"Cette crise majeure aura des conséquences sur nos vies": le message de Macron lu au Parlement

C'est un dispositif qui n'avait pas été utilisé depuis 2002, après la réélection de Jacques Chirac à la tête de l'État. Un message d'Emmanuel Macron a été lu ce vendredi à 14h30, simultanément dans les deux assemblées par leur président, au Sénat Gérard Larcher et à l'Assemblée nationale Richard Ferrand.
Saluant "le courage" du peuple ukrainien et des autorités du pays, le message signé de la main d'Emmanuel Macron affirme que "rien n'a été ni ne sera négligé pour leur venir en aide. Nous leur devons soutien et solidarité. Toutes les dispositions sont également prises pour assurer la protection de nos compatriotes en Ukraine".
Le message retrace ensuite la chronologie des événements en Ukraine:
"La crise actuelle, vous le savez, est née de la décision planifiée, décidée, puis organisée par la Russie d'envahir l'Ukraine. L'enchaînement des faits au cours des dernières semaines est clair et sans appel: l'accumulation de forces militaires russes aux frontières russe et biélorusse de l'Ukraine, la recrudescence brutale du nombre de violations du cessez-le-feu et les provocations sur la ligne de contact dans l'est de l'Ukraine, l'annonce par la Russie de la reconnaissance unilatérale et illégale de l'indépendance des deux républiques autoproclamées de Donestk et de Lougansk en bafouant explicitement les accords de Minsk de février 2015, la décision d'envoyer dans les territoires tenus par les séparatistes des forces armées russes pour une prétendue mission de maintien de la paix puis le déclenchement le 24 février 2022 d'une attaque armée de grande intensité contre l'Ukraine."
Une aide de 300 millions d'euros accordée à l'Ukraine
"Nous constatons aujourd'hui que la Russie, tournant le dos à ses engagements et à la voie diplomatique, fait le choix de la confrontation déstabilisatrice pour l'ensemble du continent. Par ses décisions unilatérales et ses actions militaires, la Russie contrevient à ses engagements internationaux et remet en cause le principe cardinal du respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale des États", ont également lu Richard Ferrand et Gérard Larcher.
Rappelant les sanctions actées par le Conseil de l'Europe jeudi soir, qui viseront l'État russe ainsi que des personnalités du pays "y compris les plus hauts dirigeants de la Fédération de Russie", Emmanuel Macron a annoncé qu'"une aide budgétaire supplémentaire de 300 millions d'euros" serait accordée à l'Ukraine et que la France était "en contact avec les autorités ukrainiennes pour leur fournir le matériel défensif dont elles ont besoin".
"Nous prendrons des engagements supplémentaires dans le cadre de l'Otan", a également indiqué le chef de l'État dans son adresse aux parlementaires. Un sommet de l'Alliance atlantique se tient ce vendredi après-midi en visioconférence.
"Cette crise majeure aura des conséquences sur nos vies"
Comme il l'avait déjà déclaré jeudi en s'adressant directement aux Français, le président de la République a répété que "cette crise majeure aura des conséquences sur nos vies, notre économie et notre sécurité".
"Les sanctions ont un impact dans la durée, elles ne sont jamais sans conséquences, y compris pour nous. Mais nous l'assumons car c'est de la défense de nos valeurs dont il s'agit", a rappelé Emmanuel Macron par la voix des présidents des chambres parlementaires.
"Cette épreuve vient confirmer à chacun que notre Europe n'est pas une union de consommateurs, mais bien ce projet politique de citoyens attachés à des valeurs et principes communs. C'est à ce titre que l'Union européenne doit pleinement devenir une puissance, plus souveraine en matière énergétique, technologique et militaire", a-t-il exhorté.
Cette procédure solennelle du "droit de message", face à des élus debout, n'est utilisée que lors de situations exceptionnelles. Elle résulte du fait que le chef de l'État ne peut se rendre à l'Assemblée nationale ou au Sénat et s'exprimer face à ces hémicycles en raison de la séparation des pouvoirs. Le président de la République est seulement habilité à s'exprimer devant les parlementaires réunis en Congrès, qui siège au château de Versailles.
C'est une procédure qui existe depuis 1791, selon le blog Les Cuisines de l'Assemblée, hébergé par Le Monde, réformée par de Gaulle. Ce "droit de message" a été utilisé à 18 reprises depuis 1958 et l'avènement de la Ve République. En 2002, Jacques Chirac y avait eu recours après le séisme du 21 avril et la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour du scrutin.












