"Bridgerton": Julia Quinn, l'autrice qui dépoussière la romance historique

Serait-ce la Jane Austen des temps modernes? Julia Quinn est l'autrice à l'origine d'une des sagas familiales les plus célèbres du moment: La Chronique des Bridgerton. L'histoire de cette lignée de la noblesse anglaise pendant la Régence, adaptée en série par Shonda Rhimes et Chris Van Dusen, fait les beaux jours de Netflix, se classant régulièrement parmi les programmes les plus regardés. Nul doute que la quatrième saison, mettant en avant l'histoire de Benedict sera, elle aussi, dans ce top 10. Les premiers épisodes sortent ce jeudi 29 janvier.
Si le nom Bridgerton reste indissociable de la série télévisée, ses premiers succès se sont déroulés en librairie. Sortis entre 2000 et 2006, les ouvrages racontent ainsi les amours et les aventures des enfants du vicomte Bridgerton: Anthony, Benedict, Colin, Daphné, Eloise, Francesca, Gregory et Hyacinth - chaque tome s'attachant à un membre de la fratrie entre 1813 et 1827.
Tous deviennent des succès en librairie. Régulièrement classée parmi les auteurs best-seller du New York Times, l'autrice de 56 ans a vendu plus de dix millions d'exemplaires, tous ouvrages confondus, rien qu'aux États-Unis. "Les gens adorent les histoires qui finissent bien", justifie-t-elle sobrement dans le Guardian.
Des sagas familiales
L'écriture n'a jamais été une évidence pour Julie Cotler - son vrai nom -, le succès encore moins. Certes, celle qui grandit entre New York et la côte est des États-Unis a toujours été passionnée par l'Angleterre, mais ses études témoignent d'une certaine indécision. Elle prend quelques cours d'architecture, avant de s'inscrire en droit, puis de se fixer sur l'histoire de l'art à Harvard où elle obtient son diplôme… et de tenter des études de médecine à Yale.
Des manuscrits, l'autrice en a commencé plusieurs sans parvenir à y mettre un point final. C'est justement pendant ces années de médecine qu'elle reprend ses textes. Dès sa première année, elle signe un contrat dans une maison d'édition. Publie son premier roman Splendide - qui raconte l'histoire (fictive) de la famille Blydon dans la haute-société londonienne. Elle repousse ses études avant de les abandonner, finalement, pour se consacrer à l'écriture.
Mariée à un infectiologue dont elle prend le nom Pottinger, elle choisit néanmoins le pseudonyme de Julia Quinn pour une raison purement stratégique. "Il y a une autrice de romance nommée Amanda Quick et je pensais que ses lectrices pourraient aimer mes romans, explique-t-elle au Parisien. J’ai choisi un nom proche du sien pour que nos livres se retrouvent côte à côte sur les étagères des librairies!"
Ainsi, se succèdent les Blydon, les Lyndon, les Agents de la Couronne. Les Bridgerton, eux, arriveront à l'aube du XXIe siècle. Le premier tome de La Chronique des Bridgerton, publié en 2000, se hisse durant trois semaines dans la liste des best-sellers hebdomadaires du New York Times. La saga, qui ne devait comporter que trois tomes, se poursuit finalement sur huit livres, un par enfant de la fratrie Bridgerton. Son œuvre est aujourd'hui traduite dans 37 langues.
Le mépris pour la romance
Si le succès en librairie ne se dément pas, la reconnaissance critique, elle, arrive progressivement. Julia Quinn remporte, à trois reprises, le prestigieux RITA Award -récompense décernée aux meilleures romances anglo-saxonnes et intègre en 2010 le Romance Writers of America's Hall of Fame, consécration suprême dans son domaine.
"La romance est le parent pauvre de l'édition, déplore Julia Quinn. Pourtant, elle rapporte tellement d'argent aux éditeurs qu'ils peuvent se permettre de prendre des risques avec la poésie, la fiction littéraire et d'autres genres moins rentables."
S'agit-il de romans à l'eau de rose comme les autres? Julia Quinn s'en défend, se définissant comme féministe. Contre ce qu'elle qualifie d'héroïnes "paillassons", elle oppose des personnages féminins qui défient les carcans sociaux de leur milieu et de l'époque - quitte parfois à tordre le cou à la vérité historique.
Plusieurs femmes incarnent cette vision. Comme Eloise Bridgerton, très indépendante, qui décline systématiquement les propositions de ses prétendants, au grand dam de sa mère. Penelope Featherington renverse aussi l'équation en faisant la pluie et le beau temps sur la haute-société anglaise, en prenant la plume sous le nom de Lady Whistledown.
"J'ai le sentiment que les lecteurs de romances sont regardés avec plus de mépris que les lecteurs de thrillers, déplore Julia Quinn. Je pense que c'est en partie parce que ces ouvrages sont écrits par des femmes. Mais j'aimerais que les gens réalisent à quel point ces livres sont intelligents, drôles, et suscitent des émotions", a-t-elle confié à Madame Figaro.
Il est certain que la série, réalisée par Chris Van Dusen et produite par Shonda Rhimes, donne une autre légitimité à ses ouvrages, dépassant la simple communauté de lecteurs de romance. La série a ainsi pulvérisé les records d'audience de la plateforme dès sa sortie, et par ricochet, les ventes des livres de Julia Quinn ont explosé partout dans le monde. En France, J'ai Lu, qui publie ses romans depuis 2008, a même réédité l'intégralité de la saga en édition collector.
Cette collaboration reste pourtant le fruit du hasard. Rien de tout cela ne serait arrivé si Shonda Rhimes ne s'était pas retrouvée clouée au lit, dans sa chambre d'hôtel en vacances. La productrice à succès de Grey's Anatomy et Murder, qui a confié ne pas aimer la romance, s'est mise à lire le premier tome des Bridgerton, abandonné dans une chambre… avant d'acheter les sept suivants et de proposer une version à l'écran. Pour le plus grand bonheur de ses fans.











