"The Beauty" de Ryan Murphy: une série horrifique qui cultive le vide et la superficialité
Bella Hadid, dans "The Beauty". - Disney
Ryan Murphy pouvait-il faire pire que All's Fair? Sa série catastrophique avec Kim Kardashian mettait en scène une bande d'avocates hors sol qui résolvaient des affaires de divorce toutes plus tapageuses les unes que les autres. Au summum de l'affligeant, son créateur avait certainement réalisé là la pire œuvre de sa carrière, récoltant des critiques virulentes partout assez unanimes.
L'arrivée de The Beauty, dont la campagne publicitaire s'affiche à chaque coin de rue, laissait craindre le pire. L'intrigue aussi, connaissant le goût pour l'excès et le criard du showrunner. Inspirée d'un comic du même nom, le concept tient en une seule ligne: un virus sexuellement transmissible rend ses porteurs magnifiques - au point que beaucoup aimeraient en être infectés - avant de les faire littéralement exploser quelques mois plus tard.
Pour tirer le fil, évidemment, la FBI est sur le coup, et ses agents Drew Foster (Evan Peters, pas mauvais mais pas excellent) et Kara Vaughn (Rebecca Hall, assez peu mise en avant) parcourent l'Europe pour enquêter sur cette soudaine épidémie. Un milliardaire sans scrupules n'y serait pas pour rien. Byron Forst (Ashton Kutcher), à la tête d'un laboratoire pharmaceutique, vend cet agent pathogène pour s'enrichir.
Le créateur de Glee s'entoure, cette fois encore, de ses habitués, une distribution engageante (qui joue de manière moins outrancière qu'All's Fair). Et revient à ses obsessions - l'horreur ou la monstruosité (qu'il évoque sous toutes les coutures dans American Horror Story ou Monstre) et l'obsession pour la perfection (comme dans un de ses premiers succès Nip/Tuck). Le tout avec une réalisation volontiers camp et flirtant avec la parodie, déroulant, par ailleurs, une belle carte postale européenne.
Les premières minutes - haletantes - se déroulent en plein défilé à Paris. Sur le catwalk - un terrain vague, recréé dans un espace clos et sombre - une mannequin vêtue de cuir rouge s'élance, avant de courir vers les spectateurs, en quête d'eau. Elle devient violente, incontrôlable, courant dans un café pour s'abreuver dans la cuvette des toilettes. Dans cette jeune fille en feu, on reconnaît le mannequin Bella Hadid. Un début sur les chapeaux de roue.
Esthétique du vide
Si vous vous attendez à une satire réfléchie sur l'obsession sociétale pour la beauté, passez votre chemin. Dans le genre du body horror déjà, la série pâtit des œuvres qui l'ont précédée, en particulier de The Substance de Coralie Fargeat en 2024. Demi Moore y incarnait une ancienne vedette d’une émission d’aérobic, licenciée car trop vieille, qui s'injectait une substance pour être une meilleure version d'elle-même; un double (Margaret Qualley) avec qui elle se retrouvait en concurrence. Hélas, la comparaison est ici inévitable (et ne pardonne pas) - The Beauty n'est qu'un The Substance du pauvre.
Car la série ne clarifie jamais son discours - privilégiant une esthétique du vide aux questionnements sur la quête de perfection, la marchandisation de la beauté et des corps. Là où la comédie grinçante Nip/Tuck explorait cette idée à coups de bistouris, The Beauty l'examine à coups de seringues. Une injection qui n'est pas sans rappeler l'Ozempic - médicament pour diabétique détourné en coupe-faim - dont Ryan Murphy prétend parler.
Quelques parallèles peuvent être faits avec la "culture Ozempic" qui contribue à ériger la minceur comme désirable, au détriment de discours d'acceptation de soi auparavant en vogue. La méthode d'administration d'abord, car quand ce n'est pas en couchant avec quelqu'un, c'est via une piqûre que l'on se transforme. Ou encore, les pénuries de doses qui n'est pas sans rappeler la ruée vers le GLP-1 aux Etats-Unis comme ailleurs.

Rien de très profond ne ressort de ces épisodes où le beau côtoie le laid, et le ridicule, le sérieux - faut-il en attendre plus? Le seul semblant d'explication provient du personnage d'Evan Peters. L'agent explique à sa collègue que cette épidémie est liée à la misère sexuelle. Ce qui pousse, par exemple, un incel à désirer cette transformation - au terme d'une scène de sexe absurde (Ryan Murphy, oblige).
"Je crois que tout ce qu’on fait, de la puberté à la mort, est lié au sexe. On va à la salle de sport, on prend soin de notre corps. On se coupe les cheveux, on se fait refaire les dents, les seins… on se torture pour une promotion. Et tout ce qu’on fait, c’est pour satisfaire notre soif universelle et insatiable d’être jugés assez attirants pour pouvoir coucher."
Sur ce thème maintes fois rabâché, la promesse peut paraître alléchante, mais tout s'essouffle donc bien vite. Les épisodes inconsistants s'enchaînent, les gags putassiers aussi. Aucune intrigue ne tient vraiment - noyée par un nombre de personnages inconstants et fades, et une impression de répétition. Ressort la volonté d'être une simple machine à buzz avec des apparitions d'invités très populaires au détriment de la narration. Il est sûr que Ryan Murphy fera, encore une fois, parler de lui et c'est peut-être tout le but de son entreprise. The Beauty semble davantage fait pour les réseaux sociaux que pour la télévision.











