Vente de Tiktok: contre toute attente, la Chine et les Etats-Unis donnent enfin leur accord, la filiale du réseau social devient ainsi propriété à "majorité américaine"

C'est la fin d'un bras de fer de plus de deux ans entre Washington et Pékin. Après des mois de négociations, le Trésor américain et la Chine ont approuvé la vente des activités américaines de Tiktok à un groupe d'investisseurs majoritairement américains, selon des sources proches du dossier citées par Semafor.
L'accord devrait être finalisé cette semaine, selon ces mêmes sources, juste avant le 23 janvier, date-limite fixée par décret par Donald Trump.
Le deal a été révélé en décembre dernier par Axios. Dans un mémo interne, le directeur général de la plateforme, Shou Zi Chew, a informé ses employés que la société avait signé un accord contraignant pour céder son entité américaine à une coentreprise contrôlée par un consortium d'investisseurs américains.
Le feu vert des autorités
Mais les autorités réglementaires n'avaient pas officiellement donné leur feu vert, laissant planer le doute sur la faisabilité de l'accord. C'est désormais chose faite. Une nouvelle structure, Tiktok USDS Joint Venture LLC, va donc prendre la main, avec une gouvernance et un contrôle majoritairement américains.
Dans le détail, ByteDance conserve 19,9% des parts, en dessous du seuil de 20% prévu par la loi américaine sur les investissements étrangers. Les investisseurs actuels de ByteDance en détiendront 30.1%. Les 50 autres pour cent seront majoritairement détenus par des investisseurs américains, tous proches de Donald Trump. Oracle, Silver Lake et le fonds d'investissement MGX contrôleront 45% de l'entité. Cinq autres pour cent seront contrôlés par de nouveaux actionnaires. Parmi eux, Susquehanna, Dragoneer et DFO, une société d'investissement privée qui gère exclusivement le capital de la famille Dell, selon le média américain.
Une fois la transaction finalisée, cette coentreprise fonctionnera comme une entité indépendante "dotée d’une autorité en matière de protection des données, de sécurité des algorithmes, de modération des contenus et d’assurance logicielle aux États-Unis", précisait Shou Zi Chew. Elle serait supervisée par un "conseil d'administration de sept membres, en majorité américains".
L'éternelle question de l'algorithme
Reste un point sensible: l'algorithme de Tiktok, considéré comme le joyau technologique de la plateforme. Véritable moteur de son succès mondial, il a longtemps constitué le principal obstacle aux négociations. Pékin refusant catégoriquement qu'il passe sous contrôle étranger. En vertu d'une loi de 2020 en matière d'exportation de ses technologies, le gouvernement chinois dispose d'un droit de cession sur la vente de l'application.
À ce stade, les détails exacts de l’accord sur l’algorithme restent flous. Selon le mémo interne, la supervision de l'algorithme pourrait revenir à Oracle. L'entreprise, déjà au coeur du projet "Texas", serait chargée de réentraîner un nouveau système de recommandation à partir des données des Américains. L'objectif? "Garantir que le flux de contenus est exempt de toute manipulation extérieure." L'ensemble des données des internautes sera stocké dans un cloud opéré par Oracle.
Sur le plan financier, le montant exact de la transaction n’a pas été communiqué. En septembre dernier, le vice-président américain JD Vance évoquait une valorisation d’environ 14 milliards de dollars pour les activités américaines de Tiktok. Les analystes avaient estimé que les activités américaines de la plateforme pourraient valoir entre 20 et 300 milliards de dollars, selon que l'accord inclurait, ou non, l'algorithme. Pour rappel, la plateforme de divertissement a engrangé 40 millions de dollars en 2024, notamment grâce à son marché outre-Atlantique.
Ni le Trésor américain, ni la Maison Blanche, ni Oracle, Silver Lake ou l’ambassade de Chine n’ont souhaité commenter officiellement l’accord à ce stade, selon Semafor.
Un feuilleton qui dure
Ce dénouement marque une étape majeure dans ce feuilleton entamé sous la première administration Trump et relancé sous Joe Biden. En 2024, une loi américaine imposait à ByteDance, la maison-mère de Tiktok, de céder son application de vidéos courtes à un propriétaire non-chinois avant le 19 janvier 2025, sous peine d’interdiction. Le gouvernement s'inquiétait alors que l'application soit un cheval de Troie au service du Parti communiste chinois.
A défaut d'accord, l'application a disparu pendant quelques heures. Mais dès son premier jour à la Maison Blanche, Donald Trump a signé un décret visant à maintenir la plateforme en ligne, le temps que son administration parvienne à un accord pour la vente de l’entreprise. Le président n'a pas hésité à jouer les banquiers d'affaires, mobilisant les investisseurs et négociant avec Pékin sur fond de guerre commerciale. A tel point que Donald Trump a un temps envisagé... des honoraires.
Les négociations ont échoué à plusieurs reprises, forçant le républicain à repousser à maintes reprises l'échéance. Le quatrième report a fixé la date butoir pour cette mise en conformité au 23 janvier 2026. Le temps est donc compté pour (enfin) finaliser le deal.
