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Les grandes manœuvres de l'Élysée pour remanier le gouvernement

BFM Robin Verner
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- - Ludovic MARIN / AFP

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De nouveaux visages en personnalités reclassées, de personnages congédiés en ministères repensés, le nouveau gouvernement s'esquisse ce dimanche.

Souffle au cœur ou second souffle. Le remaniement gouvernemental, qui sera opéré en ce début de semaine, est en tout cas crucial pour un Emmanuel Macron en grande difficulté depuis l'été dernier, et le déclenchement de l'affaire Benalla. Cité par le JDD ce dimanche, l'Elysée admet chercher "un contenu nouveau", un "élan politique" à travers ce reformatage de l'exécutif. Le tout sans toucher à la ligne définie au début du mandat ni à l'idée de départ dans la constitution des deux premières équipes d'Edouard Philippe: une moitié de ministres issus de la société civile et une moitié de ministres au profil politique. 

"Rebond majeur" 

L'opération peut sembler délicate et pourtant, toujours selon l'hebdomadaire dominical, le remaniement était pour ainsi dire bouclé dès ce samedi soir. On s'achemine vers une formule à cinq à dix mouvements, avec des ministères aux attributions repensées (certains comme l'Education nationale ou l'Intérieur pouvant se voir adjoindre de nouveaux secrétariats d'Etat). L'ampleur du changement montre l'importance de l'enjeu pour Emmanuel Macron:

"C'est clairement un élément de rebond majeur", a glissé une source au sein de la présidence de la République au même journal.

Un proche de l'Etat a expliqué que là où la démission de Nicolas Hulot fin août avait été analysé comme un cas isolé, celle de Gérard Collomb entraînait une réaction en chaîne:

"Collomb, on peut tirer les enseignements politiques: il y a dans l'équipe des gens essoufflés, d'autres qui veulent partir donc on en profite pour se remettre en dynamique."

Des noms prononcés avec insistance

Mais qui sont les condamnés, ou à tout le moins les personnalités risquant le plus d'être emportées par le coup de vent qui s'annonce au sommet de l'Etat? Françoise Nyssen devrait laisser le ministère de la Culture pour retrouver la maison d'édition Acte Sud, Delphine Gény-Stephann pourrait être limogée de son secrétariat d'Etat à Bercy. Stéphane Travert, à l'Agriculture, Jacques Mézard, qui avait remplacé Richard Ferrand au ministère de la Cohésion des territoires, Jacqueline Gourault, ministre auprès du titulaire du portefeuille de l'Intérieur, Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, font également partie des biffages envisagés. Cependant, ceux-ci pourraient bien rester au gouvernement tout en changeant d'emploi en son sein. Ce dimanche, Le Parisien a ajouté un autre nom à cette liste déjà longue: Nicole Belloubet, dont les offices à la tête du ministère de la Justice n'ont pas toujours contenté l'Elysée.

Quant aux arrivants, quelques CV sont susurrés avec quelque insistance: Amélie de Montchalin, députée élue dans l'Essonne, précédée de sa réputation de compétence dans le domaine budgétaire et financier, le député élu par une circonscription des Français de l'Etranger, Roland Lescure, Marc Fesneau, patron du groupe MoDem à l'Assemblée nationale et pressenti pour se substituer à Stéphane Travert, Franck Riester, député émargeant au groupe Agir et ancien des Républicains, ou encore Christophe Béchu, maire d'Angers et lui aussi démissionnaire de LR que Le Premier ministre verrait bien à la place de Jacques Mézard, selon le quotidien francilien.

Philippe en première ligne 

Ce même média a cité par ailleurs un ministre anonyme, commentant l'attitude d'Emmanuel Macron lors du dernier Conseil des ministres: "Il était concentré, agréable, à nouveau dans le dialogue." Une remarque qui semble confirmer les propos de Gérard Collomb qui s'alarmait récemment de "l'isolement" grandissant du chef de l'Etat et de sa croissante difficulté à débattre.

Toutefois, un des proches d'Emmanuel Macron se veut plus positif auprès du JDD, sans trop savoir à quelle discipline se vouer:

"C'est souvent quand il est acculé qu'il fait des coups de poker. Là, il a une vraie occasion de faire une prise de judo."

Mais Emmanuel Macron n'est pas le seul à risquer une mise conséquente dans la partie qui s'engage. Edouard Philippe devrait ainsi remettre sa démission au président de la République avant d'être chargé de former un nouveau gouvernement. Le procédé lui permettrait ensuite d'aller solliciter un nouveau vote de confiance à l'Assemblée nationale, une manière de régénérer sa légitimité. Le stratagème a aussi une autre vertu. Dans ce cas en effet, il devrait faire un nouveau discours de politique générale. Il tiendrait ainsi une nouvelle occasion de creuser son sillon et de dessiner plus clairement les intentions du pouvoir.