Jusqu'à 24% de visiteurs en moins et 15,7 milliards de dollars perdus: l'avenir très sombre du tourisme aux Etats-Unis

Donald Trump a beau affirmer le contraire, le tourisme aux Etats-Unis ne se porte pas bien alors qu'il génère près d'un emploi sur dix direct et indirect dans le pays. Il faut dire que son administration fait tout pour rendre la destination moins attractive. Droits de douane, politique intérieure, coût élevé de la vie, augmentation des frais de visa (Esta) sont autant de facteurs qui détournent les touristes. Mais c'est surtout l'obligation pour les visiteurs étrangers exemptés de visas, parmi lesquels figurent les Français, de fournir l'historique de leurs activités sur les réseaux sociaux depuis cinq ans qui inquiète le plus.
Selon une étude du WTTC (World Travel & Tourism Council), un des plus puissants lobby du secteur du tourisme, cet ultime tour de vis pourrait coûter cher avec une réduction des dépenses des visiteurs de 15,7 milliards de dollars et menacerait 157.000 emplois aux États-Unis.
Environ un tiers des personnes interrogées (34 %) indiquent qu’elles seraient plutôt ou beaucoup moins susceptibles de se rendre aux États-Unis au cours des deux à trois prochaines années si ces changements étaient introduits. Seuls 12% déclarent qu’ils seraient plus enclins à s’y rendre, "ce qui se traduirait par une baisse nette et significative de l’intention de voyage", prévient le WTTC.
Affaiblissement des Etats-Unis
Dans le pire des scénarios, le lobby estime que les États-Unis pourraient enregistrer environ 4,7 millions d’arrivées internationales en moins, soit une baisse de 23,7% des arrivées en provenance des pays éligibles à l’ESTA en 2026 par rapport à un scénario sans ces nouvelles mesures.
"Les conclusions de l’étude mettent en évidence un constat clair: la politique envisagée comporte un risque élevé de réduction de la demande de voyages et d’affaiblissement de la position concurrentielle des États-Unis sur un marché touristique mondial fortement disputé", conclut le WTTC.
"La sécurité aux frontières américaines est essentielle, mais les changements de politique envisagés risquent de nuire à la création d’emplois, une priorité pourtant affirmée de l’administration américaine. Notre étude montre que plus de 150.000 emplois pourraient être perdus si cette politique était mise en œuvre – soit le même nombre d’emplois généralement créés chaque trimestre aux États-Unis. Même des changements modestes de comportement des visiteurs, dissuadés par ces mesures, auraient des conséquences économiques bien réelles pour le secteur du voyage et du tourisme aux États-Unis, en particulier dans un marché mondial hautement concurrentiel", s'alarme Gloria Guevara, Présidente et Directrice générale du WTTC.
Ce pessimisme est partagé par les professionnels américains du tourisme. "Nous sommes profondément préoccupés par la récente annonce. En l’absence de précisions, des questions légitimes se posent quant aux informations que les voyageurs pourraient être amenés à fournir. Une chose est sûre : cette politique pourrait dissuader les voyageurs de se rendre aux États-Unis", estime l’U.S. Travel Association.
Chute des visiteurs français
"Les voyageurs du programme d’exemption de visa viennent ici pour conclure des affaires avec des entreprises américaines, acheter des produits américains et découvrir la beauté de notre grand pays. Si cette politique est mal gérée, des millions de voyageurs pourraient dépenser leurs milliards de dollars ailleurs. Ce qui ne ferait qu’affaiblir les États-Unis", poursuit-elle.
La question est d'autant plus prégnante que les Etats-Unis doivent accueillir, avec le Canada et le Mexique, la Coupe du monde de football cet été, qui doit attirer des centaines de milliers de supporters du monde entier.
Ces craintes se vérifient si on observe le volume de touristes français aux Etats-Unis en 2025. Du 1er novembre 2024 au 31 octobre 2025, les entreprises membres du Syndicat des Entreprises du Tour Operating (Seto) ont enregistré une baisse de 14,6% des "voyages à forfait" - les voyages organisés - de la France vers les Etats-Unis par rapport à l'année précédente. Au 31 décembre 2025, les réservations vers les Etats-Unis pour l'été 2026 étaient même en baisse de plus de 29%.
"Il y a un effet Trump, on va pas le nier", souligne Patrice Caradec, le président du Seto, pour qui "on ne peut pas dire que Trump soit le meilleur ambassadeur du tourisme aux Etats-Unis". Mais c'est surtout l'inflation dans le pays qui constituerait la raison majeure de ce désamour. "La politique" n'a "jamais empêché les Français d'aller à Cuba (...), en Chine, ou au Vietnam", estime le dirigeant, ce qui n'est pas le cas de l'augmentation des prix selon lui.












