Ils font 26 heures sup' par semaine sans compensation: la pénurie d'enseignants est telle en Angleterre qu'émerge l'idée de la semaine de 4 jours "devant les élèves"

La FCPE révèle des chiffres alarmants sur le nombre de jours de classe manqués par les élèves en raison de l'absence d'un professeur. - AFP
En Angleterre comme en France, la crise de vocation des enseignants est saillante. En 2024, outre-Manche, plus de six postes d'enseignants sur 1.000 sont restés vacants, soit le double par rapport à l'avant-Covid et six fois plus qu'en 2010.
Selon le Guardian, les enseignants effectuent 26 heures supplémentaires par semaine sans compensation. Il doivent aussi souvent travailler le soir ou le week-end pour corriger des copies, préparer leurs cours... La charge de travail est même la principale préoccupation des enseignants qui quittent la profession (il y a eu presque autant de démissions que d'arrivées l'an dernier). Et les conséquences sont dramatiques: un quart des écoles anglaises n'ont par exemple pas de professeur de physique.
Dans ce contexte, le gouvernement peine à tenir sa promesse de recruter 6.500 professeurs pour faire face à la pénuirie, d'autant qu'il n'a pas de plan précis pour y arriver. Alors une idée émerge dans le débat public: la fondation "4 Day Week" propose d'instaurer la semaine de quatres jours pour les enseignants.
Des expérimentations prometteuses
En réalité, ils continueraient à travailler les cinq jours de la semaine, mais seulement quatre devant les élèves. La cinquième journée, plus flexible, leur permettrait de consacrer du temps à la correction des copies et à la préparation des cours. Un travail actuellement effectué en dehors des horaires classiques. L'idée s'inspire d'une proposition similaire actuellement étudiée par le gouvernement écossais.
Certains établissements scolaires ont déjà expérimenté de nouveaux modes d'organisation et constatent des résultats positifs. Par exemple, dans le réseau d'académies Dixons, les enseignants travaillent 9 jours sur les deux semaines (au lieu de 10) depuis l'an dernier. Depuis, l'école anglaise assure que le turnover a été réduit de 43%, ce qui signifie que 60 professeurs qui, statistiquement, auraient démissionné, sont restés. Par ailleurs, l'absentéisme a été réduit de 9%, soit 518 journées d'arrêt maladie en moins. Enfin, le nombre de candidatures reçues a augmenté de 12%.
Selon une autre fondation (Education Endowment Foundation), les enseignants accorderaient autant d'importance à avoir du temps dégagé pour corriger des copies et à avoir des classes moins chargées, qu'à une augmentation de salaire de 10%.
Mais qui va s'occuper des élèves?
Mais concrètement, comment cela pourrait-il se mettre en place? Les écoles seront-elles fermées un jour par semaine? Auquel cas, une telle mesure poserait d'autres problèmes, notamment de garde d'enfant. Si les écoles restent ouvertes, les enfants continueront-ils à avoir autant d'heures de cours? Cette option nécessiterait d'embaucher encore plus d'enseignants. Enfin, les enfants pourraient rester à l'école et éventuellement être gardés par du personnel d'animation. Cette question n'est pas tranchée mais dans tous les cas, la mesure serait coûteuse.
L'article du Guardian souligne toutefois que les écoles dépensent chaque année 1,25 milliard de livres sterling en personnel enseignant vacataire, pour palier le manque de professeurs. Ils sont principalement recrutés auprès d'agences qui les rémunèrent souvent environ deux fois moins que ce qu'elles facturent aux établissements scolaires. Ainsi, en résorbant la pénurie d'enseignants, des économies substantielles pourraient être réalisées.











