Emmanuel Macron promet une loi pour interdire les réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ou 16 ans avant la fin de son mandat

Une promesse de longue date bientôt tenue? Engagé dans une longue tournée dans toute la France pour imposer les réseaux sociaux, et leur impact, au coeur du débat public, Emmanuel Macron a confirmé à Saint-Malo son intention de faire interdire les réseaux sociaux avant "15 ou 16 ans", grâce à un projet de loi déposé "dès janvier".
Soulignant le "consensus scientifique" concernant les dégâts des réseaux sociaux sur les résultats scolaires et sur la santé mentale des adolescents, il a comparé le danger à un enfant au volant d'une Formule 1. "Mon enfant, (...), j'ai pas envie qu'il gagne la course, j'ai juste envie qu'il descende de la voiture", a-t-il argumenté. "Je veux d'abord lui apprendre le code et être sûr que la voiture fonctionne, lui apprendre à conduire sur une autre voiture", a-t-il insisté.
Suivre le modèle des sites porno
Une première loi instaurant une majorité numérique à 15 ans et promulguée en juillet 2023 n’avait pas pu être mise en œuvre en raison d’un blocage européen. Mais "la Commission européenne a donné son feu vert l'été dernier."
En novembre dernier, Laure Miller (Renaissance), rapporteure de la commission d'enquête sur les effets psychologiques de Tiktok sur les mineurs, a déposé une proposition de loi pour interdire l'accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux et suspendre les comptes des ados déjà existants. Le texte sera débattu à l'Assemblée nationale en janvier 2026.
Pour autant, le chef de l'Etat ne s'est référé à aucun des textes. Il s'est contenté de "prendre l'engagement" qu'un texte serait "voté avant la fin de ce mandat". Emmanuel Macron a précisé vouloir "imposer à tous les réseaux sociaux la vérification de l'âge" des utilisateurs, sur le modèle des sites pornographiques depuis mars. "Cette technique, on peut l'utiliser pour les réseaux sociaux", a-t-il assuré devant près de 220 lecteurs et journalistes de Ouest-France.
Un label pour les plateformes
Lors de ce débat consacré à "la démocratie à l'épreuve des réseaux sociaux", il est également revenu sur les questions de désinformation et de "labellisation des médias" qui avaient fait polémique, déplorant les accusations de dérive "autoritaire".
"Il y a eu parfois des débats ces derniers jours largement biaisés qui ont dit un peu n'importe quoi, y compris sur ce que j'avais pu dire", a répondu Emmanuel Macron. Dans les faits, c'est quand il a apporté un soutien très volontariste à des initiatives existantes de labellisation des médias "par des professionnels", pour distinguer les sites et réseaux qui font de l'information en se conformant aux règles déontologiques, que la polémique est survenue.
"On va tout faire pour que soit mis en place un label", avait-il lancé le 19 novembre à Arras, tout en assurant que ce n'était pas à l'État de le faire. Le Journal du dimanche lui avait reproché une "dérive totalitaire", suivi par les autres médias de la sphère Bolloré, puis par plusieurs dirigeants de la droite et de l'extrême droite, disant soupçonner le chef de l'État de vouloir "contrôler l'information".
"Ce n'est pas du tout le travail de l'État de distinguer le vrai du faux, c'est précisément le travail d'une presse libre par la contradiction, la vérification", a répondu en personne Emmanuel Macron à Saint-Malo, reprenant une riposte déjà formulée la semaine dernière dans le huis clos du Conseil des ministres.
L'Australie, pionnière sur le sujet
"La clé, c'est d'abord de redonner une place centrale à ceux dont c'est le travail, c'est-à-dire les journalistes et les organes de presse (...), ils ont une déontologie, une charte déontologique", a-t-il dit.
Un moment fort et poignant de cet échange a été le témoignage d'Emmanuelle Pouédras, dont le fils s'est donné la mort en septembre 2024 et qui estime que les messages envoyés sur son compte Tiktok ont eu une part prépondérante dans son acte. "Qu'est-ce que vous allez imposer comme mesure immédiate vis-à-vis des parquets et des plateformes pour accompagner les familles endeuillées?", a-t-elle interrogé. Le chef de l'État a évoqué un "témoignage bouleversant" et s'est engagé à la rencontrer.
La France n'est pas le seul pays à vouloir protéger les jeunes utilisateurs sur les plateformes. Depuis le 10 décembre dernier, l'Australie est devenue le premier pays a officiellement interdire les réseaux sociaux aux adolescents de moins de 16 ans. Aucune méthode officielle n'a été choisie par le gouvernement. Les plateformes sont libres de choisir leur propre dispositif.
L'Union européenne regarde dans le même sens. Fin novembre, le Parlement européen a adopté un rapport non contraignant appelant à fixer l’âge minimal à 16 ans, tout en permettant aux 13-16 ans d’accéder aux plateformes avec consentement parental.

