors d'opérations d'interpellations.

Dans une vidéo, on le voit marcher à Minneapolis, sous la neige et d'un pas assuré, entouré de ses troupes. Ils distribuent des ordres aux manifestants venus protester contre la police de l'immigration. "Sortez de la route! Dehors, maintenant!", l'entend-on crier.

Il est alors vêtu d'un manteau long à épaulettes couleur vert olive, qui rappelle à certains ceux des généraux SS. "Greg Bovino s'est habillé comme s'il avait littéralement acheté des vêtements SS sur eBay", a déclaré le gouverneur de Californie et fervent opposant à Donald Trump, Gavin Newsom. Le commandant de la police des frontières a assuré au média News Nation avoir acheté ce manteau "quand il était jeune agent, vers 1999" et l'avoir notamment déjà porté lors d'une cérémonie sous l'administration Biden.

Le média Politico souligne que si ce manteau "présente des similitudes visuelles avec certains uniformes nazis", "il s'inscrit dans une lignée bien plus vaste". "Le manteau de Bovino n'est peut-être pas un symbole hitlérien, mais il symbolise autre chose: la militarisation croissante des contrôles d'immigration", analyse le média.