BFM

Harcèlement scolaire, enquêtes ouvertes... Ce que l'on sait du suicide d'une lycéenne en Seine-et-Marne

BFM Véronique Fèvre avec Sophie Cazaux
placeholder video
Téléchargez la nouvelle application BFM
Le parquet de Meaux a ouvert plusieurs enquêtes après le suicide mardi d'une adolescente victime, selon sa famille, de harcèlement scolaire au sein de son lycée. L'établissement n'avait, selon nos informations, pas effectué de signalement interne bien que cela soit prévu par le protocole dans les cas de harcèlement scolaire.

Camélia, 17 ans, s'est suicidée ce mardi 13 janvier en gare de Mitry-Mory, en Seine-et-Marne. L'adolescente était victime de harcèlement scolaire et, selon sa famille, n'avait pas été suffisamment écoutée sur ces faits au sein de son lycée. Le parquet de Meaux a ouvert plusieurs enquêtes dans le cadre de cette affaire.

• Une adolescente victime de harcèlement

Scolarisée au lycée Balzac de Mitry-Mory, au nord-est de Paris, l'adolescente "s'est volontairement donné la mort", a indiqué le procureur de la République de Meaux, Jean-Baptiste Bladier, dans un communiqué.

D'après le procureur, la famille a expliqué à la police que la jeune fille avait été victime de harcèlement scolaire depuis décembre et "qu'à la rentrée de janvier, la situation ne s'était pas améliorée", malgré la convocation des jeunes soupçonnés de son harcèlement.

Selon la famille, la "jeune femme avait été elle-même convoquée par le chef d'établissement le jour de son décès" et "au cours de cet entretien, l'intéressée avait été renvoyée à sa propre part de responsabilité dans les faits", a détaillé le procureur dans son communiqué.

• Plusieurs enquêtes ouvertes

Le parquet a ouvert deux enquêtes: une pour déterminer les causes de la mort de Camélia, la seconde du chef de "harcèlement scolaire ayant conduit la victime à se suicider", motif pour lequel la peine encourue est de dix ans de prison.

Selon le procureur, depuis la mort de l'adolescente, "le personnel de direction de l'établissement est victime, notamment sur les réseaux sociaux, de menaces violentes, tandis que des rassemblements sont organisés devant le lycée, tant à l'initiative de la famille de la défunte, que de tiers."

Dans son communiqué, Jean-Baptiste Bladier explique que "des élèves susceptibles d'être impliqués dans les faits subis par la défunte sont eux-mêmes victimes de faits de harcèlement." Deux autres enquêtes préliminaires, l'une pour menaces envers une personne exerçant une fonction publique et la seconde pour harcèlement moral, ont ainsi été ouvertes.

• La gestion de l'établissement en question

Une enquête administrative confiée à l'inspection générale de l'Éducation nationale a été ordonnée concernant le suicide de Camélia, a appris BFMTV auprès du ministère de l'Éducation nationale. Cette enquête aura notamment vocation à déterminer le déroulé des faits, les réponses apportées par l'institution au harcèlement dénoncé et, le cas échéant, en tirer des conclusions. 

L'Académie de Créteil a expliqué à BFMTV que la jeune fille avait évoqué des faits de harcèlement avec son proviseur avant les vacances de Noël. Selon l'académie, le dossier avait été traité et semblait être résolu. Mais à la reprise des cours, Camélia s'est à nouveau plainte au proviseur de la situation qu'elle subissait, du harcèlement essentiellement sur les réseaux sociaux. 

Tous les soirs dans Le Titre à la Une, découvrez ce qui se cache derrière les gros titres. Zacharie Legros vous raconte une histoire, un récit de vie, avec aussi le témoignage intime de celles et ceux qui font l'actualité.
Suicide d’Evaëlle: au procès de l’enseignante, le système scolaire en question
16:45

L'académie affirme qu'elle n'a pas eu connaissance des faits car l'équipe de direction n'a pas fait de signalement en interne, via la plateforme dédiée. Le protocole mis en place par l'Éducation nationale pour les cas de harcèlement scolaire prévoit pourtant un signalement automatique à l'académie.

Selon les informations de BFMTV, le programme Phare, dispositif de lutte contre le harcèlement scolaire censé être généralisé depuis 2023, n'était pas pleinement appliqué dans ce lycée. Ce dernier ne disposait pas d'une équipe ressource (des professeurs et agents engagés et formés), chargée de traiter les cas de harcèlement, ni de référent harcèlement. Il ne disposait pas non plus d'élèves ambassadeurs.

• Le ministre déplore un "drame humain atroce"

Interrogé sur le suicide de Camélia, le ministre de l'Éducation, Édouard Gefffray, a parlé d'un "drame humain atroce". "Mes pensées vont d'abord à la famille, et à la communauté éducative et à ses amis. On se lève tous les matins pour nos élèves. C'est le pire pour nous", a-t-il ajouté.

Rappelant qu'il y a en ce moment "beaucoup de rumeurs", il a appelé à ce qu'il puisse y avoir une enquête "propre et sereine" afin "d'établir la vérité".

• Un rassemblement devant le lycée

Une cellule psychologique a été mise en place au sein de l'établissement après le suicide de Camélia, ainsi qu'"une protection fonctionnelle du proviseur face au cyclone médiatique et numérique dans lequel il est plongé".

Un message écrit par le recteur de l'académie a été déposé sur Pronote, la messagerie de l'établissement. Jean-François Chanet y a fait part de son empathie, de son soutien à la communauté éducative. Il appelle également à ne pas donner de crédit aux rumeurs, qui visent notamment le proviseur sur les réseaux sociaux.  

Jeudi et vendredi matin, des rassemblements ont eu lieu devant le lycée en mémoire de Camélia et pour dénoncer le harcèlement scolaire, réunissant quelques centaines d'élèves. "C'est malheureux, on se dit que ça pourrait être notre enfant", a déclaré une mère présente au rassemblement au micro de BFMTV.

"Dès le plus jeune âge, il faudrait qu'il y ait une sensibilisation, qu'on écoute l'enfant, qu'on écoute aussi les parents et que des vraies mesures soient prises", a estimé une autre mère.