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Très attentives à l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans en Australie, la France et l'UE vont-elles s'en inspirer?

BFM Business Salomé Ferraris
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Les moins de 16 ans en Australie sont officiellement interdits d'accès à de nombreux réseaux sociaux depuis mercredi 10 décembre. Une initiative scrutée de près en France et en Europe, qui tentent de légiférer sur le sujet.

Ce matin, le réveil de milliers d'adolescents australiens s'est fait sans Tiktok ou Snapchat. Depuis mercredi 10 décembre, les réseaux sociaux sont officiellement interdits aux mineurs de moins de 16 ans. L'objectif du gouvernement est clair: protéger les jeunes des algorithmes addictifs.

Concrètement, le texte impose aux plateformes comme Tiktok, Youtube, Instagram ou X (ex-Twitter) de prendre des mesures pour empêcher les personnes de moins de 16 ans d'accéder à leurs contenus. Désormais, les utilisateurs doivent vérifier leur âge selon un procédé qui diffère sur chaque plateforme.

L'Australie devient ainsi un des premiers pays à imposer les mesures les plus radicales dans le monde face aux réseaux sociaux. Si le pays fait figure d'exception dans ce combat, la France et l'Union européenne pourraient s'en inspirer.

"Les dangers sur les réseaux sociaux sont extrêmes"

Dans plusieurs pays, dont la France, les inquiétudes autour de l'impact psychologique des réseaux sociaux sur les jeunes prennent de l’ampleur. "Les dangers sur les réseaux sociaux sont extrêmes", nous rappelle Arthur Delaporte, député PS du Calvados et président de la Commission parlementaire sur les effets psychologiques de Tiktok sur les mineurs.

"Ces dangers sont liés à la façon dont les plateformes sont construites, et notamment les dérives algorithmiques qui enferment les utilisateurs dans une spirale de contenus négatifs et à la conception addictogène des plateformes qui ont des conséquences sur l’état de santé des jeunes", précise-t-il.

En France, une réglementation existe déjà. En juillet 2023, la loi Marcangeli sur la majorité numérique a fixé l'âge légal d'accès aux réseaux sociaux à 15 ans. Mais aucun décret d'application n'a été publié. En effet, la Commission européenne avait estimé que le texte empiétait sur le Digital Services Act (DSA), le règlement sur les services numériques.

Depuis quelques mois, Emmanuel Macron a fait part de sa volonté d'"interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans" si une telle mesure n'est pas appliquée à l'échelle de l'Union européenne. En croisade dans toute la France pour imposer le sujet au coeur du débat public, le chef de l'Etat a réaffirmé cette ambition.

"On a commencé à construire une coalition avec une dizaine d'États (...) Ce que je souhaite, c'est arriver à un texte en début d'année prochaine qui permette d'interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans et d'obliger les plateformes à vérifier l'âge", a-t-il rappelé lors de son déplacement à Arras, le 19 novembre dernier.

En France, une proposition de loi qui divise

Une proposition de loi en ce sens, portée par la députée macroniste Laure Miller, sera débattue à l'Assemblée nationale en janvier 2026. Le texte vise aussi à instaurer notamment un couvre-feu numérique pour les mineurs entre 15 et 18 ans.

Elle fait suite à celle de Gabriel Attal. En août, après l'affaire Jean Pormanove, il avait déclaré vouloir mettre en place un couvre-feu numérique pour les 15-18 ans". Le texte reprend également les préconisations du rapport de la commission d’enquête parlementaire sur les effets psychologiques de Tiktok sur les mineurs, remis en septembre dernier.

Pourquoi les députés veulent-ils interdire Tiktok aux moins de 15 ans?
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Mais les obstacles sont encore nombreux avant une potentielle application. La loi doit déjà être votée. Or, l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans fait encore débat au sein de la classe politique. De son côté, Arthur Delaporte se dit "réservé".

"Les jeunes entre 13 et 15 ou 16 ans ont besoin d’un espace numérique sécurisé. (...) De toute façon, ils trouveront des manières de contourner les limites", observe le député.

Un avis partagé par les associations de protection des mineurs. "Nous sommes plutôt pour l’application de la règle des 13 ans que les réseaux sociaux eux-mêmes mettent en avant. Il faudrait déjà mettre en place des vérifications d’âge permettant que cette limite soit respectée", observe ainsi Justine Atlan, directrice de l'association e-Enfance, pour Ouest-France.

La position de l'UE

Pour le député du Calvados, particulièrement engagé sur les questions du numérique, "il faut s’inscrire dans le cadre européen". Fin novembre, le Parlement européen a en effet adopté un rapport non contraignant appelant à fixer l’âge minimal à 16 ans, tout en permettant aux 13-16 ans d’accéder aux plateformes avec consentement parental.

"C’est une mesure plus adaptée aux souhaits des jeunes. Elle est protectrice, mais pas privative des libertés des uns et des autres", souligne-t-il.

En parallèle, les eurodéputés préconisent d'interdire les pratiques addictives les plus dangereuses pour les mineurs. Ils citent notamment le "pull-to-refresh", qui consiste à glisser les contenus du bas vers le haut pour actualiser une page, les boucles de récompense et les pratiques "ludiques".

Dans un discours en septembre, Ursula von der Leyen dénonçait déjà les "algorithmes qui exploitent la vulnérabilité des enfants dans le but explicite de créer des dépendances" et a affirmé que les parents se sentaient impuissants face au "raz-de-marée des géants du numérique qui déferle sur leurs foyers". La présidente de la Commission européenne a lancé une réflexion sur l’opportunité de mettre en place une telle mesure à l’échelle de toute l’UE. Un panel d’experts doit lui remettre des recommandations d’ici à la fin de l’année.

Le casse-tête technique

Mais reste à résoudre la question du comment. Ce dernier point est un véritable casse-tête technique. Si certaines solutions de vérification d'âge peuvent être contournées, d'autres sont peu respectueuses de la vie privée ou approximatives.

Pourtant, "la priorité reste de vérifier l’âge de manière sécurisée, et pas uniquement de donner une estimation", martèle Arthur Delaporte.

Une solution pourrait se dessiner du côté de l’UE. En juillet, la Commission européenne a annoncé le lancement d'une application pour vérifier l'âge des utilisateurs sur internet.

La France, l'Espagne, le Danemark, l'Italie et la Grèce vont pouvoir se saisir de ce dispositif dès le premier trimestre 2026 pour l'intégrer dans leur propre application nationale d'identification, comme France Identité, ou créer une application indépendante. L'outil se base sur un système de double anonymat pour "garantir qu'aucune donnée ne sera transmise aux autorités ou aux plateformes étrangères", assure la Commission.

De son côté, l'Australie a refusé de valider un seul et même dispositif. Le gouvernement a laissé la responsabilité de la bonne application de la loi aux plateformes. Ces dernières ont donc carte blanche pour contrôler comme elles veulent l’âge de leurs inscrits... avec plus ou moins de bonne volonté. Le succès, ou l'échec, de la loi devrait être scruté de près.