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Il se rêvait en "Bertrand Delanoë de droite": qui est Pierre-Yves Bournazel, le candidat macroniste pour la mairie de Paris?

BFM Marie-Pierre Bourgeois
Pierre-Yves Bournazel et Édouard Philippe le 3 juin 2025 à Paris

Pierre-Yves Bournazel et Édouard Philippe le 3 juin 2025 à Paris - XAVIER GALIANA / AFP

Gabriel Attal a officiellement investi ce proche d'Édouard Philippe ce 28 octobre pour représenter le camp présidentiel dans la course aux municipales à Paris en mars prochain. À 48 ans, ce pur produit de la droite parisienne va devoir ferrailler contre la ministre de la Culture Rachida Dati.

Gabriel Attal et Rachida Dati tout sourire sur une affiche de campagne pour les municipales à Paris? Oubliez. Renaissance a officiellement investi ce mardi 28 octobre Pierre-Yves Bournazel pour représenter Renaissance dans la capitale.

Méconnu du grand public, celui qui était jusqu'ici le candidat d'Édouard Philippe et de son mouvement Horizons a déjà commencé à labourer le terrain depuis l'été. Avec quel objectif? Devenir "maire du quotidien" face à une majorité sortante "à bout de souffle" et une droite à la "culture politique datée" selon ses mots.

"Il va vouloir attirer ceux qui se disent qu'ils n'ont pas envie de se reprendre six ans à la sauce Anne Hidalgo et à qui Rachida Dati donne des boutons", résume une élue parisienne Modem auprès de BFMTV.

Un parcours commencé aux côtés de Rachida Dati

Mais cet ancien LR, 48 ans au compteur, le même âge qu'Emmanuel Macron, peut-il trouver sa place dans la bataille pour Paris? Principal atout dans sa manche pour sortir son épingle du jeu, coincé entre Emmanuel Grégoire, le candidat PS, ex-premier adjoint à Anne Hidalgo et la ministre de la Culture au style clivant: un parcours 100% parisien.

Ce natif du Cantal, qui a grandi à Tulle en Corrèze, département d'élection de Jacques Chirac et de François Hollande, a quasiment fait toute sa carrière au sein de la droite de la capitale. C'est Françoise de Panafieu, alors figure du RPR des années 2000 à Paris, l'ancêtre des LR, qui lui met le pied à l'étrier.

De quoi permettre à celui qui se définit comme un "Bougnat" de devenir porte-parole de la campagne de la droite pour les municipales en 2008 et de se faire repérer par une certaine... Rachida Dati, qui l'embauche pour travailler dans son cabinet au ministère de la Justice.

"Outsider" et "jeune ambitieux"

Mais le jeune ambitieux ne compte pas rester dans l'ombre et cherche à se faire un nom, d'abord en intégrant le Conseil de Paris dont il est toujours membre presque 20 ans plus tard. Avec une stratégie bien rodée lors de son arrivée: rompre avec les codes des barons de la droite parisienne dans une ville passée à la surprise générale à gauche en 2001 avec Bertrand Delanoë.

On le voit ainsi défendre les péages urbains et la construction de tours, cauchemars de la droite. Son style iconoclaste plaît au sénateur Pierre Charon, un très proche de Nicolas Sarkozy, tout comme à Jean-François Copé, alors homme fort du camp présidentiel.

"On a tous senti assez vite un jeune ambitieux qui se voyait bien devenir un jour un Bertrand Delanoë de droite, l'outsider que personne n'aura vraiment vu venir", observe une conseillère de Paris proche de Rachida Dati.

En 2012, il tente de se faire élire député du 18e arrondissement, une terre de gauche depuis les années 90. En guise de parrain, c'est l'ex-Premier ministre Alain Juppé qui prend la peine de le soutenir officiellement.

Entre "vraies convictions" et calcul

Dans sa tentative de conquête, Pierre-Yves Bournazel veut donner des gages. Quelques mois plus tôt, il défend ainsi le droit de vote des étrangers aux élections locales et n'hésite que rarement à rappeler qu'il a proposé une alliance avec les écologistes parisiens en 2008.

Las, il perd largement face au socialiste Christophe Caresche mais il s'est définitivement inscrit dans la rétine des ténors de la droite. Suffisamment pour tenter sa chance aux municipales en 2014 et tenter de s'imposer au sein de la primaire interne de la droite.

C'est finalement Nathalie Kosciusko-Morizet qui l'emporte, loin devant. Mais la manœuvre lui permet de marquer des points dans la capitale et de devenir porte-parole de la campagne de la candidate. Tout un symbole pour celui qui continue plus que jamais à prendre ses distances avec sa famille politique - un créneau souvent porteur dans les médias. Le Vélib, honni par la droite parisienne? Il est pour. L'aménagement des voies sur berges? Une excellente réalisation. Le jeune homme revendique d'être dans "une opposition constructive".

"Il a pu être dans le calcul, mais je pense qu'il a de vraies convictions. C'est courageux de porter une parole d'ouverture quand vous êtes au sein de la droite parisienne conservatrice", avance le maire adjoint Jean-Luc Romero, un temps élu sur les mêmes bancs que Pierre-Yves Bournazel.

Sous le patronage d'Alain Juppé

La droite n'arrive finalement pas à regagner la ville de Paris, onze ans après la défaite de Jean Tibéri et c'est Anne Hidalgo qui devient maire. Sans que cela n'empêche Pierre-Yves Bournazel de continuer à prendre la lumière.

En 2016, il fait ainsi la tournée des médias comme porte-parole d'Alain Juppé alors candidat à la primaire de la droite pour la présidentielle. Le poste lui permet de se rapprocher d'un certain Édouard Philippe, qui occupe la même fonction que lui et qui est finalement nommé à Matignon quelques mois plus tard.

Heureux présage: en 2017, le destin de "l'amoureux de Paris", comme il affectionne se surnommer, s'accélère. Il fait son entrée à l'Assemblée en parvenant largement à battre dans le 18e arrondissement de Paris l'ex-ministre du Travail Myriam El Khomri, honnie par toute une partie de la gauche pour avoir porté la loi Travail.

En coulisse, de drôles de scènes ont lieu. La socialiste est soutenue par Emmanuel Macron, mais Édouard Philippe, pourtant désormais Premier ministre du camp présidentiel, soutient Pierre-Yves Bournazel.

Sans surprise, fraîchement élu, le parlementaire franchit le Rubicon et rejoint le camp d'Emmanuel Macron en cofondant le groupe Agir à l'Assemblée, sas de transition des LR vers la macronie. Et tant pis si, dans sa permanence, Pierre-Yves Bournazel n'a pas hésité à coller une affiche de Jacques Chirac, un temps maire de Paris et héraut de la droite.

Retrait de la course

À peine arrivé au Palais-Bourbon, le député lance les grandes opérations en créant son propre groupe au Conseil de Paris. Bye-bye le groupe de Rachida Dati, bonjour sa propre boutique. Fort de son entregent, il peut ainsi se targuer d'être rejoint par plusieurs maires d'arrondissement LR et la cheffe des LR dans la capitale, Agnès Evren.

La stratégie n'est bien sûr pas dénuée d'arrière-pensées. Elle permet d'abord d'affaiblir celle qui est alors la maire du 7e arrondissement, Rachida Dati. L'opération au Conseil de Paris lui fait perdre près de la moitié des membres de son groupe alors même qu'elle se prépare à conquérir la capitale.

Et en macronie, les appétits s'aiguisent tout autant pour l'Hôtel de ville, jugée gagnable, de Benjamin Griveaux à Cédric Villani en passant par Mounir Mahjoubi. Le député Agir se verrait bien comme un point d'équilibre, servi notamment par sa connaissance des dossiers parisiens, là où ses concurrents enchaînent les approximations.

Il renonce finalement et rejoint Benjamin Griveaux, qui finit par se retirer quelques semaines plus tard après la diffusion de vidéos à caractère intime. La campagne tourne à la catastrophe industrielle après le fiasco de sa remplaçante, la ministre de la Santé Agnès Buzyn, qui n'est élue que conseillère municipale dans le 17e arrondissement.

"Un homme capable de résister"

En 2022, le vent souffle encore un peu plus fort au moment de repartir dans la course pour les législatives. Pierre-Yves Bournazel se paie pourtant le luxe de recevoir la visite de l'ex-maire socialiste de Paris Bertrand Delanoë, très discret depuis des années, pour le soutenir sur le terrain. Mais c'est le défenseur des droits animaux Aymeric Caron, investi par les insoumis, qui prend sa place à l'Assemblée.

Depuis, le désormais ex-député prépare -encore - sa candidature aux municipales. Il en est convaincu: c'est son tour de devenir maire de Paris, largement encouragé par Édouard Philippe. Et Pierre-Yves Bournazel le fait savoir à tout-va, il ne se retirera pas au profit de Rachida Dati, pourtant pressentie depuis des mois pour être la candidate commune des LR et de Renaissance. Lors du lancement de sa campagne en juin dernier, le patron d'Horizons n'a pas fait semblant: "Pierre-Yves est un homme capable de résister, de dire non et de tenir une ligne", un véritable "ami fidèle".

Coup d'accélérateur

Jusqu'au bout, le camp de Rachida Dati a pourtant cru que le patron de Renaissance, Gabriel Attal, n'oserait pas aller contre la volonté d'Emmanuel Macron, désireux de pousser sa campagne à Paris. Au point que le député de Paris Sylvain Maillard et le ministre délégué chargé de l'Europe Benjamin Haddad s'affichent aux côtés de la ministre pour l'ouverture de son QG le 16 octobre dernier. La commission nationale d'investiture a pourtant tranché ce mardi soir en faveur de Pierre-Yves Bournazel. L'un des arguments utilisés contre Rachida Dati vient notamment de ses ennuis judiciaires, avec un jugement en septembre 2026 pour corruption et trafic d'influence dans l'affaire Renault-Ghosn - après les élections municipales donc.

Ce soutien de Renaissance à Pierre-Yves Bournazel a tout d'un très beau coup d'accélérateur pour celui qui doit à tout prix ne pas être cantonné aux électeurs de centre-droite, qui seraient allergiques au style de la ministre de la Culture. Et pour cause: les sympathisants LR se font de plus en plus rares dans la capitale. Seul élu parisien de l'Assemblée nationale qui appartient à la droite? Michel Barnier.

"On part en campagne avec un sombre inconnu"

Mais le soutien des macronistes pourrait bien ne pas être suffisant. Sur les dix-huit circonscriptions de la capitale, pas moins de douze sont à gauche depuis les dernières législatives à Paris et seulement cinq ont été gagnées par Renaissance. Le mouvement ne possède par ailleurs aucune mairie d'arrondissement et ne compte qu'un seul conseiller de Paris sur 163 élus. "Nous pouvons faire basculer Paris si nous sommes unis dès le premier tour", veut pourtant croire Benjamin Haddad. "La division, c’est la machine à perdre", regrette encore ce ministre.

"La marche était déjà haute sur le papier parce qu'on a zéro ancrage. Je ne nie pas les qualités de Pierre-Yves Bournazel qui connaît bien les dossiers. Mais là franchement, on part en campagne avec un sombre inconnu", s'agace encore une élue macroniste.

"On peut aussi se dire que c'est une bonne nouvelle d'avoir quelqu'un qui fera de l'anti-Dati, qui est posé, qui n'est pas connu pour ses coups de sang", répond Aminata Niakaté, candidate écologiste pour la mairie du 15e arrondissement.

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Reste donc désormais pour lui à fendre l'armure et à parvenir à se faire connaître. Gabriel Attal devrait tenter de l'y aider. Il reste désormais quatre mois et demi à Pierre-Yves Bournazel pour remporter son pari.