Sous la pression "considérable" de la France, le Royaume-Uni avait claqué la porte du programme militaire européen SAFE: face à la menace Trump, Londres va finalement renégocier avec Bruxelles

Le dossier n'est pas tout à fait refermé. Le Royaume-Uni va reprendre des négociations avec l'Union européenne pour que ses entreprises puissent bénéficier davantage du programme d'achat de matériel militaire baptisé SAFE, selon le Financial Times. Une réunion est prévue à ce sujet le 2 février à Londres, précise le quotidien économique britannique, alors que les premières négociations ont capoté en novembre.
Le projet SAFE, d'un montant annoncé de 150 milliards d'euros, doit faciliter le réarmement des États membres en leur permettant de souscrire à des prêts garantis par l'UE pour acheter des équipements militaires, dont au moins 65% des composants doivent être fabriqués en Europe.
Le Royaume-Uni ne cherche pas à bénéficier de ces prêts, mais souhaite que les règles relatives au "made in UE" soient assouplies pour ses produits. La Commission européenne lui demandait en contrepartie de payer un droit d'entrée compris entre 4 et 6,5 milliards d'euros, selon Bloomberg. Londres a refusé et les discussions se sont arrêtées mi-novembre.
Le gouvernement de Keir Starmer espère que les récentes menaces de Donald Trump conduiront Bruxelles à revoir ses exigences à la baisse.
"Il faudrait évidemment que l'UE revoie sa position. Nous parlions d'une somme de plusieurs centaines de millions d'euros; ils en demandaient des milliards", glisse une source britannique au Financial Times.
Pressions de la France
La Commission européenne a jusqu'ici adopté une position dure vis-à-vis du Royaume-Uni sous l'influence de la France, soucieuse de défendre ses intérêts industriels et donc de ne pas trop ouvrir la porte à ses concurrents britanniques.
"Certains fonctionnaires de la Commission étaient plutôt embarrassés. Ils ont évoqué les pressions considérables exercées par la France. (...) Un fonctionnaire français – travaillant pour une institution de l'UE et non pour la France – a estimé que la France avait 'intimidé' la Commission", rapporte Charles Grant, le directeur du Centre for European Reform (CER), dans une récente analyse sur le poids de la France au sein de l'UE malgré la crise politique interne.
Au contraire, d'autres États membres étaient plus ouverts à une participation accrue de l'industrie britannique. Leurs voix pourraient porter davantage dans les prochaines semaines. D'autant, qu'entre-temps, le Canada a signé en décembre un accord avec l'UE pour que ses entreprises aient un accès facilité au programme SAFE.












