TEMOIGNAGE BFMTV. Crans-Montana: Gaëtan T. salarié du bar le Constellation et blessé dans l'incendie dénonce le "bric à brac" de l'établissement

Gaëtan T. vient de sortir de l’hôpital, après près de trois semaines de soins. À 28 ans, le barman est l’un des salariés du bar Le Constellation, lieu du terrible incendie survenu dans la station suisse de Crans-Montana, qui a fait 40 morts et plus d'une centaine de blessés lors du réveillon du Nouvel An.
Le soir du 31 décembre, il travaillait au bar du haut de l’établissement, quand le feu a démarré au sous-sol. En route pour aider des victimes, il a perdu connaissance…
"J’ai ce souvenir des premiers cris, des premières alertes", raconte le jeune homme, qui travaillait dans l'établissement depuis seulement un mois, au micro de BFMTV. "J’ai ce sentiment de panique qui m’a envahi. Je me rappelle avoir essayé de me protéger avec mon bras pour inhaler le moins de fumée possible et tirer une personne."
Au milieu de la panique, il ne se souvient presque de rien, seulement de quelques flashs: "Les personnes se sont amassés dans les escaliers et ça a fait un bouchon", explique-t-il.
"J'ai vite perdu connaissance... Ça s'est passé tellement rapidement. Je ne sais même pas comment je suis sorti du bar", souffle Gaëtan T., qui a survécu miraculeusement.
10% de son corps brûlé
Gaëtan T. ne se réveillera qu’une semaine plus tard, à l’hôpital de Lausanne, le 7 janvier. Il a été intoxiqué par la fumée et brûlé sur 10 % de son corps.
"Quand je me réveille à l'hopital après mon coma. Je peine à reconnaître ma mère, à parler. On m'a demandé si je me souvenais... mais non", explique-t-il.
Plusieurs semaines après la tragédie, il estime, comme beaucoup, que le drame aurait pu être atténué, voire évité. "C'est du bric à brac (le fonctionnement du bar) et de la remise en état personnelle... Dans le cadre d'un établissement qui reçoit du monde ce n'est pas dans les normes, surtout avec les risques que cela représente", peste le barman avec 10 ans d'expérience.
Alors qu'il n'a même pas eu "de formation sur que faire en cas d'incendie", Gaëtan T. avoue qu’il n’appréciait pas vraiment travailler pour la famille Moretti, propriétaire de l’établissement. Entre les conditions de travail, la clientèle très jeune et les règles, rien ne lui convenait. Après seulement quelques semaines, il avait décidé de partir, mais le couple lui avait demandé de rester jusqu’au 5 janvier, le temps de trouver une solution.
"Je me suis déjà demandé si on avait un extincteur dans le bar du haut, là où je travaillait. De mes souvenirs, je ne me rappelle pas en avoir vu", ajoute Gaëtan, qui pointe les failles de sécurité du Constellation.
La version des gérants contestée par les employés
Arrêtés et interrogés par la justice suisse dans le cadre de l’instruction pénale sur l’incendie, les époux Moretti ont mis en cause l’un de leurs salariés, qui aurait verrouillé la porte de service derrière laquelle plusieurs victimes ont été retrouvées.
"Ils ont essayé d'accabler les employés pour fuir leurs responsabilités", dénonce, Jean-Michel Gilbert, père de Gaëtan, auprès de BFMTV.
Deux semaines avant l'accident, le barman a même du "donner un coup de main" aux propriétaire pour recoller les dalles de mousses accoustiques usagées. Fixés à l'aide de queues de billard, les plaques, qui se sont embrasés durant l'incendie, interpellent sur l'entretien générale du bar.
"Il (Jacques Moretti) avait acheté une colle qu'il ne connaissait même pas. Je me demande si cela n'a pas eu un effet de causalité sur l'incendie", étaye Gaëtan T. "Elle pouvait être très inflammable. Je l'ai aidé à maintenir les mousses, mais ça tombait encore un peu."
"Trop facile de se dédouaner"
Contacté par BFMTV, l'employé incriminé dans la version des propriétaire du bar dément catégoriquement et affirme que la porte était déjà fermée "dix minutes avant l'incident". "Je ne peux donc pas fermer une porte déjà fermée, les caméras le confirment", martèle-t-il. Un récit également confirmé par Gaëtan.
"C'est trop facile de se dédouaner, je trouve ça écoeurant", fulmine le barman. "Les employés, les clients, les familles... On sera tous marqués toute notre vie par ce qu'il s'est passé. Je leur en veux de plus en plus. Nous n'avons eu aucune nouvelle depuis tout ça. Ils auraient pu essayer de savoir si on allait bien. Ce n'est pas honnête."
Depuis le vendredi 23 janvier, Jacques Moretti a quitté la prison de Sion et a l'obligation, comme son épouse Jessica Moretti, de se présenter chaque jour au commissariat.
Ce témoignage est à retrouver plus en longueur, ce mardi 3 février à 21h10 à l'occasion du documentaire: "Incendie de Crans-Montana: révélations sur une tragédie" sur la chaîne RMC Découverte.












