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Municipales 2026 à Marseille: jusqu’où ira Sébastien Delogu, l’insoumis au profil clivant qui espère créer la surprise?

BFM Marseille Baptiste Farge
Le député insoumis Sébastien Delogu le 19 novembre 2025 à Marseille

Le député insoumis Sébastien Delogu le 19 novembre 2025 à Marseille - CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

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Le député des quartiers nord de la cité phocéenne tient ce samedi son premier meeting de campagne. Sérieux concurrent pour Benoît Payan à gauche, cet ancien chauffeur de taxi suscite aussi de la défiance et des railleries.

Jusqu'où peut aller le député Sébastien Delogu? Cet ancien chauffeur de taxi, arrivé à l'Assemblée nationale en 2022 après des années de galères à enchaîner les petits boulots, rêve de poursuivre son ascension politique. Depuis le 16 novembre, il est officiellement candidat pour les municipales de mars prochain à Marseille, sa ville natale, espérant se faire une place dans un scrutin qui s'annonce serré.

"Je souhaite ramener le peuple au pouvoir et ne pas laisser Marseille aux magouilleurs qui font du favoritisme et du clientélisme comme la ville a toujours connu", a-t-il expliqué à l'AFP.

Le parlementaire, dont le premier meeting a lieu ce samedi 6 décembre à 17 heures à la Friche de la Belle de Mai (3e arrondissement), entend surfer sur les bons résultats de La France insoumise dans la deuxième ville de France.

Jean-Luc Mélenchon, qu'il admire, y avait obtenu 31,12% des voix au premier tour de la présidentielle 2022. Loin devant Emmanuel Macron (22,62%) et Marine Le Pen (20,82%).

Les chiffres sont très bons aussi dans sa circonscription, la 7e de Marseille, regroupant une partie des quartiers nord. Par rapport à l'élection législative de 2022, Sébastien Delogu a plus que triplé son nombre de voix au premier tour en 2024, en étant élu directement, sans avoir à passer par une deuxième manche.

"Un bond atomique en termes de notoriété"

Entre-temps, l'homme de 38 ans avait largement franchi le mur du son à l'Assemblée nationale le 28 mai 2024. Ce jour-là il brandit un drapeau palestinien en plein hémicycle pour alerter sur la situation à Gaza, avant d'écoper de 15 jours d'exclusion, sanction la plus lourde dans le règlement du Palais Bourbon.

"L’histoire du drapeau palestinien lui a fait faire un bond atomique en termes de notoriété", raconte l'un des chefs de file de LFI pour les municipales marseillaises, Mohammed Ben Saada.

"Il était déjà relativement connu, en plus il est grand, large d’épaules, donc forcément il attire l'œil. Mais après le drapeau, on voit que beaucoup, y compris certains qui ne sont pas d’accord avec nous, l’abordent pour débattre."

Le militant reconnaît cependant que l'épisode a marqué dans les deux sens. D'un part, "la reconnaissance de beaucoup de gens", d'autre part "la haine". Ou comment résumer le caractère clivant du personnage.

Côté face, chacun reconnaît sa notoriété grandissante à Marseille, même ses adversaires. "Vous allez dans les quartiers nord, Delogu c'est une star", disait par exemple la sénatrice LR Valérie Boyer à BFMTV cet été.

Le député insoumis Sébastien Delogu effectue un selfie à Marseille le 19 novembre 2025
Le député insoumis Sébastien Delogu effectue un selfie à Marseille le 19 novembre 2025 © CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

Une popularité qui peut se mesurer sur le compte Tiktok de cet adepte des réseaux sociaux, à qui des Marseillais demandent parfois des selfies. Près de 480.000 personnes le suivent, soit bien plus que pour Manuel Bompard (environ 340.000), pourtant coordinateur de La France insoumise et député de la ville lui aussi.

Des affaires judiciaires

Côté pile, le député insoumis a vu son comportement être qualifié d'"inadmissible" par la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet lors de son coup d'éclat dans la chambre basse. Avant que les moqueries et les critiques ne s'accumulent.

Il est raillé lorsqu'il bute sur plusieurs mots en commission des finances en septembre 2024 ou bien quand il affirme ne pas connaître le maréchal Pétain sur Sud Radio, avant de plaider l'"humour".

En plus de ces attaques, il doit aussi composer avec des affaires judiciaires. En février, il est condamné pour violences envers deux cadres de l'Éducation nationale lors d'un blocus lycéen en 2023 ; au printemps, il est entendu dans le cadre d'une enquête préliminaire sur des documents privés volés à un chef d'entreprise dans le contexte d'un conflit social. Documents que le député a ensuite diffusés sur ses réseaux sociaux.

Au début de l'été 2024, Sébastien Delogu va jusqu'à diviser son propre camp, lui qui est pourtant toujours aligné avec la direction. Alors qu'il se rend en Algérie en pleine crise diplomatique entre Paris et Alger, l'élu phocéen n'a aucun mot pour l'écrivain Boualem Sansal et le journaliste Christophe Gleizes qui sont incarcérés sur place.

Chose extrêmement rare, LFI produit ensuite un communiqué pour préciser que son élu s'est exprimé "de façon personnelle en Algérie".

"Je suis le vrai Marseillais"

Sans que cet épisode n'ait pu impacter sa candidature à Marseille, d'après Mohammed Ben Saada: "Il n'y a pas eu de moment de flottement", commente-t-il, avant d'ajouter: "Manuel Bompard soutient depuis le départ Sébastien Delogu. Les insoumis marseillais le soutiennent depuis très longtemps. Donc, en réalité, il n'y a jamais eu de sujet."

Le principal intéressé, lui, joue de son caractère iconoclaste. "J'apparais comme un symbole de n'être pas comme les autres dans ce monde politique", a-t-il expliqué à l'AFP. Des déclarations qui ressemblent à celles faites au Monde, dans un article datant de février 2025: "Je suis le député à abattre (...) Mais si je ressemblais à M. et Mme Tout-le-Monde en politique, je serais invisible. Je suis le vrai Marseillais, qui a une grande gueule et ne se laisse pas faire."

Sébastien Delogu est "une sorte d’ovni sur la scène politique, parce que c’est une figure populaire, qui parle comme les gens, a vécu la vie des gens, a travaillé aux quatre coins de Marseille, a fait tous les boulots possibles et imaginables", abonde son directeur de campagne , El Hadi Bounouar.

Tout en dénonçant "le mépris de classe" auquel son champion fait face pour répondre aux critiques sur son élocution.

De bonnes chances d'accéder au deuxième tour

Pour l'instant, Sébastien Delogu réussit à se frayer un chemin dans cette élection municipale. Selon le dernier sondage Ifop pour La Provence et Sud Radio et paru ce vendredi 5 décembre, au premier tour c'est Benoît Payan qui est en tête des intentions de vote (30%), devant une liste conduite par Franck Allisio au RN (27%), au coude à coude avec Martine Vassal (26%). 15% des intentions de vote se reportent sur une liste LFI conduite par Sébastien Delogu. En position de se maintenir au second tour donc, mais de là à s'imposer... c'est une autre histoire.

La concurrence est rude, entre la probable candidature du maire sortant Benoît Payan, qui devrait être soutenu par les socialistes, les écologistes et les communistes ; celle de Martine Vassal, présidente de la Métropole Aix-Marseille, qui représentera la droite et le centre ; ou encore celle du député Rassemblement national Franck Allisio, fort des scores très flatteurs de l'extrême droite dans les Bouches-du-Rhône aux législatives de 2024.

Les insoumis marseillais estiment cependant que le député peut tirer son épingle du jeu et réussir à convaincre dans des territoires de la ville qui leur sont a priori moins favorables, comme les quartiers plus aisés du Sud.

El Hadi Bounouar met notamment en avant l'effet que pourrait créer la réforme du scrutin Paris-Lyon-Marseille, adoptée définitivement en juillet:

"Jusqu’à présent, aux élections municipales, il y avait un système par secteur. Donc, il y avait une sous-mobilisation des classes populaires dans les quartiers du Sud parce qu’elles considèrent que c’était perdu d’avance, que le secteur passerait à droite. Aujourd’hui, les cartes sont rebattues: un Marseillais compte une voix."