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La famine est terminée à Gaza, mais la population continue de faire face "à des niveaux élevés d'insécurité alimentaire aiguë", selon l'ONU

BFM Salomé Robles avec AFP
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Depuis le cessez-le-feu déclaré le 10 octobre, la sécurité alimentaire s'est améliorée par rapport à août, lorsque la famine avait été officiellement déclarée dans l'enclave. Les Gazaouis restent confrontés à une situation très critique.

"Un bien plus grand nombre de personnes peuvent désormais accéder à la nourriture dont elles ont besoin pour survivre", a affirmé le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres ce vendredi 19 décembre. Selon le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), la famine à Gaza est terminée.

Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, le 10 octobre, "la dernière analyse indique une amélioration notable de la sécurité alimentaire et de la nutrition", a déclaré cet organisme onusien.

"Nous préparons plus de 1,5 million de repas chauds par jour et distribuons des colis alimentaires dans toute la bande de Gaza (...). De l’eau potable atteint davantage de communautés. Certains établissements de santé ont rouvert", a soutenu Antonio Guterres.

Mais il a aussitôt mis en garde: "Les besoins augmentent plus vite que l’aide ne peut parvenir". À Gaza, la majorité de la population reste confrontée à des niveaux élevés d'insécurité alimentaire.

"La situation reste très fragile"

"Toute la bande de Gaza est classée en situation d'urgence (phase 4 de l'IPC) jusqu'à la mi-avril 2026. Aucune zone n'est classée en situation de famine (phase 5 de l'IPC)", a précisé l'IPC. La situation reste donc critique.

Selon l'organisme, entre le 1er décembre 2025 et le 15 avril 2026, environ 1,6 million de personnes, soit plus des trois-quarts des habitants de l’enclave, resteront à des niveaux d'insécurité alimentaire jugés "critique", "urgent" ou "catastrophique".

Les agences humanitaires de l'ONU préviennent que la bande de Gaza pourrait de nouveau basculer dans la famine d'ici mi-avril. "La situation reste très fragile et dépend d'un accès humanitaire et commercial soutenu, élargi et constant", ont-elles insisté dans un communiqué publié ce vendredi.

Malgré les améliorations de cet automne, l'IPC indique que "la majorité de la population continue de faire face à des niveaux élevés d'insécurité alimentaire aiguë dont plus de 500.000 personnes en situation d'urgence (phase 4 de l'IPC) et plus de 100.000 en situation de catastrophe (phase 5 de l'IPC)".

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Situation humanitaire catastrophique

La malnutrition n'est pas le seul problème à Gaza, souligne l'IPC, car "l'accès à l'eau, à l'assainissement et à l'hygiène est très limité" aussi et "les conditions de vie dans des logements surpeuplés augmentent le risque d'épidémies".

En outre, "plus de 96% des terres agricoles de la bande de Gaza sont endommagées ou inaccessibles, voire les deux". Dans plus de la moitié de l'enclave palestinienne, où des troupes israéliennes demeurent déployées, "des terres agricoles et des quartiers entiers restent inaccessibles", a ainsi souligné Antonio Guterres.

"Le bétail a été décimé et les activités de pêche restent interdites. Une grande partie des infrastructures essentielles à la circulation et au stockage des importations alimentaires a été gravement endommagée ou détruite. L'argent liquide est rare et le taux de chômage atteint 80%", précise l'IPC.

Actuellement, la population déplacée est exposée au froid et aux inondations. La plupart des Gazaouis sont contraints de vivre dans des abris de fortune inadaptés aux fortes précipitations actuelles.

Des aides toujours bloquées

En août dernier, l'IPC avait proclamé la famine à Gaza, la première à toucher le Moyen-Orient, s'attirant l'ire d'Israël qui avait dénoncé une annonce "fondée sur les mensonges du Hamas". L'annonce de ce vendredi a également fait réagir.

"Face à des preuves accablantes et sans équivoque, même l'IPC a dû admettre qu'il n'y avait pas de famine à Gaza. Pourtant, le rapport de l'IPC est une fois de plus délibérément déformé et ne reflète pas la réalité dans la bande de Gaza", a écrit sur X Oren Marmorstein, un porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères. "Il ignore le volume considérable d'aide qui entre dans la bande, car il s'appuie principalement sur les données relatives aux camions de l'ONU, qui ne représentent que 20 % de tous les camions d'aide", a-t-il ajouté.

De son côté, l'ONG Oxfam France a affirmé qu'Israël "autorise beaucoup trop peu d'aide à rentrer et continue de bloquer activement les demandes de dizaines d'organisations humanitaires reconnues". L'ONU a également déploré que "malgré l’acheminement de 119.000 tonnes métriques d’aide depuis le cessez-le-feu, plus de 172.000 tonnes d’aide préautorisées restent bloquées en attente de transfert vers l’enclave, dont environ 70% de denrées alimentaires".

Le Soudan est désormais le seul pays au monde pour lequel un état de famine demeure en vigueur.