"Je suis venue voir un ami, je suis sortie en découvrant un agresseur": la députée Sandrine Josso témoigne avant l'ouverture du procès de Joël Guerriau

La soumission chimique de nouveau à l'ordre du jour de la Justice française. L'ex-sénateur Horizons de Loire-Atlantique Joël Guerriau est jugé à partir de ce lundi 26 janvier, accusé d'avoir drogué la députée Modem du même département Sandrine Josso avec intention de la violer.
"Je suis venue voir un ami et je suis sortie terrorisée en découvrant un agresseur", raconte-t-elle dans différents médias, notamment sur les antennes de franceinfo ainsi que de RTL.
En novembre 2023, la parlementaire de 48 ans est invitée au domicile de son homologue, son "ami" depuis une dizaine d'années, pour fêter sa réélection. Seule invitée chez lui, elle accepte un verre de champagne au "goût particulier". "Il m'invitait à retrinquer une fois, deux fois, trois fois. C'était un peu lourdingue", se rappelle-t-elle pour RTL.
La députée commence ensuite à avoir des symptômes. "J'avais déjà depuis de nombreuses minutes des palpitations extrêmes, des nausées, j'étais dans un malaise", liste-t-elle chez nos confrères. Elle surprend ensuite Joël Guerriau manipuler un sachet transparent. Elle panique, prétexte devoir retourner à l'Assemblée nationale et quitte le logement. Après avoir raconté le déroulé de la soirée à deux confrères, l'élue appelle les secours.
À l'hôpital, les analyses toxicologiques relèvent une forte intoxication de son corps à l'ecstasy, avec une présence de MDMA à hauteur de 388 nanogrammes par millilitre de sang. Une concentration très nettement supérieure à une prise récréative de cette drogue euphorisante.
"La défense des agresseurs: ils se victimisent"
À quelques heures de l'ouverture du procès, Sandrine Josso ne cache pas son appréhension mais refuse de taire le déroulé de cette soirée. "Je me dis que je vais avoir peur quand je vais arriver dans cette salle d'audience. Peur de le revoir", confie-t-elle à franceinfo.
Le sénateur Joël Guerriau nie quant à lui avoir voulu droguer et violer sa consœur et plaide l'"acte d'inadvertance". Il assure s'être procuré ce qu'il croyait être un "euphorisation" car il avait du mal à faire le deuil après la perte de son chat. C'est après avoir consommé la drogue qu'il aurait mal lavé le verre et qu'il aurait, toujours selon ses dires, servi par erreur son amie. En perquisition, un sachet de 30 grammes d'ecstasy a été retrouvé dans le tiroir de sa cuisine.
Ce déni, Sandrine Joso s'y attendait. "C'est toujours la défense des agresseurs: ils se victimisent, ne savent plus… En fait, c'est un tissu de mensonges qui sort de leur bouche", déclare-t-elle pour RTL.
La députée appelle à une "vraie politique d'État"
En parallèle, la parlementaire a dû gérer deux ans de "stress post-traumatique" avec une reconstruction "très lente" et la peur constante de croiser son homologue, élu dans le même département qu'elle. Elle fait part également d'une détérioration de sa santé, "avec des problèmes chroniques de dos, une hernie discale, des problèmes dentaires aussi à force de me tendre, de me crisper."
Un stress dû aux faits, mais également à l'instruction, qui a révélé de nombreuses choses sur celui qu'elle croyait être son ami. L'enquête a par exemple mis en lumière que le parlementaire avait recherché sur Google des termes comme "drogue", "viol" ou "acheter MDMA". La défense assure que ces recherches ont été faites dans le cadre de son travail de parlementaire.
"Quand on est en confiance avec quelqu'un, on ne peut pas imaginer la face cachée de l'individu qu'on a en face, à qui on a aussi donné son amitié", souligne Sandrine Josso sur franceinfo.
La députée se bat désormais pour une vraie prise de conscience de l'État afin d'endiguer le phénomène. "Ce que je souhaite vraiment, c'est que les victimes en France arrêtent d'être invisibilisées, désocialisées. J'ai vraiment envie que ce procès soit pédagogique pour ça et je penserai à elles, à toutes ces victimes qui sont dans l'ombre."
Et de conclure: "entre l'affaire Betharram, l'affaire Le Scouarnec, le procès Pelicot... Il faut une vraie politique d'État pour enrayer ces violences, par l'éducation".












