À New York, l’interdiction des smartphones à l’école a de nombreux effets bénéfiques mais a aussi révélé que les élèves ne savent plus lire l’heure
Une enseignante travaille avec des élèves de l'école primaire Nevitt à Phoenix, en Arizona. L'Arizona, comme la plupart des États, impose une année scolaire de 180 jours pour les écoles publiques de la maternelle à la terminale (image d'illustration) - Olivier Touron/AFP via Getty Images
Le bannissement des smartphones dans les écoles... a remis les pendules à l’heure. Depuis la rentrée de septembre 2025, l’État de New York applique une interdiction totale dite "bell-to-bell", votée dans le budget 2025 sous l’impulsion de la gouverneure Kathy Hochul. La mesure concerne tous les appareils connectés (smartphones, montres et tablettes) et marque un tournant pour la ville de New York, qui avait levé un précédent bannissement en 2015.
Avec près d’un million d’élèves, le plus grand district scolaire du pays s’inscrit ainsi dans un mouvement plus large, déjà engagé par des États comme la Californie ou la Louisiane, mais aussi par des pays tels que la France ou la Chine.
Dans l’ensemble, l’interdiction des téléphones portables s’est révélée être un franc succès: les élèves se montrent plus attentifs en classe, échangent davantage à la cantine et la circulation est devenue plus fluide dans les couloirs. Libérés de leurs écrans, ils sont également plus nombreux à arriver à l’heure en cours. Ce qui, d'une certaine manière, est paradoxal...
Car, ce bannissement a aussi révélé des situations inattendues. Le média new-yorkais Gothamist rapporte ainsi que certains enseignants estiment qu’il est aussi grand temps de se rafraîchir la mémoire… sur les horloges "à l’ancienne".
Perte de compétences essentielles
Tiana Millen, directrice adjointe du lycée Cardozo dans le Queens, explique que l’interdiction des smartphones a mis en lumière une difficulté surprenante chez de nombreux adolescents: lire l’heure sur une horloge traditionnelle. "C’est une compétence essentielle à laquelle ils ne sont absolument pas habitués", lâche-t-elle.
"On nous demande sans cesse: Madame, quelle heure est-il ?", raconte Madi Mornhinweg, professeure d’anglais dans un lycée de Manhattan. "C’est une source de frustration, car tout le monde veut savoir combien de minutes il reste en cours… On en est arrivés au point où j’ai commencé à demander : 'Où est la grande aiguille et où est la petite ?"
Une réalité que reconnaît Farzona Yakuba, 15 ans, qui affirme savoir lire l’heure "à l’ancienne", tout en comprenant les hésitations de ses camarades: "J’ai parfois l’impression d’être l’une des rares à savoir le faire quand il le faut, mais beaucoup d’élèves, par facilité, préfèrent demander, et je me surprends moi-même à faire pareil".
Depuis des années, parents et enseignants pointent la technologie comme responsable de l’érosion de compétences essentielles, telles que l’écriture lisible, la capacité de concentration ou encore la lecture d’ouvrages entiers.
Le téléphone portable coupable?
D’après plusieurs études, la simple présence d’un téléphone à proximité suffit à déconcentrer les élèves. Une fois l’attention rompue, il peut leur falloir jusqu’à vingt minutes pour se recentrer pleinement. D’autres travaux montrent également que garder son téléphone à portée de main pendant un cours nuit à la concentration et affaiblit la mémorisation.
Ces constats sont largement partagés par le corps enseignant. Selon le Pew Research Center, près des trois quarts des professeurs de lycée interrogés à l’automne dernier estiment que les téléphones portables constituent une source majeure de distraction en classe.
Plus de la moitié jugent en outre que les règlements censés en limiter l’usage sont difficiles à faire respecter. Une difficulté moins marquée dans le primaire et le collège, où les élèves se montrent globalement plus attentifs et plus enclins à suivre les règles.