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Aux Etats-Unis, Meta censure un site coopératif qui permet de connaître les noms des agents de l’ICE et de répertorier leurs actions

BFM Business Sylvain Trinel
Un patch et un badge ICE sont visibles sur un agent du département de la Sécurité intérieure alors que le vice-président américain JD Vance s'exprime à Royalston Square, à Minneapolis, dans le Minnesota (États-Unis), le 22 janvier 2026.

Un patch et un badge ICE sont visibles sur un agent du département de la Sécurité intérieure alors que le vice-président américain JD Vance s'exprime à Royalston Square, à Minneapolis, dans le Minnesota (États-Unis), le 22 janvier 2026. - Photo par JIM WATSON / POOL / AFP

Mis sur le devant de la scène par les événements de ces dernières semaines aux Etats-Unis, la liste permettant de connaître les membres de la police américaine de l'immigration n'a désormais plus le droit d'être utilisée sur Facebook.

Petit exercice de censure au coeur du Land of the free... Depuis quelques jours, Meta bloque IceList, un site qui dresse une liste des noms des agents de l'ICE, la police américaine de l'immigration, et des incidents liés à leurs opérations. Il n'est plus possible pour les utilisateurs des différentes plateformes du géant des réseaux sociaux de partager ce lien. Lorsqu'on s'y essaie, une erreur empêche sa publication: "Ce lien ne peut pas être ouvert", est-il indiqué, que ce soit sur Facebook, Instagram ou Threads. Il n'est pas non plus possible d'accéder au site.

Cette page wiki de l'IceList a été créée par Dominick Skinner, un activiste de l'immigration irlandais, qui vit aux Pays-Bas, épaulé par Crust News, un média qui, dès le 18 décembre dernier, estimait que tenir informer des actions de l'ICE n'était plus suffisant et qu'il fallait "suivre la répression de l’immigration à mesure qu’elle s’accélère sous un régime autoritaire".

Le site, qui est difficilement accessible, victime de son succès ou d'attaques en déni de service comme cela a été le cas peu après son lancement, comporte une liste des agents, constituée grâce à une fuite de noms de 4.500 employés du département de la sécurité intérieur.

"Un projet de documentation publique"

Si Dominick Skinner est à l'origine du projet, il s'agit désormais surtout d'un wiki participatif, ou plutôt d'un "projet de documentation publique indépendant axé sur l'action de contrôle de l'immigration", explique son créateur. Il a pour but "d'enregistrer, organiser et préserver des informations vérifiables sur les actions, les agents, les installations, les véhicules et les incidents connexes qui resteraient autrement fragmentés, difficiles d'accès ou non documentés."

Les utilisateurs sont invités à recenser tout ce qui pourrait être lié aux actions de la police de l'immigration, ce qui permet, notamment, d'identifier les véhicules utilisés ou les quartiers actuellement quadrillés.

Pour expliquer cette censure, Meta évoque sa politique de confidentialité qui interdit la divulgation d'informations personnelles identifiables. Autrement dit, puisqu'il y a des noms, ce site n'a pas lieu d'être sur ses plateformes car il peut amener à du doxing.

L'entreprise n'a toutefois pas répondu aux interrogations de Wired, qui a mis en lumière cette affaire, notamment au sujet du délai de mise en place de ce blocage. Mais ce n'est pas la première fois que Meta fait en sorte de censurer les utilisateurs souhaitant suivre les actions de l'ICE. Un groupe Facebook, qui s'attelait à cette tâche, avait ainsi été supprimé sous la pression du ministère de la Justice.

Pour le créateur de ce wiki pas comme les autres, Meta montre une nouvelle fois son lien très étroit avec l'administration Trump. Depuis le retour du milliardaire à la Maison Blanche, Mark Zuckerberg a en effet opéré un changement idéologique à 180 degrés, mettant fin à diverses règles vues comme trop progressistes et acceptant certaines demandes du gouvernement.