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Les fabricants de pneus dont Michelin en procès en Californie, accusés de tuer les saumons à cause de la dispersion d'un additif du caoutchouc, également retrouvé dans le lac d'Annecy

BFM Business ER avec AFP
(Photo d'illustration) Un saumon juvénile mort est mesuré après avoir été retiré d'un piège à vis rotatif du Département des pêches de la tribu Yurok, sur la rivière Klamath, le 9 juin 2021 à Weitchpec, en Californie.

(Photo d'illustration) Un saumon juvénile mort est mesuré après avoir été retiré d'un piège à vis rotatif du Département des pêches de la tribu Yurok, sur la rivière Klamath, le 9 juin 2021 à Weitchpec, en Californie. - JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

Un procès s'est ouvert lundi, à San Francisco, dans lequel des pêcheurs accusent 13 fabricants mondiaux de pneus d'être responsables de la surmortalité des saumons en raison de la pollution à un additif du caoutchouc, le 6PPD. En France, des associations dénoncent la pollution importante du lac d'Annecy. Le scandale est comparé à celui des PFAS, ces mollécules anti-adhésives désormais interdites dans certains produits en France et pour lesquelles s'applique désormais le principe du pollueur-payeur.

Un procès crucial s'est ouvert lundi à San Francisco, dans lequel des pêcheurs accusent les principaux fabricants de pneus d'être responsables de la mort de saumons protégés à cause d'un additif du caoutchouc que l'industrie estime incontournable pour la sécurité routière.

Le groupe japonais Bridgestone, le français Michelin, l'italien Pirelli et 10 autres manufacturiers actifs aux Etats-Unis ont échoué à convaincre un juge fédéral d'écarter la plainte déposée en 2023 par des associations de pêcheurs, représentés par l'ONG Earthjustice.

Les plaignants dénoncent l'usage du 6PPD, un additif dont le dérivé est associé à une mortalité importante des saumons sur la côte ouest américaine, de l'Alaska à la Californie. Ces molécules microplastiques (le 6PPD et le 6PPDQ) ont également été retrouvées dans le lac d'Annecy, autour duquel circulent près de 25.000 véhicules par jour.

Cela, à des niveaux comparables de ceux relevés dans les rivières de Canton, au sud de la Chine, soulève une étude réalisée par l'Institut norvégien pour la recherche sur l'eau (NIVA) et par le laboratoire central de l’environnement de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), à partir de prélèvements réalisés par des journalistes de France 5.

Scandale "comparable aux PFAS"

Ces pollutions sont "comparables au scandale des Pfas", ces molécules chimiques aux propriétés anti-adhésives dont certaines sont classées cancérogènes, soutient Louise Tschanz, avocate en droit de l’environnement associée à l’équipe de France 5, rapporte La Tribune.

La réglementation européenne Reach (2007) reconnaît que certaines substances entrant dans la composition des pneus peuvent présenter des risques et être identifiées comme substances extrêmement préoccupantes (SVHC). Mais pour l'heure, il faut confirmer des liens de causalité. En France, ces molécules doivent également être qualifiées de déchêts afin que le principe de pollueur-payeur s'applique, à l'image des PFAS, pour lesquels la législation américaine a d'ailleurs été précurseur.

En Californie, l'action en justice vise aujourd'hui à contraindre les 13 fabricants à modifier la composition de leurs produits, en démontrant que son effet mortel constitue une "capture illégale" contraire à la loi américaine sur les espèces en danger (Endangered Species Act) pour 24 populations de salmonidés (saumons coho, chinook, truites arc-en-ciel, etc).

Pour les industriels, aucune alternative n'est assez mûre pour remplacer cet additif utilisé depuis des décennies pour empêcher la gomme de se craqueler au contact de l'ozone dans l'air, et donc préserver l'intégrité structurelle des pneus.

Avec le temps toutefois, ce composé chimique se transforme en un dérivé, le 6PPD-quinone, qui se libère sur les routes et, emporté par les pluies, rejoint les cours d'eau. Or, après des années de recherches pour tirer au clair une surmortalité des saumons, c'est ce composé parmi des milliers testés qui a émergé comme suspect numéro 1.

Le 6PPD-quinone, un dérivé toxique

Plusieurs études dans des revues prestigieuses ont ensuite confirmé son extrême toxicité pour certains poissons, même à très faible dose.

Premier à s'exprimer lundi, l'une des références de ces travaux, Edward Kolodziej, a tenté de convaincre le juge James Donato de l'impossibilité pour les fabricants d'ignorer le danger et donc leur responsabilité: "un seul jeu de quatre pneus contient environ 118 grammes de 6PPD, soit le poids d'un steak de burger", et si 1% seulement se transforme en 6PPD-quinone, "cela peut donner plus d'un milliard de nanogrammes" du composé toxique.

"Comme il ne faut que 100 nanogrammes pour tuer un poisson, le potentiel de toxicité d'un seul véhicule est suffisant pour tuer plus de 11 millions de saumons coho", a-t-il conclu, après la diffusion de la vidéo d'un saumon tournant en haletant à la surface de l'eau, en pleine convulsion.

Pour la défense, l'experte Tiffany Thomas, du cabinet Exponent, a qualifié les conclusions adverses de "limitées et spéculatives", s'appuyant sur des études en laboratoire qui ne reflètent pas les conditions des milieux naturels. Selon elle, les concentrations de 6PPD-Q dans l'eau des rivières seraient souvent bien inférieures aux seuils de létalité, voire indétectables.

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En Europe, l'ECHA examine d'éventuelles restrictions

Les fabricants expliquent aussi qu'une suppression immédiate du 6PPD paralyserait la production mondiale, aucun substitut n'ayant encore prouvé une efficacité équivalente à l'échelle industrielle. Ils mettent aussi en garde contre le risque de "substitution regrettable", consistant à remplacer une substance par une autre dont les effets environnementaux seraient potentiellement pires.

L'industrie pneumatique suggère par ailleurs que la responsabilité pourrait relever de la gestion des infrastructures publiques, via l'installation de systèmes de filtration le long des réseaux routiers.

Pour obtenir la condamnation des fabricants, les plaignants doivent démontrer que l'impact du produit est prévisible avec un "degré raisonnable de certitude", conduisant les avocats des deux camps à pousser les scientifiques dans leurs retranchements. Les débats sont prévus jusqu'à mercredi ou jeudi et la décision sera rendue ultérieurement.

La bataille se poursuit par ailleurs au-delà de la Californie et notamment en Europe, où depuis mai 2025, l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a entamé des démarches pour examiner d'éventuelles restrictions sur l'usage du 6PPD dans les pneus.