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La BD sort de sa bulle malgré l'annulation du festival d'Angoulême avec le "Grand Off"

BFM S.H. avec AFP
Les festivaliers arpentent les allées des différents pavillons du Festival International de la Bande Dessinee d'Angoulême (FIBD) a la découverte des expositions dans la ville ou à la recherche de la dédicace d'un des nombreux auteurs et dessinateurs des plus grandes maisons d'édition le 31 janvier 2025.

Les festivaliers arpentent les allées des différents pavillons du Festival International de la Bande Dessinee d'Angoulême (FIBD) a la découverte des expositions dans la ville ou à la recherche de la dédicace d'un des nombreux auteurs et dessinateurs des plus grandes maisons d'édition le 31 janvier 2025. - Eric Pollet / Hans Lucas

Après l'annulation du festival d'Angoulême 2026, le monde de la BD tente de rebondir ce week-end avec une manifestation "off" dans la "capitale du 9e art" et des "fêtes" initiées par des autrices, avant une vaste exposition pour les 40 ans de l'éditeur Delcourt, poids lourd du secteur.

Quelque 200.000 personnes auraient dû converger cette semaine vers Angoulême pour la 53e édition du plus grand festival de la BD francophone. Mais, à l'issue d'une fronde d'une partie des auteurs contre les organisateurs, les acteurs du secteur (éditeurs, collectivités, Etat...) ont acté début décembre son annulation pour mieux le réinventer à partir de 2027.

Un appel à projets a été lancé début janvier et les candidats à l'organisation du festival ont jusqu'au 12 mars pour déposer leur dossier. Le résultat sera annoncé en avril.

Le "Grand Off"

Dans l'urgence a été mis sur pied le "Grand Off", qui se présente comme "une fête de renouveau indépendante, collective et gratuite" de jeudi à dimanche à Angoulême.

Alors que certains reprochaient au festival de se prendre trop au sérieux, l'ambiance devrait être "foutraque" dans la soixantaine de lieux où se tiendront expositions, ateliers, dédicaces, ciné-concerts..., selon les organisateurs (collectifs d'auteurs, studios et libraires indépendants, commerçants, etc.).

Au programme figurent une exposition "Comédie animale" sur le bestiaire de l'illustrateur Benjamin Rabier (1864-1939), un train fantôme de l'artiste plasticien Stéphane Blanquet ou un "escape game" inspiré de la BD à succès "Les enfants de la Résistance".

Les "fêtes interconnectées"

"Célébrer la BD sous toutes ses formes et dans la joie" est également l'objectif des "Fêtes interconnectées" qui se tiennent dans une quinzaine de villes dont Marseille, Paris, Bordeaux mais aussi Bruxelles et Barcelone jusqu'à dimanche.

Ces initiatives décentralisées ont été lancées par Girlxcott, un collectif créé par des autrices pour "faire évoluer" le milieu de la BD, "longtemps l'apanage d'hommes blancs".

"Nous ne cherchons pas à nous substituer à Angoulême et nous avons l'intention de participer au festival l'an prochain s'il nous convient. Pour l'instant, les signes sont encourageants", indique Marie-Paule Noël, l'une des organisatrices.

40 bougies pour Delcourt

Il devait être l'un des temps forts du festival: le 40e anniversaire de Delcourt, troisième éditeur de BD en France, sera célébré le 5 février avec une vaste exposition qui se tiendra au musée de la BD d'Angoulême jusqu'au 15 novembre.

Plus de 150 planches originales raconteront l'aventure de cette maison d'édition lancée en 1986 par Guy Delcourt à 28 ans. Et qui, depuis, a publié 15.000 albums en 40 ans, à la vitesse de 700 à 800 titres par an, de la BD franco-belge aux mangas en passant par les comics.

"J'ai toujours été animé par l'enthousiasme et la curiosité, avec l'envie d'imaginer de nouveaux thèmes et de nouvelles formes éditoriales dans tous les secteurs de la BD", explique Guy Delcourt à l'AFP.

Il cite en exemple la BD historique "Les Indes fourbes", d'Alain Ayroles et Juanjo Guarnido, publiée en très grand format et 160 pages en 2019. "On a repoussé les limites et l'album a connu un succès qui a dépassé nos espérances avec environ 300.000 exemplaires vendus", se félicite Guy Delcourt en annonçant la sortie prochaine d'un nouveau livre des deux auteurs.

Malgré une certaine morosité sur le marché du livre, l'éditeur "n'a pas d'inquiétude à terme" car "la BD a toujours su tirer son épingle du jeu lorsqu'elle innove".

Après des années fastes, les ventes de BD ont reculé en 2025 de 8,9% en volume (62,3 millions d'exemplaires), en raison principalement de l'effondrement du manga (-13,4%), selon les chiffres de l'institut NielsenIQ BookData publiés par Livres Hebdo.