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Une table de fête recouverte de confettis et de cotillons.

Flickr - CC Commons - Andy Graulund

"Mes proches ont trouvé ça bizarre": ils vont passer le réveillon du Nouvel An avec de parfaits inconnus

BFM Jeanne Bulant
Le soir du réveillon du 31, ils trinqueront avec personnes qu’ils ne connaissaient pas encore le matin même. Casser la routine, rencontrer de nouveaux visages, sortir de sa zone de confort... Trois jeunes Français, à Paris ou dans de plus petites communes, expliquent à BFM pourquoi ils ont choisi de partager leur soirée avec de parfaits inconnus.

Chez Laura, le fromage à raclette attend sagement dans le réfrigérateur, à quelques heures du réveillon du 31 décembre. Pour ce passage à la nouvelle année, la Parisienne de 37 ans a décidé de bousculer les traditions: plutôt que de célébrer le Nouvel An en petit comité, elle et sa conjointe ont décidé d'inviter de parfaites inconnues à partager une raclette à leur table pour bien démarrer la nouvelle année 2026.

Quelques jours avant, elle a lancé un appel sur les réseaux sociaux, sur un groupe Facebook de rencontres amicales à Paris, pour inviter à se joindre à elles ceux qui n’avaient rien prévu pour le réveillon. Une invitation qui a eu du succès puisqu'une dizaine de personnes, exclusivement des femmes, ont répondu positivement.

"Pas mal de monde est seul pendant les fêtes"

Au programme, selon la trentenaire: un bon repas, des jeux de société, de la musique, du papotage. "Quelque chose de plutôt chill, pas prise de tête pour faire connaissance". En guise de contribution à la soirée, les convives sont chacunes invitées à amener quelque chose à manger, ainsi qu'une boisson de leur choix. "On fait une liste et on se répartit ce dont on a besoin, un peu comme on ferait entre amis", indique Laura.

Une table de réveillon du 31 décembre, recouverte de bougies et de petites décorations.
Une table de réveillon du 31 décembre, recouverte de bougies et de petites décorations. © Flickr - CC Commons - David humo

Le groupe d'amis de la jeune femme et sa compagne n'était pas disponible ce soir-là, elles ont décidé de ne pas se laisser abattre et d'en profiter pour faire de nouvelles rencontres.

"Je suis quelqu'un d'assez sociable donc j'ai pensé que ça permettrait de découvrir de nouvelles personnes, d'élargir ses horizons le temps d'une soirée".

Le couple a été surpris par l'engouement provoqué par la publication en quelques heures seulement. "Au final, on se rend compte qu’il y a quand même pas mal de monde qui est seul pendant les fêtes", observe la jeune femme, comptable de profession. "Surtout à Paris, qui, comme de nombreuses grandes villes, est très individualiste: les gens viennent d’ailleurs et changent très vite de cercle social".

Chaque année, des millions de Français passent seuls les fêtes de fin d'année, comme le confirmait il y a quelques jours la présidente de l’association SOS Amitié Véronique Martel sur RMC. "Ces périodes de fêtes créent plus de tensions chez nos appelants", expliquait-elle. "Il y a une hausse importante des appels avant Noël, le jour de Noël et quelques jours après". La solitude reste la principale raison des appels reçus par l’association, souvent liée à une détresse psychologique.

Mais loin de se décourager, Laura souligne que cette situation ouvre aussi la porte aux rencontres: "Les Parisiens sont généralement très ouverts à la découverte, à la nouveauté, aux autres, donc je suis sûre que ça va très bien se passer, que ça va être sympa". "Pour moi c'est un peu comme quand on organise une soirée chez un ami ou qu'on va à un mariage": ajoute-t-elle. "On ne connaît pas tout le monde et ce n'est pas pour autant qu'on ne passe pas un bon moment, au contraire".

"Après, on se revoit, ou pas, peu importe"

Victoria, commerciale de 28 ans, a répondu favorablement à un appel similaire sur les réseaux sociaux, à la toute dernière minute. Fraîchement installée en région parisienne après dix ans passés dans le Sud auprès de sa famille et de ses amis, la jeune femme prévoit de rejoindre un groupe de filles de son âge à Paris pour passer la soirée du Nouvel An ensemble. Plutôt que de rester seule, elle mise sur ces rencontres inattendues dans l'espoir de terminer l’année sur une note à la fois conviviale et surprenante.

"Je ne trouvais pas ça dingue de rester seule chez moi. Je suis jeune, célibataire, j'ai le contact assez facile et j'ai envie de bouger et de rencontrer du monde", confie la jeune femme de 28 ans, qui a déjà tenté l'expérience pour de simples cafés ou cinémas entre filles. Pour l'instant, le programme de la soirée n'est pas encore bien établi, mais Victoria compte bien se laisser porter par le groupe: "un petit resto sympa, ça peut très bien faire l’affaire".

Des personnes en train de faire la fête, su run sol couvert de confettis.
Des personnes en train de faire la fête, su run sol couvert de confettis. © Flickr - CC Commons - nemone

D’autant que cette jeune commerciale ne connaît pas encore très bien Paris. "Dans ma situation il n'y a pas 10.000 solutions. C’est l’occasion rêvée de m’intégrer un peu à la ville, de me faire des amis, de profiter, passer un bon moment et me vider la tête. Après, on se revoit, ou pas, peu importe, chacun est libre et c’est ok", explique Victoria. Pour elle, "il est parfois difficile de construire de nouvelles amitiés, passé un certain âge: on a tous des parcours différents, et ce n’est pas toujours simple de rencontrer quelqu’un qui partage exactement les mêmes centres d’intérêt".

Une initiative considérée comme un peu "fantasque" par son entourage, désarçonné par la démarche. "Moi cette année j'ai décidé de sortir de ma zone de confort. Mes proches ont trouvé ça bizarre, je sais que c'est quelque chose qu'ils seraient incapable de faire, mais moi ça me plaît bien. Ma mère, par exemple, ne comprend pas trop: elle est très frileuse, elle a toujours un peu peur de sortir de ce qu'elle ne maîtrise pas. Mais en vérité, c'est un bon exercice".

Une expérience hors des sentiers battus

Par ailleurs, ce type d’initiative ne se développe pas qu'à Paris ou dans les grandes métropoles, mais aussi dans des villes de taille plus modeste. Alexandre, par exemple, avait pris l'habitude de rien faire le 31 décembre ces dernières années. "Cette date n'existait presque plus" pour ce homme de 33 ans de Libourne (Gironde), célibataire depuis plusieurs années.

"Ma famille est dispersée à droite à gauche, je n'ai pas de groupe d'amis dans cette ville, seulement quelques connaissances mais certains avaient déjà des plans et je n'ai pas spécialement d'affinités avec les autres".

Ainsi cette année, pas question pour lui de rester seul devant son poste de télévision à ruminer. Il y a quelques jours, le trentenaire a décidé de prendre les choses en main en proposant à des inconnus, sur un groupe Facebook bordelais, de le rejoindre le soir du 31 pour aller à une soirée "électro" ou "reggae" dans le centre de Bordeaux. Une invitation hors des sentiers battus à laquelle deux femmes et un homme ont déjà répondu.

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Le jeune homme, habitué de l'application toulousaine Frimake, est enclin à tenter ce genre d'initiatives depuis quelques mois. Apéros, cinéma, course à pied, randonnées ou encore voyages: cette nouvelle plateforme propose à ses quelque 820.000 utilisateurs de se constituer un cercle d'amis en se rencontrant autour d'activités diverses et variées.

"J'ai décidé d'arrêter de réfléchir et me lancer", affirme Alexandre. "Je n'ai rien à perdre et je ne dois pas être le seul dans ce cas-là. Beaucoup n'oseraient pas parce que la solitude est un sujet encore très tabou en société. On ose pas trop en parler sous prétexte que c'est la honte. L'abcès n'est pas encore crevé sur le sujet et c'est dommage", regrette-t-il.

Le soir du Nouvel An, le jeune Girondin espère juste "passer un moment simple avec de la musique, éventuellement danser, faire connaissance avec de nouvelles personnes et passer un moment dehors". Alexandre prévoit de se laisser porter par le moment: selon lui, "c'est un peu comme la boîte de chocolats de Forest Gump: on ne sait pas sur quoi, ou plutôt qui, on va tomber mais c'est ce qui fait le charme du truc".