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Municipales à Grenoble: Laurence Ruffin à la conquête de sa "ville de coeur"

BFM Baptiste Farge
Laurence Ruffin, candidate aux élections municipales de Grenoble, dans un bistrot à Paris

Laurence Ruffin, candidate aux élections municipales de Grenoble, dans un bistrot à Paris - BFMTV

La dirigeante d'entreprise se lance dans l'aventure politique pour la première fois en candidatant dans la capitale des Alpes, où elle vit depuis plus de 20 ans. Partie avec le costume de favorite, cette quarantenaire découvre un nouveau monde qui ne lui est pas totalement inconnu, son frère étant le député François Ruffin.

Peut-être vous semble-t-elle inconnue. Pourtant, son nom doit vous dire quelque chose: Laurence Ruffin, dont le frère n'est autre que le député de gauche François Ruffin, est candidate aux municipales de mars 2026 à Grenoble. Elle fait même office de favorite dans la Capitale des Alpes.

Éric Piolle, devenu le premier maire écologiste d’une grande ville de France en 2014, lui a laissé la place après avoir promis de ne pas se représenter. Une entrée dans le monde politique par la grande porte. Affiliée à aucun parti, même si elle se revendique de "gauche" et "écologiste", Laurence Ruffin n’avait jamais participé à une élection auparavant.

"Je voulais m'engager différement"

Comment en est-elle arrivée là? La principale intéressée nous répond dans un bistrot parisien. Souriante, elle confie: "Je voulais m’engager différemment". Cette diplômée de l’Essec, une prestigieuse école de commerce, évoque sa vie d’avant, dont les dernières pages se terminent à peine.

Voilà plus de 20 ans qu’elle s’investit dans le monde coopératif. Une vaste expression pour désigner ces sociétés au modèle alternatif, qui accordent une place accrue au salarié, que ce soit pour sa participation au capital ou aux prises de décisions.

De 2009 à aujourd’hui, Laurence Ruffin a notamment dirigé la société coopérative et participative (Scop) Alma, spécialisée dans l’édition de logiciels et basée en banlieue grenobloise. "Dans la coopération, la particularité, c’est de faire en collectif, de répartir la valeur, de ne pas pouvoir délocaliser, revendre", commente-t-elle.

Autrement dit, un "vrai projet politique" pour "dire que chacun dans la société compte, que la question des inégalités des richesses est importante."

La dissolution, un facteur clé dans sa décision

Depuis un certain temps, Laurence Ruffin réfléchit à porter ces idées coopératives à une autre échelle. Elle raconte que la dissolution de l’Assemblée nationale, décidée par Emmanuel Macron en juin 2024, a contribué à sa réflexion:

"J’ai vu à la fois la montée du Rassemblement national, l’engagement d’un certain nombre de personnes, qui ne s’étaient jamais engagées jusque-là, ainsi que l’enthousiasme que crée un projet de gauche, de justice sociale et environnementale."

Membre du collectif de campagne de la majorité sortante, Laurence Ruffin a ensuite participé à une primaire interne dont elle a largement triomphée. Non sans soupçon de favoritisme du maire Éric Piolle. Son adjointe, Lucille Lheureux, également en lice pour la primaire a affirmé avoir fait l'objet de "pressions" et d'"intimidations" pour qu'elle retire sa candidature.

Laurence Ruffin fait peu de cas de cet épisode. Quoi qu'il arrive, la dirigeante d'entreprise aurait gagné le scrutin, répond-on dans son entourage.

Grenoble, la "ville de cœur"

Cette dernière, cheveux châtains mi-longs et grisonnants, est plus volubile au moment d'évoquer Grenoble, déterminante dans son choix d'entrer en politique. Il s'agit de sa ville "de cœur". La native d'Amiens y vit depuis 2003, année du début de ses activités coopératives.

Elle est sensible à l'histoire de la préfecture de l'Isère et la présente comme "pionnière" dans certains domaines, citant l’ouverture du "premier planning familial en France" ou les "premières caisses de solidarité dans la ganterie". Sans oublier son rôle majeur dans "la Résistance", ni le fait que ce soit "la première ville écolo" du pays.

À Grenoble, l’ex-championne de France de natation synchronisée fait ses footings sur les quais. Parfois elle monte en famille au fort de la Bastille, ce symbole de la ville que l’on peut aussi rejoindre via un téléphérique, les fameuses "bulles" de la ville.

Aussi, la quarantenaire a troqué la voiture contre les vélos de la ville, les "cities". "C’est une manière de vivre qui fait qu’il y a moins de véhicules sur la route et en même temps on gagne en pouvoir d’achat et on mutualise des moyens."

La politique, une évidence?

Évoquant son projet municipal pour Grenoble, Laurence Ruffin parle d'une potentielle "gratuité des transports le week-end", "de végétalisation", de "planification écologique", de "vitalité du centre-ville"… Ou encore de "la question de la coopération", son héritage professionnel qu’elle espère convertir dans l’action municipale en associant davantage les habitants.

À l’aise pour parler de Grenoble, Laurence Ruffin donne l'impression qu'elle a parfaitement enfilé son nouveau costume. Était-ce une évidence?

La candidate revient sur son enfance. Son père ingénieur, sa mère qui s'occupe du foyer familial. On ne parle pas vraiment de politique, mais côté maternel, une certaine "humanité naturelle" dans la "manière de vouloir toujours aider et accueillir les autres, que ce soit les voisins comme des Rwandais au moment du génocide", en 1994.

Par la suite, l'aspirante maire en a peut-être gardé un certain héritage, elle qui s'est investie dans sa jeunesse dans plusieurs associations, dont les Restos du Cœur.

Aussi, ses activités dans le monde coopératif lui ont fait fréquenter la sphère politique, notamment Benoît Hamon, ex-candidat socialiste à la présidentielle et surtout ancien ministre délégué à l'Economie sociale et solidaire.

Des propositions sont arrivées sur sa table. Mais Laurence Ruffin les a toujours déclinées. Les "partis" comme l'échelon électoral ne lui "correspondaient pas."

Son frère François Ruffin, l'ex-camarade de classe Macron...

Faute de se lancer directement, la nouvelle femme politique a pu observer de près certaines trajectoires. Notamment celle de son frère aîné, le député de la Somme François Ruffin, âgé de 50 ans. Le 20 novembre, ils sont venu ensemble apporter du soutien aux salariés de l'usine de sirop Tesseire, près de Grenoble, après l'annonce de la fermeture du site de production.

L'ex-insoumis a présenté sa cadette comme "la meilleur de la famille", ajoutant: "à mon avis, si le pays était correctement fait, elle serait ministre de l'Économie". L'élu de gauche devrait revenir rendre visite à sa sœur dans les prochains mois, qui affirme toutefois ne pas vouloir "nationaliser la campagne".

"On a toujours été en lien, même si on a pris des chemins très différents", dit-elle."(Avant la politique, NDLR), il a été dans le journalisme, dans la réalisation de films, quand moi j’ai porté des projets économiques et coopératifs."

Adolescente, Laurence Ruffin a également fréquenté un certain Macron. Emmanuel de son prénom. Elle était en classe avec le futur président de la République au collège et une partie du lycée. Deux bons élèves qui s'entendaient bien sans forcément être amis.

Ces dernières années, ils se sont parfois recroisés. Notamment en 2016, lorsque l'alors candidat à la présidentielle avait rendu visite en Isère aux ex-salariés de l'entreprise Ecopla en Isère.

Laurence Ruffin confie que son ancien camarade de classe l'a "sollicitée", sans vouloir en dire davantage sur les contours de la proposition. Tout juste précise-t-elle sa réponse: "Je suis de gauche".

"Camarade de", "sœur de", "successeuse de"... Laurence Ruffin aimerait s'affranchir de ces qualificatifs et de tous ces hommes. D'autant plus en étant la seule femme parmi les huits candidats déclarés à Grenoble, souligne-t-elle. Heureusement que son mari, lui, n'est pas connu, s'amuse-t-on dans son entourage.

"Je ne veux pas être ramenée à: j’ai fait mes études avec Emmanuel Macron, je suis la sœur de François Ruffin, il y a Éric Piolle… J’ai vécu ma vie, j’ai porté des projets depuis 2003 sur Grenoble, j’ai montré que cela marchait", insiste Laurence Ruffin.

Si elle l'emportait les 15 et 22 mars prochain, elle deviendrait la première femme maire de Grenoble. Tout un symbole.