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Procès des assistants parlementaires du FN: la fenêtre de tir très étroite pour une candidature de Marine Le Pen à la présidentielle

BFM Marie-Pierre Bourgeois
La cheffe des députés RN, Marine Le Pen, à l'Assemblée nationale le 1er juillet 2025

La cheffe des députés RN, Marine Le Pen, à l'Assemblée nationale le 1er juillet 2025 - JULIEN DE ROSA / AFP

Marine Le Pen joue son avenir politique lors de son second procès qui s'ouvre ce mardi 13 janvier. Condamnée en première instance à une peine d'inégibilité avec application immédiate, l'ancienne patronne du RN ne peut pas pour l'instant se présenter à la présidentielle.

Sa dernière chance pour pouvoir se présenter à la présidentielle. Rendue inéligible par sa condamnation pour "détournement de fonds publics" lors de son premier procès en mars dernier, Marine Le Pen joue sa place sur la ligne de départ pour 2027 lors de l'ouverture ce mardi 13 janvier de son procès en appel. Mais la triple candidate à l'Élysée ne fait pas semblant, elle n'a plus qu'un tout "petit espoir" de parvenir à concourir comme elle l'avait confié en septembre dernier à Europe 1.

"Elle est combative et déterminée à se battre pour prouver son innocence et à pouvoir représenter les Français à la présidentielle", insiste un membre de son entourage auprès de BFM.

Coup de tonnerre

On rembobine: le 31 mars dernier, le tribunal correctionnel de Paris a condamné Marine Le Pen à quatre ans d'emprisonnement dont deux ferme sous bracelet électronique, 100.000 euros d'amende et, surtout, à cinq ans d'inégibilité avec exécution immédiate.

La peine, très sévère, s'explique par l'ampleur des montants mis en cause dans l'affaire des assistants parlementaires des députés européens - 2,9 millions d'euros "détournés" au profit du RN qui "faisait prendre en charge par le Parlement européen des personnes qui travaillaient en réalité pour le parti" d'extrême droite" pour reprendre les mots des juges.

Concrètement, le jugement signifie que Marine Le Pen peut à l'instant T garder son mandat de députée mais ne peut se représenter pendant 5 ans à toute nouvelle élection. Exit donc pour elle la course à l'Élysée mais aussi de nouvelles législatives en cas de défaite à la présidentielle.

De quoi donner à cette condamnation en première instance des airs de coups de tonnerre alors que la quinquagénaire survolait jusque-là les sondages présidentiels qui la donnaient régulièrement en capacité de l'emporter.

L'espoir d'un "regard neuf" de la justice

Première possibilité qui lui permettrait de concourir à l'élection suprême: sa relaxe. Ce serait le scénario idéal pour elle qui lui permettrait d'être blanchie par la justice et pouvoir se présenter en 2027.

"La décision en première instance a été très injuste. On va avoir affaire à de nouveaux juges qui auront un regard neuf sur le dossier et on espère que les débats seront plus constructifs et différents", veut croire le député européen Jean-Lin Lacapelle.

Un changement total de pied des magistrats semble cependant peu crédible tant il leur faudrait pour cela prendre le contrepied de leurs collègues en première instance. Marine Le Pen a été "au centre" d'un "système organisé" de "détournement de fonds publics", ont ainsi estimé les juges en mars dernier.

Peut-être suspendue à la Cour de cassation

Deuxième scénario sur la table: le fait que Marine Le Pen soit condamnée une seconde fois avec une peine d'inégibilité mais sans qu'elle s'applique de façon immédiate. Auquel cas, en cas de pourvoi en cassation, très probable, cette condamnation ne s'appliquerait pas avant le jugement définitif. De quoi donner un peu d'air politique à Marine Le Pen sans lever l'épée de Damoclès au-dessus de sa tête.

Reste en effet à savoir quand les hauts magistrats rendraient leur décision. La Cour de cassation rendra "si possible" son arrêt avant la présidentielle de 2027, a indiqué son premier président Christophe Soulard ce vendredi 9 janvier.

En cas de recours devant la Cour de cassation à l'automne ou à l'hiver, les délais devraient être suffisants pour permettre à Marine Le Pen de se présenter à la présidentielle si la justice recule bien en dernière instance sur sa peine d'inégibilité. Le Conseil constitutionnel officialise en effet les candidatures validées par ses soins en mars 2027 après le dépôt des 500 signatures de maires.

Ne pas parachuter Jordan Bardella dans la campagne

Mais l'exercice resterait ardu: Marine Le Pen devrait faire campagne avec le risque d'une condamnation qui pourrait la contraindre à devoir reculer in extremis.

"On ne peut pas décemment la remplacer par Jordan Bardella quelques semaines avant la présidentielle. Ce ne serait pas correct pour nos électeurs et on passerait franchement pour des imbéciles", reconnaît un élu RN.

Troisième possibilité: que Marine Le Pen soit condamnée en seconde instance à la même peine. Dans ce cas, la présidente des députés RN serait à nouveau condamnée à 5 ans d'inéligibilité avec exécution immédiate. Marine Le Pen ne pourrait alors pas se présenter à la présidentielle de 2027 ni aux élections législatives organisées dans la foulée.

Elle pourrait cependant là encore bien se pourvoir en cassation mais sa peine continuerait de s'appliquer. Jordan Bardella devrait logiquement faire son entrée dans la course.

"On ne le fera pas de gaieté de cœur mais personne ne peut dire sérieusement qu'on ne se prépare pas à une telle option", reconnaît un collaborateur parlementaire.

Pas candidate en cas d'inégibilité confirmée

Quatrième et dernière possibilité: une voie médiane décidée par les juges. Si les magistrats décidaient par exemple de ne condamner Marine Le Pen qu'à un an d'inéligibilité avec application immédiate, elle aurait déjà purgé sa peine de façon réatroactive lors de l'annonce de sa condamnation au printemps et pourrait se présenter à la présidentielle. Charge à elle de parvenir ensuite à convaincre les électeurs à lui faire confiance en dépit de cette condamnation.

Cette hypothèse ne fonctionne cependant que si la peine d'inéligibilité est inférieure à deux ans. À partir de deux ans, elle ne pourra pas se présenter à la présidentielle. Le pourvoi en cassation reste cependant possible, sans cependant interrompre l'exécution de sa peine d'inéligibilité.

Marine Le Pen est manifestement bien consciente de la situation et semble avoir acté le fait que sa candidature à la présidentielle était désormais peu probable.

"Jordan Bardella peut gagner à ma place", a-t-elle reconnu le 28 décembre dernier dans les colonnes de La Tribune dimanche.

Dans les pages de la revue Causeur, la députée du Pas-de-Calais avait déjà indiqué en novembre que dans le cas d'une condamnation avec une peine d'inéligibilité, immédiate ou non, elle ne se présenterait "évidemment pas", mettant fin à l'hypothèse d'un suspense prolongé en cas de pourvoi en cassation.

La possibilité d'un ticket avec Jordan Bardella?

Une fois toutes les hypothèses posées sur la table, l'arrivée dans l'arène de la campagne pour Jordan Bardella semble très crédible. Faisant désormais jeu égal avec Marine Le Pen dans les sondages, le trentenaire aurait donc toutes ses chances pour faire son entrée à l'Elysée.

Agression de Jordan Bardella: quel est le profil de l’homme qui lui a écrasé un œuf sur la tête?
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Que deviendrait dans ce cas-là son ancienne patronne? L'hypothèse d'un ticket avec Marine Le Pen comme Première ministre en cas de victoire pourrait être une façon de sortir par le haut de la situation. Rien n'empêche en effet de nommer un Premier ministre inéligible.

La manœuvre serait cependant très compliquée d'un point de vue politique et a jusqu'ici toujours été exclue par ses soins. "Non", elle ne sera pas locataire de Matignon avait-elle expliqué sur BFMTV en décembre dernier.