Elle veut lancer l'anti-Twitter: profitant du Forum de Davos, une ancienne d'Ebay dévoile W, un nouveau réseau social basé en Europe et pensé comme une riposte à la plateforme d'Elon Musk

Après X, il y a W. Les lunettes d'Emmanuel Macron et la prise de parole de Donald Trump sur les tensions géopolitiques autour du Groenland, ne sont pas les seules à avoir marqué le forum économique de Davos.
Lors de l'événement, Anna Zeiter, ex-responsable de la protection des données chez Ebay, a fait sensation en dévoilant W, un nouveau réseau social européen. Derrière ce nom minimaliste se cache un concurrent direct de X (ex-Twitter), le réseau social d'Elon Musk... qui a surtout été pensé comme son exact opposé.
Un "anti-X" assumé
Anna Zeiter sera la PDG de cette nouvelle plateforme. À Davos comme sur Linkedin, elle a martelé le même constat:
"À travers l’Europe et au-delà, la désinformation systémique érode la confiance du public et affaiblit la prise de décision démocratique", écrit-elle dans une publication sur le réseau professionnel.
Une étude de Science Feedback, publiée en septembre 2025, a notamment révélé que les grandes plateformes sociales exposent massivement leurs utilisateurs à des contenus trompeurs, notamment X et Tiktok. En parallèle, la plateforme du milliardaire sud-africain est sous le feu des critiques après que son IA, Grok, a généré de fausses images de personnes dénudées sans leur consentement.
Dans ce contexte, "nous pensons qu'il est urgent de créer une nouvelle plateforme de médias sociaux conçue, gérée et hébergée en Europe", un réseau "fondé sur la vérification humaine, la liberté d'expression et la confidentialité des données". Cette "version améliorée de Twitter" entend donc restaurer la confiance dans l’information en ligne, tout en renforçant la souveraineté numérique de l’Union européenne.
Le nom n’a d'ailleurs rien d'un hasard. Il fait d’abord référence à la règle des 5 W du journalisme, Who, Why, When, What, Where (Qui, pourquoi, quand, quoi et où), le socle de toute information fiable. Mais il peut aussi se lire comme la fusion de deux "V": Valeurs et Vérifié. Une manière de résumer la promesse de la plateforme.
Lutter contre la désinformation
Contrairement à X, où les faux comptes et les bots sont régulièrement pointés du doigt, W imposera un processus d’identification strict, basé sur l’identité réelle des utilisateurs. Le réseau social espère ainsi limiter la prolifération de comptes automatisés et réduire la manipulation de l’opinion, notamment lors des périodes électorales.
Autre promesse forte: la lutte contre les bulles de filtres. En effet, les algorithmes des réseaux sociaux ont tendance à enfermer les internautes dans des "bulles de filtre", c'est-à-dire de proposer uniquement des contenus similaires les uns les autres. Sur demande, W prévoit d’exposer volontairement ses membres à des publications issues de différents courants de pensée. Une approche qui se veut plus pluraliste.
La plateforme affirme que l’ensemble des données sera hébergé de manière décentralisée en Europe, par des entreprises européennes, et qu’elle respectera strictement le RGPD.
Le projet est soutenu par des investisseurs technologiques suédois. Une levée de fonds est attendue courant 2026. Si W sera juridiquement domicilié en Suède, son organisation est résolument européenne. Le directeur commercial est basé à Londres, l’équipe technique se trouve en Ukraine, tandis qu’Anna Zeiter opérera depuis Zurich. Des bureaux sont également annoncés à Paris et Berlin.
"Si Bruxelles poste sur W plutôt que sur X, nous aurons beaucoup gagné"
L'annonce du lancement de W se fait dans un contexte politique tendu. Donald Trump a un temps annoncé de nouveaux tarifs douaniers visant plusieurs pays européens, dont le Danemark, sanctionné pour avoir résisté à ses velléités d'annexion du Groenland. Si le président américain y a depuis renoncé, ce nouvel épisode de tensions transatlantiques a ravivé les débats autour de la dépendance stratégique de l’Europe, y compris dans le numérique. W apparaît donc comme une riposte technologique face à des plateformes américaines devenues centrales.
Côté calendrier, une version bêta est attendue dès février. L'ouverture au grand public est prévue d’ici la fin de l’année. "Si Bruxelles poste sur W plutôt que sur X, nous aurons déjà beaucoup gagné", confie Anna Zeiter au magazine Bilanz. Reste à savoir si W réussira à convaincre les utilisateurs et à s'imposer face au réseau social d'Elon Musk. Car il ne suffit pas d’une bonne idée ou de valeurs fortes pour créer un effet de masse.
Pour preuve, les alternatives à X lancées entre 2023 et 2024 n'ont pas eu le succès escompté. En novembre, Bluesky a par exemple franchi le cap des 40 millions d'utilisateurs. Un chiffre bien loin de ceux de Twitter, qui revendique entre 550 et 580 millions d’utilisateurs mensuels. Mastodon peine à dépasser les 7 millions d'utilisateurs.
Seul Threads est arrivé à se frayer une place. La plateforme de Meta revendique 400 millions d'utilisateurs par mois. La plateforme est également plus utilisée au quotidien sur smartphone que le réseau social d'Elon Musk.