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Un directeur d'école menacé de mort à Rennes par un parent d'élève qui refusait qu'un homme enseigne à sa fille

BFM Véronique Fèvre, Théo Bassilana, Paul Conge avec Juliette Brossault
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Menacé de mort par un parent d'élève le 10 octobre dernier, le directeur de l'école Clôteaux à Rennes est en arrêt maladie depuis mois. Un mouvement de grève est organisé ce vendredi 21 novembre par l'équipe enseignante de l'établissement.

Le directeur et enseignant d'une école maternelle à Rennes a été menacé de mort par le père d'une élève le 10 octobre dernier, a appris BFMTV ce jeudi 20 novembre. Il est depuis en arrêt maladie.

Ce parent d'élève a réclamé au directeur de l'école Clôteaux, située dans le quartier Bréquigny au sud de la ville, le changement de classe de sa fille, afin qu'elle soit prise en charge par une enseignante. Le père a invoqué des raisons personnelles, sans faire part de motif religieux. Il refusait notamment qu'un homme accompagne sa fille aux toilettes, selon une source au sein du rectorat à BFMTV.

Une altercation et des menaces de mort

Le directeur et enseignant de la fillette a refusé le changement de classe, au nom des règles de l'établissement mais également en vertu du respect des valeurs de la république. Une altercation a suivi ce refus et des menaces de mort ont été proférées par le père.

"Une demande de cette nature n'a pas sa place à l'école", a affirmé ce jeudi au micro de BFMTV le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray. "L'école, ce n'est pas le supermarché des revendications individuelles."

"Quand on touche à un directeur d'école, à un professeur où à un AESH on touche à l'institution", a-t-il abondé.

Grève et rassemblement ce vendredi

Mickaël Bézard, secrétaire départemental du SNUDI Force ouvrière d’Ille-et-Vilaine, affirme à nos confrères de France 3 qu'il "y a une incompréhension totale de la part de toute la communauté éducative vis-à-vis de cette demande. "On est là face à une discrimination sexiste. C'est le genre masculin de l'enseignant qui est remis en cause", a-t-il déploré. "Des parents ne peuvent pas demander à choisir le genre de l’enseignant", a-t-il ajouté.

L'équipe enseignante de l’ensemble scolaire a décidé de se mettre en grève ce vendredi 21 novembre pour soutenir leur collègue et alerter le rectorat sur leur "mal-être" face à cette situation. Dans un tract distribué devant l'établissement par les professeurs et le syndicat FO, consulté par Ouest-France, il est indiqué que cette grève vise aussi à "alerter (leur) institution sur la nécessité de protéger efficacement ses personnels". Une banderole de soutien au directeur a été accrochée sur les grilles.

"D’autres établissements seront probablement aussi en grève, ainsi que des agents territoriaux", a indiqué Fabrice Lerestif, secrétaire général FO d’Ille-et-Vilaine au Figaro. "Nous avons d’autres signaux du même ordre, dans d’autres cadres. Tout cela ne doit pas être banalisé." Outre l'appel à la grève lancé pour toutes les écoles du secteur, un rassemblement, réunissant les professeurs et les parents d'élèves, aura lieu devant l'école Clôteaux ce vendredi matin à 9 heures.

Le vice-président du syndicat national des écoles, collèges et lycées (SNALC), Maxime Reppert, s'est quant à lui dit "indigné" sur BFMTV mais "pas surpris". "Depuis des mois, voire des années", une "violence" "banalisée" "frappe de plein fouet le personnel de l'Éducation nationale", a-t-il dénoncé.

"Ce type d'incident ne doit pas devenir une norme", a abondé le syndicaliste espérant que "la justice saura se montrer exemplaire". Maxime Reppert a pointé du doigt des "parents qui consomment l'école à tel point qu'ils considérent des enseignants comme des serviteurs".

Protection fonctionnelle accordée au directeur

Le rectorat a apporté son soutien à l'enseignant affirmant "que l’autorité éducative ne cède à aucune forme de pression". La rectrice l'a eu au téléphone.

L'institution a effectué un signalement au procureur et a accordé la "protection fonctionnelle" au directeur. Le ministre de l'Éducation nationale dit avoir demandé au rectorat de "porter plainte au nom de l'institution". Le directeur a lui-même porté plainte.

"Les services de police ont reçu le 14 octobre la plainte du directeur de l’établissement, pour des faits de menace de mort datant du 10 octobre. La procédure est en cours", a indiqué le procureur de Rennes, Frédéric Teillet à BFMTV.

La famille va être reçue ce soir à la direction académique d'Ille-et-Vilaine, selon nos informations.

L'équipe enseignante et le syndicat FO souhaitent "l'éloignement de la famille pour protéger l'enseignant" et la scolarisation de la fillette dans une autre école.