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Changer 144.000 couches ou soulever 5.000 tonnes: pourquoi on sous-estime la pénibilité des métiers de la petite enfance

BFM Business Marine Cardot avec AFP
Illustration - Des enfants dans une crèche

Illustration - Des enfants dans une crèche - BFMTV

Le Syndicat national des professionnels de la petite enfance alerte sur la "pénibilité invisible" du secteur, qui n'est pas prise en compte comme celle des métiers plus "masculinisés".

Cinq mille tonnes soulevées, 144.000 changements de couches ou vêtements réalisés et un million d'accroupissements effectués en une carrière : un syndicat alerte mercredi sur la "pénibilité invisible" des métiers de la petite enfance et appelle à reconnaître cette "usure professionnelle".

"Porter, s'accroupir, se pencher, bercer, ranger, nettoyer : ces gestes répétés des milliers de fois, ne sont pas considérés comme des expositions professionnelles, mais comme une 'posture maternelle', ce qui contribue à leur banalisation", estime le Syndicat national des professionnels de la petite enfance (SNPPE).

Or "le poids, la fréquence et l'intensité" de ces gestes "usent les corps, fatiguent l'esprit et brisent trop souvent des carrières avant 55 ans", ajoute le syndicat dans un communiqué publié à deux jours de la tenue de la conférence sur le travail et les retraites voulue par le Premier ministre et qui doit réunir les partenaires sociaux à Paris.

Troubles musculo-squelettiques, lombalgies, tendinopathies, atteintes articulaires...

Au-delà des 5.000 tonnes soulevées et des 144.000 changes réalisés, le SNPPE fait état de 56.000 heures de travail dans un environnement bruyant ou encore de 300 tonnes de matériel (chaises, tables...) manipulées au cours d'une carrière.

"Ces métiers se caractérisent par de nombreuses situations à risques (postures contraignantes, port des enfants, chutes et glissades, stress, risques infectieux…), qui se traduisent par des accidents du travail et des maladies professionnelles dont la fréquence ne cesse d’augmenter", confirme l'Assurance maladie.

L'exposition répétée à certains de ces gestes "augmente significativement les risques de TMS (troubles musculo-squelettiques, ndlr), de lombalgies, de tendinopathies et d'atteintes articulaires", relève le SNPPE.

"Pourtant, cette réalité, documentée par les ergonomes et confirmée par les observations de terrain, n'apparaît dans aucun dispositif officiel de pénibilité."

Des critères de pénibilités conçus pour "des métiers masculinisés"

Pour le syndicat, ces dispositifs, notamment le C2P - un compte professionnel de prévention qui permet à des salariés exposés à certains facteurs de pénibilité de partir plus tôt à la retraite - ont été conçus pour "des métiers masculinisés (industrie, BTP, logistique)" et ne prennent en compte que "des charges unitaires lourdes, des postures extrêmes, ou des environnements techniques spécifiques".

"Les gestes fragmentés et répétés à hauteur d'enfant ne rentrent dans aucun critère du C2P. La pénibilité réelle du secteur - cumulative, continue et fortement féminisée - n'est donc ni mesurée, ni reconnue, ni indemnisée", déplore-t-il.

Face à ce constat, le SNPPE appelle à reconnaître la petite enfance comme "métier à pénibilité élevée", à intégrer les métiers du secteur dans le C2P, à financer des aménagements ergonomiques dans toutes les structures et à déployer un plan de prévention des troubles musculo-squelettiques et des accidents du travail et des maladies professionnelles.

Plus généralement, les salariés - et surtout les salariées - du secteur de l’aide et des soins à la personne sont bien plus sujets aux accidents du travail que d'autres travailleurs. Ils représentent 16% des accidents du travail, alors qu'ils ne pèsent que 11% des effectifs globaux. On dénombre ainsi 52 accidents pour 1.000 salariés, contre 34 accidents pour 1.000 dans les autres secteurs.