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INFO BFMTV. "Je n'ai pas une tête de tueur": ce que Dominique Pelicot a déclaré au cours d'une expertise psychologique

BFM Mélanie Bertrand
Dessin de Dominique Pelicot lors du procès des viols de Mazan en décembre 2024, à Avignon (France). (Image d'illustration)

Dessin de Dominique Pelicot lors du procès des viols de Mazan en décembre 2024, à Avignon (France). (Image d'illustration) - Photo par BENOIT PEYRUCQ / AFP

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Dominique Pelicot, condamné il y a un an pour les viols de son ex-femme Gisèle sous soumission chimique, est actuellement mis en examen dans deux autres cold cases, un viol et un meurtre et une tentative de viol. Selon nos informations, il a longuement été interrogé sur ces faits par une psychologue cet été, au parloir de sa prison.

C’était au mois de juillet 2025, Dominique Pelicot est expertisé par une psychologue à la demande du pôle Cold Case de Nanterre, sept mois alors après le verdict dans le procès de Mazan où il a été condamné à 20 ans de prison pour viols aggravés sur son épouse Gisèle.

Pendant l’enquête initiale sur les viols de Mazan, Dominique Pelicot a déjà rencontré à plusieurs reprises psychiatres et psychologues. Cette fois, il était donc question d’examiner sa perception sur les deux cold cases où sa responsabilité semble établie aux yeux du juge d’instruction en charge des investigations, le meurtre de Sophie Narme en 1991, et la tentative de viol sur Marion (prénom modifié) en 1999.

D'après nos informations, les entretiens vont durer deux jours et face à la psychologue, Dominique Pelicot se livre comme lors d’un interrogatoire de police. Il donne sa version des faits, et si ses propos sont parfois "sidérants", note l’experte, ils dessinent le portrait d’un homme "infiltré de troubles", totalement dénué d’empathie, imperméable à la souffrance de ses victimes et qui tend constamment à minimiser ses actes.

Un homme en "chasse" dans les "zones pavillonnaires"

Dominique Pelicot est d’abord interrogé sur la tentative de viol commise sur une jeune femme que nous appellerons "Marion" en mai 1999, en Seine-et-Marne. Une agente immobilière de 19 ans avec qui il avait pris rendez-vous pour visiter un appartement, avant de l’agresser à l’intérieur du logement.

Une tentative de viol qu’il a fini par reconnaître, confondu par son ADN retrouvé sur place.

Ce jour-là, il admet avoir été "en chasse", rôdant autour des "zones pavillonnaires, des mairies, et des agences immobilières". Dans sa voiture, l’homme semble avoir tout prévu et dissimule une sorte de "kit de viol", avec une ficelle et un flacon d’éther.

"Dans ma tête, je ne pense à rien jusqu'au moment où on monte. Au moment où elle me tourne le dos, je la ceinture et je lui mets une clé dans le cou et je lui demande de s'allonger sur le dos", explique-t-il.

"Je sors le flacon, j'imbibe le mouchoir. Il semblerait qu'elle perd connaissance, je la mets sur le dos et lui enlève le pantalon. Au moment où elle se détache, je panique, on se donne des coups de tête, je ne veux pas que ça aille plus loin", ajoute-t-il à la psychologue.

La victime, entendue par les enquêteurs, avait évoqué un début d’étranglement: "un début d'étranglement? Je pense que j’en suis incapable".

Sur la violence infligée à sa victime, Dominique Pelicot est toujours dans la minimisation de ses actes. "Si j'avais été un violeur comme elle le prétend, si j’avais eu le cutter, qu'est-ce qui m'aurait empêché de la violer? Si j'avais voulu arriver au viol complet, qu'est ce qui m'aurait empêché de le faire? C'est pour ça que je suis parti, j 'ai eu peur qu'il y ait de la violence", glisse-t-il.

Une reconnaissance des faits partielle, où là encore Dominique Pelicot tend à minimiser sa responsabilité. "C'est une agression sexuelle. Je conteste complètement le viol", concède-t-il devant la praticienne. "Je ne voulais pas lui faire de mal".

"J'avais tellement peur de me faire attraper"

Marion, elle, avait raconté avoir vu la mort en face ce jour-là, convaincue qu’elle allait être tuée dans cet appartement. Mais Dominique Pelicot est formel: "je n’ai pas une tête de tueur". Il a d’ailleurs cette phrase saisissante:

"Elle n’a eu que 5 jours d’ITT, elle ne s’est arrêtée qu’une semaine! Si j’avais frappé, elle aurait eu plus d’ITT"… Avant d’ajouter: "si je n'avais pas eu d'enfants, je me serais rendu… J'avais tellement peur de me faire attraper".
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À cette époque, Dominique Pelicot est marié avec Gisèle Guillou, le couple a déjà 3 enfants âgés de 13 à 26 ans. Tous résident en région parisienne, à une dizaine de kilomètres de là où Marion a été agressée.

Comme pour détourner l’attention, Dominique Pelicot avance même une autre piste possible lors de cette expertise: "Ce qui me trouble le plus, c'est que le Grêlé (tueur et violeur en série qui s’est suicidé en 2021 avant d’être jugé, ndlr) quand vous regardez son parcours, on était sensiblement aux mêmes endroits au même moment… II était gendarme, il connaît bien des techniques, il aurait pu inverser l'ADN".

"Pervers ok, mais je ne suis pas un tueur !"

Interrogé sur l’autre cold case, le viol et le meurtre de Sophie Narme en 1991, l’homme de 72 ans se montre beaucoup moins bavard. La jeune femme de 23 ans, elle aussi dans l’immobilier, avait été retrouvée morte dans l’appartement qu’elle devait faire visiter en décembre 1991, dans le nord de Paris.

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Il nie même catégoriquement toute implication, bien qu’il soit mis en examen. La justice estime cependant qu’il existe des similitudes dans le mode opératoire avec la tentative de viol de Marion, même si pour ces faits, aucun ADN n’a été retrouvé sur place.

Face à la psychologue, il déclare: "J'ai la sensation qu'on veut me faire porter un chapeau qui est trop grand pour moi. C'est pas sur des similitudes qu'on accuse quelqu'un! Qu'on me traite de pervers ok, mais je ne suis pas un tueur!".

Dominique Pelicot poursuit: "Si je l’avais fait, je l’aurais reconnu, allant même jusqu’à regretter que son ADN n’ait encore jamais été recherché sur le corps de Sophie Narme".

L’avocate de Dominique Pelicot a en effet demandé une exhumation du corps de Sophie Narme afin de démontrer que l’ADN de son client ne se trouvait pas sur la dépouille de la jeune femme. Après un premier refus, le mois dernier, la justice a finalement donné son feu vert pour cet acte d’enquête, qui pourrait avoir lieu dans les prochains mois.

Dans ses conclusions, la psychologue souligne des propos parfois "sidérants" d’un homme totalement dénué d’empathie selon elle, minimisant ses actes en permanence. Selon nos informations, aucune nouvelle audition de Dominique Pelicot n’est prévue devant la justice pour le moment.

Ce "n'est pas un jugement de culpabilité", insiste son avocate

Après la publication sur BFMTV du contenu de l'expertise psychologique de Dominique Pelicot, son avocate Maître Béatrice Zavarro a souhaité réagir dans nos colonnes. Elle se dit "surprise" de la parution de ces informations concernant l'audition qui a eu lieu il y a cinq mois.

"Bien évidemment, quand le nom de Dominique Pelicot est prononcé, il sonne comme un homme coupable de tout, y compris des faits pour lesquels il bénéficie d’un statut d'homme libre depuis avril 2024. Ne jamais bafouer la présomption d’innocence me semble essentiel, même quand il s’agit de Dominique Pelicot", a déclaré l'avocate auprès de BFMTV.

"Une expertise psychologique n'est pas un jugement de culpabilité et s'inscrit dans un contexte à discuter", souligne Maître Béatrice Zavarro, qui rappelle également que "l’instruction est toujours en cours" concernant la mort de Sophie Narme. "Je reste dans l'attente impatiente de la mesure d’exhumation du corps de mademoiselle Narme, ordonnée par la Chambre de l'instruction de la cour d'appel de Versailles selon un arrêt du 7 novembre 2025".