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INFO BFM BUSINESS. Le gouvernement modère les suppressions de postes dans l'Éducation nationale: 3.256 enseignants en moins à la rentrée prochaine (au lieu de 4.000 initialement)

BFM Business Caroline Robin
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Un document transmis par le ministère de l'Éducation nationale aux syndicats enseignants ce mercredi 28 janvier revoit à la baisse le volume des suppressions de postes pour la rentrée scolaire 2026. Près de 800 postes d'enseignants seront finalement maintenus.

C'est un (petit) soulagement pour les enseignants. Après le tollé suscité ces derniers jours par la saignée à venir dans les effectifs de l'Éducation nationale, le gouvernement modère finalement à la baisse le volume des suppressions de postes pour la rentrée 2026.

D'après un document transmis ce mercredi 28 janvier aux syndicats et consulté par BFM Business, ce ne sont plus 4.032 postes qui seront supprimés mais 3.256. Le premier degré trinque plus que l'enseignement secondaire, avec 1.891 postes supprimés contre 1.365 postes.

"Calcul d'apothicaire" dans le premier degré

Qu'est-ce qui a changé concrètement? Dans le premier degré, le ministère "retire les suppressions correspondant au nombre de stagiaires non utilisés comme moyens d'enseignement", indique à BFM Business Aurélie Gagnier, co-secrétaire générale et porte-parole de la FSU-SNUipp. Ainsi 338 postes sont sauvés dans le premier degré.

Mais la syndicaliste reste sur ses gardes. Car dans les annexes du projet de loi de finances pour 2026, Aurélie Gagnier remet la main sur ces 338 postes de stagiaires, que le ministère espérait supprimer en plus de 1.891 professeurs des écoles titulaires à la rentrée 2026.

En effet, le gouvernement anticipe 13.406 équivalent temps plein d'enseignants stagiaires dans le premier degré, dont 3.844 qui ne seront pas mobilisés dans les classes car ils partiront un an en formation, dite "initiale". C'est la conséquence de la réforme des concours de l'enseignement: désormais les candidats pourront postuler dès la troisième de licence (L3), sans attendre d'être en master. Ainsi, certains lauréats du concours au niveau L3 n'ayant aucune expérience significative en matière d'enseignement devant des élèves devront se former durant une année avant de renforcer les effectifs des établissements.

"Mais si on fait les calculs, cela donne 9.562 enseignants stagiaires devant les élèves à la rentrée 2026, soit 338 de moins qu'en 2025 où ils étaient 9.900", souligne Aurélie Gagnier.

"Mais le gouvernement fait des calculs d'apoticaires. Le problème, c'est qu'il est difficile de savoir combien de lauréats du concours en L3 ne pourront pas vraiment être mobilisés dans les classes. L'enseignement est devenu un métier où des gens arrivent en reconversion, avec des expériences précédentes qui suffisent à être mobilisables directement", développe-t-elle.

Tentative de camouflage d'un potentiel échec des concours

Dans le second degré aussi, les suppressions de postes sont moins massives par rapport à ce qui a été présenté lundi aux syndicats. Le gouvernement retire 1.365 postes d'enseignants dans les collèges et lycées, au lieu de 1.803 postes. Ainsi, 438 postes sont finalement sauvés.

"En fait, le ministère s'en tient à ce qui était initialement prévu dans le budget", constate Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU. "La suppression de ces 438 postes aurait été la provocation de trop", cingle-t-elle.

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Et ce, d'autant plus que d'après les explications fournies par le ministère de l'Education nationale aux syndicats, ces 438 postes supprimés avaient pour but de "camoufler l'échec des concours qui n'auront pas fait le plein", souligne Sophie Vénétitay.

"Ainsi, si on manquait de lauréats dans certaines académies, ils auraient recruté des contractuels pour combler les trous", ajoute-t-elle. D'une certaine manière, la suppression de ces 438 postes dans les collèges et lycées aurait donc conduit à "remplacer des titulaires par des contractuels", résume-t-elle.

Moins de profs, classes plus chargées à la rentrée prochaine?

Si les syndicats se disent "soulagés" de ce revirement du ministère, il n'empêche que les suppressions de postes demeurent massives.

Mardi, devant les députés de l'Assemblée nationale, le ministre de l'Éducation nationale les justifiait notamment par une "chute démographique qui est absolument vertigineuse", la natalité ne cessant de reculer en France.

Un argument qui ne convainc pas. "La baisse démographique est une réalité mais cela ne peut pas être le seul baromètre", considère Aurélie Gagnier. "L'école est souvent le dernier service public dans les territoires (...) Supprimer des professeurs, c'est supprimer des classes, passer les effectifs de 20 à 25 élèves, voire fermer des établissements et contraidre des élèves à prendre le bus scolaire", signale-t-elle.

Dans le second degré, l'argument démographique passe encore moins. "Entre 2017 et 2023, on a eu 8.000 élèves supplémentaires dans les collèges et lycées et cela n'a pas empêché les pouvoirs publics de supprimer 8.000 postes de professeurs sur la même période", pointe Sophie Vénétitay. "Quand vous avez moins de profs, cela veut dire des classes plus chargées en élèves et surtout moins d'options dans les établissements", avertit-elle.