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Une planche de "Tintin au Pays de l'or noir" reste invendue aux enchères

BFM Sophie Hienard
Une planche de l'édition de 1950 de "Tintin au pays de l’or noir" vendue aux enchères à la Maison Aguttes.

Une planche de l'édition de 1950 de "Tintin au pays de l’or noir" vendue aux enchères à la Maison Aguttes. - Capture d'écran du site de la Maison Aguttes

Estimée entre 300.000 et 500.000 euros, une planche originale d'Hergé mise en vente mercredi 19 novembre chez Aguttes n'a pas atteint son prix de réserve. Une surprise dans un marché où les œuvres du créateur de Tintin atteignent régulièrement des sommets.

Le marteau ne s'est jamais abattu. Proposée aux enchères par la maison Aguttes, la planche d'origine de Tintin au pays de l'or noir n'a pas pu être vendue mercredi 19 novembre, puisque le seuil du prix minimum n'a pas été atteint. Les enchères proposées sont restées en deçà du prix de réserve fixé par le vendeur pour cette pièce estimée entre 300.000 et 500.000 euros.

La planche VII de Tintin au Pays de l'or noir a appartenu à la Collection Jacques Topor, l'un des premiers collectionneurs de planches originales de bandes dessinées. Publiée en novembre 1939 dans Le Petit Vingtième, puis retouchée en 1948 dans Le journal de Tintin, avant d'être intégrée telle quelle à l'album édité en 1950 par Casterman, la planche se présente sous la forme de quatre bandes en noir et blanc, avec des bulles vides.

Dessinée à l'encre de Chine, cette planche témoigne d'une époque charnière dans la production d'Hergé. L'aventure, commencée en 1939, fut brutalement interrompue par la Seconde Guerre mondiale. Après une interruption de huit ans, qui laisse le récit inachevé, l'histoire reprend du début, en couleur, dans les pages du journal Tintin, du 16 septembre 1948 au 23 février 1950.

L'aventure "maudite" d'Hergé

Quinzième album de la série, Tintin au Pays de l'or noir raconte une enquête sur un trafic d'essence frelatée au Moyen-Orient, dans un contexte de tensions géopolitiques liées au pétrole. La première version de l'album paru en 1950 situe le début de l'action en Palestine sous mandat britannique, puis une seconde version en 1971, partiellement remaniée, se déroule dans un pays arabe imaginaire qu'Hergé baptise le Khemed.

Cette refonte tardive s'explique par les pressions de l'éditeur britannique, qui jugeait le contexte palestinien trop daté pour les lecteurs des années 1970. Hergé supprima alors les références aux soldats anglais, à l'Irgoun et aux tensions israélo-arabes, transformant son récit ancré dans l'histoire immédiate en une aventure plus intemporelle.

La reprise du travail après-guerre posa un autre défi à Hergé: intégrer le capitaine Haddock et le professeur Tournesol, personnages créés entre-temps, dans une intrigue conçue sans eux. Haddock n'apparaît ainsi que vers la fin de l'album, sans explication véritablement convaincante.

Un marché en pleine effervescence

L'échec de cette vente surprend dans un contexte où les prix pour les originaux du créateur de Tintin s'envolent. Le premier dessin de la couverture du Lotus Bleu a été vendu plus de 3 millions en 2021. Celui des pages de garde des albums de Tintin a atteint 2,5 millions d'euros en 2014. Une planche d'On a marché sur la lune était partie pour 1,55 million d'euros en 2016.

Cette non-vente n'enlève rien à la valeur patrimoniale de l'œuvre. Cette pièce exceptionnelle pourrait être remise en vente ultérieurement, ou trouver preneur lors d'une transaction de gré à gré entre la maison de ventes et un potentiel acquéreur.