BFM

L'État du Somaliland reconnu pour la première fois par Israël, la Somalie dénonce "une attaque contre sa souveraineté"

BFM A.C. avec AFP
Un homme tient un drapeau du Somaliland devant le monument du mémorial de guerre de Hargeisa, à Hargeisa, le 7 novembre 2024. (Illustration)

Un homme tient un drapeau du Somaliland devant le monument du mémorial de guerre de Hargeisa, à Hargeisa, le 7 novembre 2024. (Illustration) - Photo par LUIS TATO / AFP

Israël a annoncé reconnaître l'État du Somaliland, la république autoproclamée qui a fait sécession avec la Somalie depuis 1991. Le Premier ministre somalien dénonce une "attaque délibérée contre sa souveraineté".

C'est une première. Israël a annoncé vendredi 26 décembre la reconnaissance officielle du Somaliland, une première pour cette république autoproclamée qui a fait sécession de la Somalie et n'était, à ce jour, reconnue par aucun autre pays.

Ce territoire de la taille de l'Uruguay (175.000 km2), situé à la pointe nord-ouest de la Somalie, est désormais considéré comme "un État indépendant et souverain", selon un communiqué des services du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Une déclaration "conjointe et mutuelle" a été signée en ce sens par les deux pays. Le président du Somaliland Abdirahman Mohamed Abdullahi, dit "Irro", a aussitôt salué "un moment historique".

"Cette étape marque le début d'un partenariat stratégique qui promeut les intérêts mutuels, renforce la paix et la sécurité régionales et apporte des avantages partagés à toutes les parties prenantes, sans préjudice pour aucune d’entre elles", a-t-il réagi sur X.

La Somalie condamne cette reconnaissance

La Somalie a vivement réagi à cette annonce. Elle a condamné une "attaque délibérée contre sa souveraineté" de la part d'Israël.

Selon un communiqué du bureau du Premier ministre somalien Hamza Abdi Barre, la reconnaissance du Somaliland par Israël exacerbe également "les tensions politiques et sécuritaires dans la Corne de l'Afrique, la mer Rouge et le golfe d'Aden, le Moyen-Orient et la région au sens large".

La Somalie a par ailleurs réaffirmé son soutien "indéfectible" aux droits légitimes du peuple palestinien, "notamment à son droit à l'autodétermination, et son rejet catégorique de l'occupation, des déplacements forcés."

"À cet égard, la Somalie n'acceptera jamais de rendre le peuple palestinien apatride", a-t-elle ajouté.

En août, plusieurs médias internationaux ont fait état de discussions entre les autorités israéliennes et du Somaliland pour l'accueil de Palestiniens expulsés de Gaza.

Ce vendredi, l'Union africaine a également annoncé rejeter "toute reconnaissance du Somaliland" après l'annonce d'Israël.

"Toute tentative de porter atteinte à l’unité, à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Somalie contrevient aux principes fondamentaux de l’Union africaine et risque de créer un dangereux précédent aux conséquences considérables pour la paix et la stabilité sur le continent", peut-on lire dans un communiqué.

La Turquie dénonce une ingérence israélienne

La Turquie, proche alliée et soutien de Mogadiscio, a immédiatement qualifié la reconnaissance par Israël du Somaliland d'"ingérence manifeste dans les affaires intérieures de la Somalie".

"La reconnaissance de l’indépendance du Somaliland constitue un nouvel exemple des actions illégales du gouvernement du Netanyahu visant à créer une instabilité régionale et mondiale", écrit le ministère turc des affaires étrangères dans un communiqué.

"Cette initiative d'Israël, qui poursuit sa politique expansionniste et met tout en œuvre pour empêcher la reconnaissance d'un État palestinien, constitue une ingérence manifeste dans les affaires intérieures de la Somalie", ajoute-t-il, en estimant que "les décisions concernant l'avenir de la République fédérale de Somalie et de la région du Somaliland doivent être prises de manière à refléter la volonté de tous les Somaliens".

"La Turquie, qui attache une grande importance à la paix et à la sécurité dans la Corne de l'Afrique et soutient fermement l'intégrité territoriale de la Somalie, continuera d'être aux côtés du peuple somalien", conclut-il.

Le Somaliland a déclaré unilatéralement son indépendance en 1991, alors que la République de Somalie sombrait dans le chaos après la chute du régime militaire de l'autocrate Siad Barre.

Il fonctionne depuis en autonomie, avec sa propre monnaie, armée et police, et se distingue par sa relative stabilité comparé à la Somalie, minée par l'insurrection islamiste des shebab et les conflits politiques chroniques.

Le président du Somaliland invité en Israël

Mais il n'était jusqu'alors reconnu publiquement par aucun pays, ce qui le maintient dans un certain isolement politique et économique malgré sa situation à l'entrée du détroit de Bab-el-Mandeb, sur l'une des routes commerciales les plus fréquentées au monde reliant l'océan Indien au canal de Suez.

La région est en proie aux difficultés économiques (inflation, chômage, pauvreté...) mais aussi à des conflits dans l'est, où le gouvernement a perdu le contrôle de la région de Sool.

Le ministre des Affaires étrangères israélien Gideon Saar a indiqué vendredi que les deux pays allaient établir "des relations diplomatiques complètes, avec la nomination d'ambassadeurs et l'ouverture d'ambassades". Et le président du Somaliland a été invité en Israël, d'après les services du Premier ministre Netanyahu.

Pour Israël, cette initiative s'inscrit "dans l'esprit" des accords d'Abraham, ayant permis de normaliser les relations d'Israël avec plusieurs pays arabes, dont le Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Maroc, selon la même source.