DOCUMENT BFMTV. "Votre silence m’a peinée": la lettre de Sandrine Josso au président du Sénat Gérard Larcher après la condamnation de Joël Guerriau

Dans une lettre adressée à Gérard Larcher, que BFMTV a pu consulter, Sandrine Josso se dit "peinée" et "surprise" par le silence du président du Sénat, après la condamnation ce mardi 27 janvier de Joël Guerriau. L'ex-sénateur a notamment été condamné à 4 ans de prison dont 18 mois ferme pour avoir drogué à son insu la députée de Loire-Atlantique. Elle réclame désormais des changements au sein de l’institution.
"Aujourd’hui, Monsieur le Président, mon cher Collègue, au nom de la transparence élémentaire que nous tous élus devons aux membres de la société civile, je vous prie de mettre en œuvre dès maintenant des actions pour expliquer et mettre fin définitivement à ces graves dérives, qui se sont répétées pendant de nombreuses années, et toutes les autres actions qui vous sembleront utiles dans ce contexte", martèle-t-elle.
Une lettre accablante pour Gérard Larcher
Au fil de son message, Sandrine Josso égrène les nombreux dysfonctionnements qu'elle a constaté. La députée de 50 ans déplore notamment n'avoir reçu aucun signe de la part de Gérard Larcher alors qu'elle s'est rendu à plusieurs reprises au Sénat depuis le début de l'affaire.
"Jamais, me sachant dans vos murs, vous n'êtes venu prendre quelques minutes pour échanger avec moi", souligne-t-elle.
L'affaire remonte à la nuit du mardi 14 novembre 2023. Joël Guerriau, alors sénateur de Loire-Atlantique, propose à Sandrine Josso, une connaissance politique depuis une dizaine d'années, de se rendre à son domicile pour célébrer un évènement. Au cours de la soirée, la représentante du MoDem est droguée à son insu, mais parvient à quitter rapidement l'appartement.
À l'hopital, les analyses toxicologique révèlent la présence de MDMA, plus communément appelée ectasy, dans son organisme. Une drogue également retrouvée au domicile de Joël Guerriau, qui a expliqué lors de son procès s’être procuré le produit via un collègue sénateur. Le tribunal a ensuite établi que l'utilisation de la substance a été effectuée en vue de commettre un viol ou une agression sexuelle.
L'ex-sénateur "a dévoilé à la barre de nombreuses pratiques illégales ou contraires à l’éthique" au sein du Sénat, souligne Sandrine Josso dans sa lettre.
"Il avait également eu des relations sexuelles avec deux de ses anciennes collaboratrices", étaye-t-elle.
Elle dénonce également les agissement du Sénat, qui aurait tenté, selon les informations de Médiapart, de faire pression sur l'ARCOM afin d'empêcher la diffusion d'un reportage consacré à l'enquête sur son agresseur. "Pourquoi, le Sénat a-t-il fait pression sur l’ARCOM pour mettre en garde Complément d’enquête, alors que l’ARCOM avait décidé initialement que le reportage était conforme?", interroge l'élue de Loire-Atlantique.
Le président du Sénat se défend
Sandrine Josso souhaite désormais que le Sénat change et engage "des actions pour expliquer et mettre fin définitivement à ces graves dérives, qui se sont répétées pendant de nombreuses années".
"Nous le devons tout d’abord aux victimes mais aussi à l’ensemble des Français.
Je me tiens à votre disposition pour en discuter", conclut Sandrine Josso.
Interrogé au sujet de ce courrier, l'entourage de Gérard Larcher nous dit ne pas souhaiter faire de nouveaux commentaires et renvoie à ses déclarations du mercredi 28 janvier sur RTL.
"Nous avons facilité tous les éléments de l'enquête, la perquisition. Mais je ne pouvais pas démissionner de moi-même ce sénateur. Seul le Conseil constitutionnel peut démissionner un parlementaire", s'est défendu le président du Sénat à l'antenne de nos confrères.
"Le principe, c'est que jusqu'au jugement, la présomption d'innocence existe (...) Je pense qu'il est important qu'entre une assemblée, le président d'une assemblée et les procureurs qui instruisent, dans le respect de la présomption d'innocence, il y ait plus d'échanges d'informations", a-t-il précisé.
L'avocat de Joël Guerriau a annoncé que son client allait faire appel de la sentence, rendant suspensive la décision du tribunal.
La lettre de Sandrine Josso à Gérard Larcher:
Monsieur le Président,
Cher Collègue,
J’attends depuis plus de deux ans un signe de votre part. Votre silence m’a peinée, surprise et maintenant m’interroge, encore aujourd’hui après le jugement de première instance rendu avant-hier et la culpabilité du sénateur démissionnaire Joël Guerriau reconnue par le Tribunal Judiciaire de Paris.
J’ai eu l’occasion à plusieurs reprises de venir au Sénat pour ma mission gouvernementale sur la soumission chimique avec la sénatrice corapporteure. Jamais me sachant dans vos murs, vous n’êtes venu prendre quelques minutes pour échanger avec moi.
Le 24 septembre 2024 et à nouveau le 23 juin 2025, plus de 18 mois après les faits, je vous ai sollicité à travers mon avocat, Maître Arnaud Godefroy, afin que vous saisissiez un comité de déontologie, comme le règlement intérieur de votre institution le permet.
Pendant ce temps, beaucoup de choses se sont passées: des récits de victimes ont été publiés, des journalistes se sont mis au travail pour chercher à comprendre ce silence, et en ce qui me concerne, des personnes de votre institution se sont confiées à moi.
Une autre victime de Monsieur Joël Guerriau a même contribué à un reportage, Complément d’enquête, où j’ai également été interviewée. Pourquoi, comme l’a révélé Mediapart, le Sénat a-t-il fait pression sur l’ARCOM pour mettre en garde Complément d’enquête, alors que l’ARCOM avait décidé initialement que le reportage était conforme?
Lundi (26 janvier) et mardi (27 janvier), lors du procès de mon agresseur, ce dernier a dévoilé à la barre de nombreuses pratiques illégales ou contraires à l’éthique, notamment le fait que la drogue mise dans mon verre lui avait été remise par un de ses collègues sénateur mais également qu’il avait eu des relations sexuelles avec deux de ses anciennes collaboratrices. Sans parler des autres déviances que révèle son historique Internet.
Aujourd’hui, Monsieur le Président, mon cher Collègue, au nom de la transparence élémentaire que nous tous élus devons aux membres de la société civile, je vous prie de mettre en œuvre dès maintenant des actions pour expliquer et mettre fin définitivement à ces graves dérives, qui se sont répétées pendant de nombreuses années, et toutes les autres actions qui vous sembleront utiles dans ce contexte.
Nous le devons tout d’abord aux victimes mais aussi à l’ensemble des Français.
Je me tiens à votre disposition pour en discuter.













