"Rester en dehors de la politique politicienne": la Fed maintient ses taux directeurs inchangés à cause d'une "inflation élevée" et résiste aux pressions de Donald Trump

La Réserve fédérale américaine (Fed) a décidé mercredi de laisser ses taux d'intérêt inchangés, une décision qui interrompt la série de baisses enclenchée en septembre et qui a été désapprouvée par deux hauts responsables nommés par Donald Trump.
La banque centrale explique dans son communiqué que la croissance apparaît "robuste" aux Etats-Unis, suggérant que l'économie n'a pas besoin de soutien supplémentaire. Sur douze votants, deux se sont opposés à cette décision parce qu'ils voulaient continuer à lâcher du lest: les gouverneurs Stephen Miran et Christopher Waller.
"L'activité économique a connu une expansion soutenue" tandis que l'inflation "reste quelque peu élevée", déclarent les responsables de la banque centrale dans le communiqué publié à l'issue de leur réunion de deux jours. Le marché de l'emploi "a montré certains signes de stabilisation", ajoutent-ils.
L'inflation est restée stable aux États-Unis en 2025 se maintenant tout de même à un niveau élevé, à 2,7%. L'alimentation a notamment augmenté de 3,1% sur un an, le gaz de 10,8% et l'électricité de 6,7%.
À l'issue de sa première réunion de l'année, la banque centrale des Etats-Unis a en effet maintenu les taux directeurs entre 3,50% et 3,75%, après avoir les avoir réduits de trois quarts de point de pourcentage dans les derniers mois de 2025.
Le président de la Réserve fédérale américaine (Fed) Jerome Powell a dit "espérer" mercredi que la politique monétaire ne se laisserait jamais contaminée par la "politique politicienne", après que l'institution a décidé de laisser les taux d'intérêt inchangés, contre l'avis de Donald Trump.
Deux gouverneurs nommés par Trump, opposés à la stabilité des taux
L'opposition du gouverneur Stephen Miran n'est pas une surprise. Entré à la Fed en septembre sur proposition du président Donald Trump, il plaide depuis lors pour de franches baisses de taux.
Il a été rejoint par Christopher Waller, nommé gouverneur pendant le premier mandat de Donald Trump. Son vote a été remarqué dans la mesure où il est en lice, avec trois autres personnes, pour prendre la suite de Jerome Powell, dont le mandat prendra fin en mai 2026.
Le président Trump cherche à placer à la tête de l'institution un banquier central qui pense, comme lui, que les taux devraient être nettement plus bas. Il veut ainsi doper l'activité économique et réduire les coûts de financement de la dette publique des Etats-Unis. Selon lui, l'inflation n'est plus un problème.
Celle-ci atteignait cependant 2,8% en novembre et a probablement accéléré à 2,9% en décembre, a souligné Jerome Powell mercredi, lors de sa traditionnelle conférence de presse.
Pas de "politique politicienne"
A cette occasion, Jerome Powell s'est un peu plus départi de sa réserve caractéristique pour continuer à défendre l'indépendance de la Fed. Il a récemment révélé faire l'objet d'une procédure lancée par le ministère de la Justice pouvant aboutir à des poursuites pénales, concernant l'important coût des travaux de rénovation du siège de la banque centrale à Washington.
Jerome Powell a dénoncé un "prétexte" et une tentative d'intimider une institution qui ne suit pas "les préconisations du président" des Etats-Unis en matière de politique monétaire.
Interrogé mercredi sur le conseil qu'il pouvait donner à son successeur, il a répondu: "Rester en dehors de la politique politicienne."
"Si on perd (l'indépendance de la Fed, NDLR), il sera difficile de la retrouver. Nous ne l'avons pas perdue. Je ne pense pas que cela arrivera. J'espère sincèrement que cela n'arrivera pas", a-t-il aussi déclaré.
Jerome Powell a également défendu sa présence à une audience de la Cour suprême le 21 janvier concernant la tentative de révocation par Donald Trump d'une de ses collègues de la Fed, la gouverneure Lisa Cook.
C'est "peut-être l'affaire judiciaire la plus importante en 113 ans d'existence de la Fed. (...) J'aurais eu du mal à expliquer mon absence", a plaidé l'ancien avocat.
Le ministre des Finances, Scott Bessent, avait qualifié d'"erreur" la présence de Jerome Powell à cette audience.
Economie "robuste"
La Fed a par ailleurs montré qu'elle n'était pas pressée de recommencer à baisser ses taux. Dans son communiqué, elle souligne que la croissance est "robuste", suggérant par là qu'un soutien supplémentaire - via une baisse des taux d'intérêt et donc des coûts d'emprunt - ne semble pas s'imposer.
La banque centrale a aussi changé sa façon de qualifier la situation sur le marché du travail américain: le taux de chômage présente "des signes de stabilisation" (il était de 4,4% en décembre), estime-t-elle désormais.
Message reçu cinq sur cinq par les marchés financiers, qui n'attendent pas de nouvelle détente avant la réunion de juin, au mieux, selon l'outil de veille CME FedWatch.












