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Pas de mobilisation massive comme en Iran, pas d'opposition... Trump parie que Cuba "s’effondrera de lui-même" sans pétrole vénézuélien mais ce n'est pas sûr du tout

BFM Business Annalisa Cappellini
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En misant sur la chute du régime cubain après l’enlèvement de Nicolás Maduro, Donald Trump risque de surestimer le rôle du pétrole vénézuélien et la fragilité réelle de l’économie de l’île.

Depuis l’enlèvement de Nicolás Maduro, Donald Trump présente la déstabilisation du Venezuela comme le premier domino d’une série qui devrait, selon lui, faire tomber rapidement le régime cubain. Pour le président américain, La Havane ne survivait que grâce au pétrole bon marché de Caracas, ce qui ferait de la fin de ce soutien une condamnation à mort quasi automatique du système castriste.​

Cette vision s’inscrit dans une longue tradition à Washington, où l’effondrement de Cuba est annoncé depuis les années 1960, sans jamais se matérialiser. De la disparition de l’Union soviétique sous George H. W. Bush à la mort de Fidel Castro sous George W. Bush, en passant aujourd’hui par la crise vénézuélienne sous Donald Trump, chaque administration a cru tenir le “déclencheur” de la fin du régime.​

Annalisa Cappellini : Trump veut faire plier Cuba - 13/01
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Une dépendance pétrolière à nuancer

L’économie cubaine reste fragilisée et en partie dépendante du pétrole vénézuélien, notamment pour alimenter ses centrales électriques, dans un contexte de crise économique aggravée, de pénurie de devises et de coupures de courant quasi quotidiennes. C’est ce cocktail de tensions qui nourrit la conviction de Donald Trump que le régime va finir par s’effondrer "tout seul".​

Mais le Venezuela est loin d’être le seul fournisseur de l’île, et n’en est même plus le principal. En 2025, le Mexique a livré autour de 12.000 barils par jour à Cuba, contre moins de 10.000 barils pour le Venezuela, tandis que d’autres pays comme la Russie ou le Brésil complètent l’approvisionnement.​

En 2014, l’économiste Pavel Vidal estimait qu’une interruption brutale du pétrole vénézuélien provoquerait une chute d’environ 7,7% du PIB cubain. Aujourd’hui, avec une production vénézuélienne en recul et un prix du brut plus faible, l’impact d’un tel choc serait significatif mais mécaniquement plus limité qu’à l’époque.​

Une économie en crise… mais résiliente

Les difficultés économiques sont devenues structurelles pour Cuba, qui n’a jamais retrouvé son niveau de consommation de pétrole d’avant la pandémie de Covid-19. L’activité tourne au ralenti, les pénuries s’installent, et les coupures d’électricité sont plus fréquentes et plus longues.​

Pourtant, cette dégradation ne se traduit ni par des mobilisations massives dans la rue, comme en Iran, ni par l’émergence d’une opposition organisée et reconnue. Le renforcement de la répression limite l’expression de la dissidence, et la principale soupape sociale reste l’émigration, devenue la réponse privilégiée des Cubains à la crise.​

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La méthode Trump: pression maximale, intervention minimale

Donald Trump applique à Cuba la même méthode qu’à l’égard d’autres régimes adversaires: menaces, sanctions et discours de "bras tordu" pour pousser au changement de comportement ou de régime. Il insiste sur l’idée que Cuba devra “négocier”, misant sur l’asphyxie économique plutôt que sur l’ouverture.​

Dans le même temps, la Maison-Blanche affiche sa réticence à une intervention militaire directe à Cuba, le président allant jusqu’à dire qu’une opération n’est pas nécessaire car le régime "s’effondrera de lui-même". Il s’agit davantage d’un pari politique que d’une perspective concrète, tant l’histoire récente montre la capacité du système cubain à survivre à des chocs répétés.