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"On lui aurait presque donné le bon Dieu sans confession": les deux policiers qui ont arrêté Dominique Pelicot en 2020 témoignent

BFM Emilie Roussey
Dominique Pelicot au tribunal d'Avignon le 17 septembre 2024

Dominique Pelicot au tribunal d'Avignon le 17 septembre 2024 - Benoit PEYRUCQ © 2019 AFP

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François et Laurent sont intervenus en 2020 dans un supermarché de Carpentras où Dominique Pelicot a été pris en train de filmer sous les jupes de plusieurs femmes. Ils racontent cette patrouille qui a permis de lever le voile sur les agissements de l'homme désormais condamné à 20 ans de prison.

Sans leur travail, Dominique Pelicot aurait pu "passer à la trappe". Un an après la condamnation de ce dernier à 20 ans de prison pour avoir drogué, violé et livré à des dizaines d'inconnus sa femme Gisèle Pelicot, les deux policiers qui l'ont arrêté en 2020 racontent à Vaucluse matin la patrouille qui a permis de lever le voile sur ses agissements.

Ce 12 septembre 2020, Laurent et François, alors policiers du Groupe de sécurité de proximité (GSP), sont en patrouille dans les rues de Carpentras (Vaucluse) quand ils sont appelés pour intervenir dans un centre commercial où un homme a été pris en train de filmer sous les jupes de trois femmes. Arrivés sur place, l'agent de sécurité les conduit jusqu'à Dominique Pelicot.

"C’était un petit vieux très bien habillé. Un joli polo de marque, un short et des petites chaussures. Plutôt classe. On lui aurait presque donné le bon Dieu sans confession", se souvient Laurent, désormais âgé de 52 ans.

Le policier tente alors de discuter avec l'homme. "Je lui dis: 'Quand même, faire ça à votre âge!' Je le vois qui relève un peu la tête. Il ne dit qu’un seul mot: 'pulsion'", avant de se taire, complète Laurent.

"Il n'a pas montré le moindre regret"

Mais pour François, quelque chose cloche. "Ce n’était pas normal vu son âge. Qu’est-ce qu’il faisait là? Et puis toutes les vidéos étaient vraiment bien filmées", se rappelle le policier de 42 ans.

Il se lance alors à la recherche des victimes dans le supermarché afin d'obtenir un dépôt de plainte et de pouvoir creuser. "Quand elles l’ont vu, elles nous ont dit: 'C’est un pauvre vieux, vous n’avez qu’à effacer les vidéos'", poursuit François.

Mais pour les deux agents, la situation est "bizarre". Dominique Pelicot "avait des réactions spontanées. Par contre, jamais il ne nous a dit 's’il vous plaît, ne le dites pas à ma femme et mes enfants.' C’était bizarre. Et puis, il n’a pas montré le moindre regret", explique François.

Ce dernier décide d'emmener l'homme et les trois victimes au commissariat afin de recueillir leur plainte. Dominique Pelicot demande seulement à récupérer son chien dans sa voiture.

"D'un coup, il a changé. On a vu un homme heureux. Il lui faisait des câlins. On le sentait très proche de son chien, par contre il ne disait toujours rien au sujet de sa famille. Et quand on lui parlait, il ne répondait que 'pulsion'!", poursuit Laurent.

"Alors qu’on prenait tout, il restait là, sans émotion"

Durant le trajet, les deux policiers se disent que l'homme "a quelque chose qui ne tourne pas rond. Il fallait creuser et aller chez lui", racontent-ils.

Les deux agents se souviennent d'une maison "très bien rangée" et d'un homme "pas plus inquiet que ça". "On l’a laissé nourrir son bouledogue et nous avons pu commencer à saisir son matériel informatique. Alors qu’on prenait tout, il restait là, sans émotion. Puis, nous sommes rentrés au commissariat où il a été entendu".

Cette saisie a finalement permis de découvrir les faits commis par Dominique Pelicot à l'insu de son épouse Gisèle et qui ont mené à sa condamnation et à celle de 51 autres hommes en décembre 2024. Sans l'action des deux policiers de Carpentras, "il n’y aurait certainement jamais eu de perquisition", estime François. "Il n’y aurait jamais rien eu de découvert et il serait passé à la trappe".

Leur persévérance a été récompensée le 11 novembre dernier par le préfet du département qui les a décorés de la médaille de la sécurité intérieure échelon bronze.