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"J'ai suffisamment confiance dans la technologie": face à l’IA, Michel Houellebecq n’a pas "peur", et s’avoue "curieux", tout en s’étonnant que la SF d’hier ait si bien prédit aujourd’hui

BFM Business Sylvain Trinel, avec Steven Bellery
Michel Houellebecq

Michel Houellebecq - Photo par GUILLAUME SOUVANT / VARIOUS SOURCES / AFP

L'auteur de "La carte et le territoire", prix Goncourt 2010, revient à la musique pour un nouvel album et une tournée. Il se confie à BFMTV sur sa capacité à ne plus pouvoir discerner des textes générés par IA, alors qu'il utilise régulièrement ChatGPT.

Si le milieu de la culture est vent debout contre l'intelligence artificielle, et notamment sa capacité à "avaler" des milliards de textes pour son propre entraînement, il y a un auteur qui en est très fan: Michel Houellebecq. Alors qu'il prépare la sortie d'un nouvel album de 12 titres, intitulé Souvenez-vous de l'homme, et qu'il sera en tournée dans toute la France d'ici quelques semaines, le prix Goncourt 2010 dit son intérêt pour ChatGPT au micro de BFMTV.

"Moi, ça me fatigue les smartphones, mais je connais et je m'en sers souvent," lance l'auteur de La carte et le territoire. Avec le chatbot d'OpenAI, il a ainsi pu converser avec une admiratrice polonaise qui lui envoyait des messages traduits en français par ChatGPT: "Le texte français de ChatGPT qu'elle m'envoyait était très bon."

Un sentiment de "curiosité" avec l'IA

Quand on lui demande si la tendance ne l'effraie pas, il répond par la négative: "Mon premier sentiment, ce n'est pas de la peur mais de la curiosité."

Michel Houellebecq note également les progrès réalisés par les chatbots (et donc les LLM qui les soustendent): "Il y a encore six mois, je me vantais de pouvoir dire si c'était un vrai écrivain qui avait écrit un texte que l'on me présentait. Aujourd'hui, j'en suis moins sûr."

Il estime que les auteurs de chansons, où des milliers de musiques générées par IA arrivent chaque jour sur les plateformes de streaming, ou les auteurs, n'ont "pas besoin de s'inquiéter": "Les traducteurs davantage," note-t-il.

Dans l'album qu'il présentera au public parisien durant dix dates à La Scala en avril, il parle également de transhumanisme, assurant que si on lui donnait la possibilité de quitter la Terre pour une station spatiale ou une autre planète, il irait bien volontier: "J'ai suffisamment confiance dans la technologie."

Michel Houellebecq se souvient également de sa jeunesse quand "les potentialités étaient très présentes dans la science-fiction, et qu'il s'agissait vraiment de science-fiction."

"L'intelligence artificielle, par exemple, mais aussi la possibilité de faire de l'hybridation hommes-machines (pour implanter des composants électroniques dans l'humain, NDLR) ou modifier génétiquement les humains," sont désormais bien réels, remarque-t-il, même si "on ignore si ce sera positif ou non". Pour l'auteur et interprète, "la science-fiction des années 70 a très largement précédé la réalité." Un fait "incroyable" à mettre "aux côtés de Georges Orwell pour les choses plus sociétales." Que dit aujourd'hui la science-fiction de notre futur?