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Municipales 2026: Strasbourg va-t-elle tourner la page de l’écologie après la surprise de 2020?

BFM Baptiste Farge
La maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian, le 15 juin 2024 lors d'une manifestation contre l'extrême droite

La maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian, le 15 juin 2024 lors d'une manifestation contre l'extrême droite - MATHILDE CYBULSKI / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

Élue surprise en 2020 dans la capitale alsacienne, Jeanne Barseghian fait face aux critiques sur son bilan et des premiers sondages qui la placent derrière l'ancienne maire socialiste Catherine Trautmann. L'écologiste reste toutefois confiante, quelques semaines après son entrée en campagne. Elle tient son premier meeting ce vendredi 16 janvier.

2020 et 2026, même combat pour Jeanne Barseghian? Élue à la tête de Strasbourg il y a bientôt six ans en créant la surprise, la maire écologiste devra une nouvelle fois déjouer les pronostics aux élections municipales des 15 et 22 mars prochains pour conserver son fauteuil.

Certes, les sondages effectués jusqu'ici méritent d'être analysés avec la plus grande prudence, mais ils sont loin d'être favorables à l'édile sortante. Le premier, réalisé par l'Ifop entre le 29 août et le 4 septembre, crédite cette dernière, soutenue notamment à gauche par le Parti communiste français en plus des Écologistes, de 17% des intentions de vote.

Un résultat loin de ceux obtenus par ses principaux rivaux, la conseillère municipale socialiste Catherine Trautmann (25%) et son collègue Les Républicains, Jean-Philippe Vetter (24%).

Barseghian confiante en dépit des premiers sondages

Une autre étude, faite par Elabe entre le 24 novembre et le 2 décembre, confirme la position d'outsider de Jeanne Barseghian. Elle est donnée à 16%, à égalité cette fois-ci avec Jean-Philippe Vetter, mais plus de 10 points en dessous de Catherine Trautmann (29%), qui marque une progression.

Suivent Florian Kobryn (12%) pour La France insoumise, Virginie Joron (11%) pour le Rassemblement national et Pierre Jakubowicz (10%) pour le camp présidentiel, dont les scores confirment que cette élection s'annonce ouverte avec potentiellement six candidatures au second tour.

Jeanne Barseghian, qui effectue son premier meeting ce vendredi 16 janvier, refuse de prêter attention aux premières tendances. Les sondages? "L’expérience m’a montré qu’ils étaient complètement erronés, y compris ceux sortis peu de temps avant mon élection, qui nous donnaient en seconde position, ou au coude-à-coude avec Alain Fontanel (candidat macroniste, NDLR), alors que finalement, nous avons été (près de) 10 points devant", au premier tour, ne manque-t-elle pas de rappeler.

Au deuxième tour, cette spécialiste du droit de l'environnement, âgée de 45 ans, avait confirmé son avance. 41,70% des voix pour elle contre 34,95% pour Alain Fontanel, rejoint par la droite à l'entre-deux-tours, et 23,33% pour la socialiste Catherine Trautmann, déjà candidate à l'époque.

En 2026, la maire doit toutefois composer avec un contexte bien différent de celui des élections de 2020, concomitantes à l'épidémie de Covid-19, qui a entraîné une forte abstention.

Désormais, Jeanne Barseghian est sortante. Elle a un bilan que ses opposants ne manquent pas de cibler, y compris au Parti socialiste. Car, à Strasbourg, l'élection municipale a ceci de singulier: contrairement à d'autres grandes villes telles Paris et Lyon où roses et verts font déjà campagne ensemble, Catherine Trautmann comme Jeanne Barseghian excluent, pour l'instant, une entente, même au second tour.

Dette, tram nord... Tirs groupés de l'opposition

Alliés pendant quelques mois aux écologistes, les socialistes ont quitté la majorité en 2021. Catherine Trautmann, qui a été maire de Strasbourg de 1989 à 1997, puis de 2000 à 2001, ne manque pas de mots acerbes pour critiquer la maire sortante.

Pêle-mêle, l'ancienne ministre de Lionel Jospin évoque des "concertations souvent tronquées", "une information faisant parfois l'objet de rétention" et "un échec, particulièrement patent, celui du tram Nord".

L'ancienne maire socialiste Catherine Trautmann à Strasbourg le 14 novembre 2025
L'ancienne maire socialiste Catherine Trautmann à Strasbourg le 14 novembre 2025 © FREDERICK FLORIN / AFP

Ce projet phare de Jeanne Barseghian, prévoyant l'extension du tramway vers le nord de l'agglomération strasbourgeoise - mais aussi la création de nouvelles pistes cyclables et d'aménagements piétonniers - a particulièrement mis en difficulté la majorité.

En décembre 2024, la commission d'enquête publique rend un avis défavorable, une première. Le rapport de celle-ci reprend les préoccupations des habitants (plus de 7.000 contributions, anonymes à 59%, défavorables à 73%) et juge notamment insuffisante la place laissée à la voiture.

L'avis n'est pas contraignant, mais difficile à surpasser pour une mairie prônant la concertation. La suite? Une convention citoyenne est organisée. Elle propose notamment un autre tracé et appelle à ménager les automobilistes. En octobre 2025, Jeanne Barseghian promet d'endosser ces conclusions si elle est réélue.

"Dogmatisme"

En attendant le verdict, ses adversaires n'hésitent pas à surfer sur cette séquence, voyant là la preuve du "dogmatisme" de l'écologiste. "Il y a dans cette équipe une volonté de sauver la planète et d’avoir une action bénéfique par rapport au changement climatique. Soit, mais cela ne justifie pas de prendre des mesures contre-performantes", tance Catherine Trautmann.

Ton similaire pour le candidat de la droite: "Un projet de tram, c’est la Rolls-Royce de la déclaration d’utilité publique, c’est quasiment impossible d'obtenir un avis défavorable. Eh bien, Jeanne Barseghian a réussi à le faire. Elle a réussi à le faire, parce qu'elle donne cette impression d'avoir raison seule contre tous. Là, c'est vraiment un symbole extrêmement fort", tacle le conseiller municipal.

Le candidat de la droite aux municipales à Strasbourg, Jean-Philippe Vetter, le 10 octobre 2023 à Paris
Le candidat de la droite aux municipales à Strasbourg, Jean-Philippe Vetter, le 10 octobre 2023 à Paris © MAGALI COHEN / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

Jean-Philippe Vetter dénonce également une "gestion budgétaire catastrophique". En cause: le niveau de la dette. D'après la chambre régionale des comptes du Grand Est, "entre la fin de l'année 2019 et la fin de l'année 2023, l'endettement de la ville de Strasbourg est passé de 194 à 334 millions d'euros, soit une hausse de 72%". Celui-ci pourrait atteindre 491 millions d'ici 2027 si la mairie poursuit cette trajectoire financière.

"Le camp de l'immobilisme"

Objet de toutes les critiques, Jeanne Barseghian se défend. La maire de Strasbourg regroupe ses adversaires ,"de Catherine Trautmann jusqu'à l'extrême droite, en passant par la droite républicaine", dans un "camp conservateur, de l'immobilisme ou encore de l'inaction" et se présente, à l'inverse, "dans le camp de l'action".

Sur le projet d'extension du tram, elle accuse les oppositions d'avoir "brandi de fausses informations pour faire peur aux habitants". Quant à la dette, la maire rappelle que son programme prévoyait un grand emprunt de 350 millions d'euros avec la métropole. Aussi, elle assure qu'après un premier mandat de "transformation", il sera question pour les six prochaines années, si elle est réélue, de "consolidation" de la politique menée jusqu'ici, avec "un rythme d’investissement moins soutenu".

Et le "dogmatisme"? "J'ai appliqué le programme pour lequel j'ai été élue", répond Jeanne Barseghian, qui ne manque pas de mettre en avant plusieurs points de son bilan. Parmi eux, la "rénovation massive de nos bâtiments publics et notamment nos écoles", la gratuité des transports pour les jeunes de moins de 18 ans, la baisse de la pollution ou encore une végétalisation plus importante....

Une "deuxième phase de campagne"

Pour tirer son épingle du jeu, Jeanne Barseghian fait face à une équation politique compliquée. "D'un côté, il y a plusieurs listes sur sa gauche, dont celle de La France insoumise (...) De l'autre, elle n'a pas énormément de réserves de voix puisqu’il y a la candidature de Catherine Trautmann", résume le sociologue Sébastien Michon, directeur de recherche au CNRS et co-auteur de l'ouvrage Devenir des professionnel·les de la politique. Conquête et exercice du pouvoir municipal par une liste écologiste et citoyenne.

"L’une des clés du scrutin est de savoir si Catherine Trautmann va réussir à conserver un électorat de centre gauche ou si elle va libérer un peu d’espace parce qu'elle joue sur un positionnement qui est de centre gauche mais très très ouvert sur le centre droit", ajoute-t-il.

Ce spécialiste du paysage politique strasbourgeois n'est pas certain que la dynamique actuelle autour de la critique du bilan de Jeanne Barseghian continue de profiter à l'opposition.

"Ce discours est très prégnant, mais on va passer à une deuxième phase de la campagne (...) Les uns et les autres vont devoir se découvrir. C’est un petit peu confortable quand on est dans une opposition de rester sur des critiques etc… Mais lorsque l’on vote aux élections, on ne vote pas contre Les Écologistes. Là, il va falloir voter pour quelqu’un, pour un programme, pour une équipe", anticipe-t-il, précisant:

"Faire de la politique, c’est choisir. Et choisir, c’est forcément cliver. Donc, là nous allons avoir une campagne qui sera un peu plus intéressante que juste une critique de la majorité en place."