"Si c'est pour prendre l'argent et se tirer, c'est non": le ministre de l'Economie prévient le groupe nippo-américain qui veut racheter le champion français des pompes à chaleur Atlantic

Cela fait au moins deux ans que le sujet d'un rachat est sur la table. Le groupe Atlantic, numéro un français de la pompe à chaleur, est en passe d'être acheté par le groupe nippo-américain Paloma Rheem, à hauteur de 3 milliards d'euros. Une opération suivie de "très près" par Bercy selon les mots du ministère de l'Economie Roland Lescure ce matin, du fait de la cession de cette entreprise française à un groupe étranger.
La société vendéenne a en effet annoncé, lundi, la signature d'un accord qui prévoit une prise de participation majoritaire à son capital de la société Paloma Rheem Holdings, basée à Tokyo, elle-même issue du rapprochement des japonais Paloma et Fujitsu General, et de l'américain Rheem.
Paloma Rheem Holdings est spécialisé "dans la fabrication et la commercialisation d'équipements de climatisation, de production d'eau chaude, de chauffage et d'équipements de cuisine", a précisé Groupe Atlantic dans un communiqué.
Chiffre d'affaires de 3 milliards
Paloma Rheem, qui employait 19.000 personnes à fin 2024, et Groupe Atlantic, qui compte 12.000 collaborateurs, se connaissent bien. La société française distribue depuis plus de 30 ans des produits Fujitsu General en France et au Benelux.
Une partie des actionnaires familiaux historiques de Groupe Atlantic devraient rester au capital de l'entreprise, explique cette dernière.
"Cette opération nous donne les moyens de renforcer durablement notre compétitivité", et ce "dans un contexte de concurrence internationale accrue", notamment chinoise, a déclaré le président du directoire de Groupe Atlantic, Damien Carroz, cité dans le communiqué.
Groupe Atlantic compte 31 sites industriels à travers le monde. Il est notamment propriétaire des marques Atlantic, Thermor ou Sauter et réalise près de 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Il fabrique non seulement des pompes à chaleur, mais aussi des chaudières, chauffe-eau ou radiateurs.
Dans ce même secteur, le groupe américain Carrier Global avait annoncé en 2023 le rachat de la division "solutions climatiques" du groupe familial allemand Viessmann.
"Si c'est pour désosser, couper, casser, c'est non"
Les pompes à chaleur sont un secteur clé de la transition énergétique et évoluent actuellement dans un contexte de concurrence accrue, notamment chinoise. Le ministre de l'Economie et des Finances, Roland Lescure, a souligné ce matin sur BFMTV "rester vigilant sur les conditions des investissements étrangers", sans pour autant "y être opposé".
"Si on a un investisseur étranger qui vient pour développer Atlantic, préserver l'empreinte industrielle, en faire ce qu'il est déjà, mais en mieux, un des leaders mondiaux de la transition énergétique, j'allais dire 'welcome', bienvenue. Si c'est pour désosser, couper, casser et j'allais dire 'prendre l'argent et se tirer', c'est non", a mis en garde le ministre, qui a redit être "vigilant".
L'opération "devra être soumise à une autorisation préalable du ministère dans le cadre du contrôle des investissements étrangers en France", sous réserve des vérifications effectuées sur les conditions d'éligibilité de ce dossier à cette procédure, a expliqué le ministère.
Objectifs inatteignables
La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, avait tancé le gouvernement, le 9 décembre dernier, lui reprochant d'avoir laissé le champ libre, ces derniers mois, à des dossiers de reprise fragiles, qui ont ensuite mal tourné.
La première étape de cette procédure dite des "investissements étrangers en France" (IEF) permettra d'abord de vérifier que le dossier est éligible au contrôle, au titre de l'activité de fourniture d'énergie, un secteur stratégique de l'économie.
Interrogé par l'AFP, un porte-parole de Groupe Atlantic a précisé que Bercy avait été prévenu de cette opération il y a quelques jours. Sur la procédure en elle-même que lance Bercy, la société n'a fait aucun commentaire.
Les pompes à chaleur sont au coeur de la stratégie d'électrification de la France portée par le gouvernement. Selon l'AFP, cette dernière doit donner lieu à des annonces prochainement. Mais les objectifs fixés précédement (produire 1 million de pompes à chaleur en France à partir de 2027) ne seront pas atteints. Les dernières décisions, comme la suspension du guicht de Ma Prime Rénov', ne vont pas aller dans leur sens.












