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Cuba est à "20 jours" de la panne de pétrole: la pression de Trump se renforce, le Mexique arrête ses livraisons et des files d'attente se forment devant les stations

BFM Business Pierre Lann
Des automobilistes font la queue pour faire le plein dans une station-service de La Havane, le 28 janvier 2026.

Des automobilistes font la queue pour faire le plein dans une station-service de La Havane, le 28 janvier 2026. - YAMIL LAGE / AFP

Les difficultés de La Havane vont nettement s'aggraver, estime le cabinet Kpler, alors que la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a annoncé la suspension des livraisons de pétrole vers Cuba.

Cuba est au bord de l'asphyxie. L'île risque de se retrouver à court de pétrole d'ici "15 à 20 jours", selon les données du cabinet spécialisé Kpler, fondées sur la consommation actuelle, et rapportées par le Financial Times, ce jeudi 29 janvier. Mardi, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a déclaré que son pays suspendait, au moins temporairement, ses livraisons d'or noir vers La Havane. Le Mexique était le dernier pays à livrer Cuba, de plus en plus isolé. Les États-Unis ont déjà tari les échanges avec le Venezuela.

Sans nouvelle livraison, le pays va devoir faire face à une crise majeure et à un rationnement strict, prédisent les experts. D'après les chiffres de Kpler, Cuba n'a reçu en janvier qu'un seul chargement, de près de 85.000 barils de pétrole depuis le Mexique, représentant l'équivalent de 3.000 barils de pétrole par jour (b/j), contre une moyenne de 37.000 b/j en 2025.

Ce faible niveau causait déjà des coupures d'électricité fréquentes. Le pays est loin d'être auto-suffisant. En 2023, sa petite production de pétrole nationale ne représentait que 40% de son approvisonnement total, selon l'Agence internationale de l'énergie.

Un homme observe une casserole sur un feu de bois lors d'une panne de courant dans le quartier Poey de La Havane, le 28 janvier 2026.
Un homme observe une casserole sur un feu de bois lors d'une panne de courant dans le quartier Poey de La Havane, le 28 janvier 2026. © Photo de YAMIL LAGE / AFP

Des experts interrogés par le New York Times estiment que La Havane a besoin de 100.000 b/j pour faire fonctionner son économie et assurer ses services publics comme l'éclairage, soit 30 fois plus que ses livraisons mexicaines en janvier. De longues files d'attente se forment donc devant les stations essence, rapporte l'agence Associated Press.

L'étau se referme sur la Havane

Dans un contexte marqué par une très forte pression des États-Unis, et après la capture de Nicolas Maduro, Cuba dépend étroitement du Mexique pour son approvisionnement énergétique. La Russie ne l'a pas livrée depuis le mois d'octobre dernier et le dernier chargement en provenance d'Algérie date de février 2025, selon Kpler.

Mercredi, Claudia Sheinbaum a assuré que cette "suspension était une décision souveraine", et qu'elle n'avait pas été prise sous la pression de Washington. Toutefois, la présidente mexicaine se prépare à négocier un accord commercial avec les États-Unis dans un contexte très tendu. Donald Trump exige notamment qu'elle "élimine" les cartels de drogue.

En isolant Cuba, le président américain espère provoquer l'effondrement du régime communiste. "Plus jamais de pétrole ni d'argent ne sera versé à Cuba – plus rien! Je leur conseille vivement de conclure un accord avant qu'il ne soit trop tard", avait menacé Donald Trump début janvier.

"Cuba n'agresse pas, elle est agressée par les États-Unis depuis 66 ans, et elle ne menace pas, elle se prépare, prête à défendre la Patrie jusqu'à la dernière goutte de sang", lui avait répondu Miguel Diaz-Cane, le successeur de Raúl Castro.

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