Vivre 100% Made In France: "Un vrai parcours du combattant"

Benjamin Carle, dans son appartement, entouré d'objets fabriqués en France. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE
Il en a fait l’expérience : vivre et consommer 100% français, "c’est un vrai parcours du combattant". Prenant ironiquement au pied de la lettre l’injonction qui nous est faite de consommer français, le journaliste Benjamin Carle a vécu pendant 9 mois en ne consommant que des produits nationaux. Il en a tiré un documentaire, « Made in France », diffusé ce mercredi soir à 20h55 sur Canal+. Un véritable sacerdoce.
"Rien n’est simple, a-t-il expliqué ce matin dans les Grandes Gueules sur RMC. Avant d’acheter un produit français, il faut d’abord le trouver". C’est d’ailleurs une des images fortes de son documentaire : son 2-pièces parisien, rempli comme tout le monde de produits étrangers, a été vidé de son contenu. Exit donc, le canapé, l’électroménager, les produits high-tech, mais aussi les vêtements. Beaucoup de ces produits ne sont plus fabriqués chez nous, et quand ils le sont, ils deviennent hors de prix. "Avec mes 1.800 euros nets par mois, le canapé ça a été galère, a raconté Benjamin Carle. Il n’y a aucun produits français dans les supermarchés de l’ameublement. On peut se laver français, il y a le savon de Marseille. Il reste une brosse à dent fabriquée en France. Mais il n’y a pas de coupe-ongles, ni de frigo. Cela fait bien longtemps qu’on ne trouve pas de réfrigérateurs fabriqués en France". C’est donc son rebord de fenêtre qui lui a servi de frigo. "Il n’y a pas d’ordinateurs français non plus", a-t-il ajouté.
"On n'est même pas sûrs qu'une marque française fabrique en France"
Surtout, consommer français, cela demande un temps fou. Le temps qu’il faut pour déchiffrer les étiquettes des produits et dénicher les arnaques. Car "à part avec quelques labels très identifiés sur la nourriture et des marques qui communiquent dessus et où cela a été plusieurs fois vérifié", on n’est jamais sûr d’acheter français.
"Aujourd’hui, on n’est même pas sûrs qu’une marque française fabrique en France, a rappelé Benjamin Carle dans les GG. A l’inverse, des constructeurs étrangers vont fabriquer en France. Si vous roulez en Peugeot 107, ou en Renault Clio, il faut savoir qu’elles ne sont pas fabriquées en France. Par contre, la Toyota Yaris est fabriquée à Valenciennes. Coca-Cola a des usines en France, et même la canette en métal est produite en France". Le journaliste prévient : "Quand une entreprise met des drapeaux français sur ses emballages, méfiez-vous. Les lasagnes, par exemple, communiquent sur l’origine de la viande française, mais la viande ne représente que 20% du produit".
L'Etat ne montre pas l'exemple
Le documentaire dénonce, de fait, la désindustrialisation de notre pays qui mène à ces paradoxes. Benjamin Carle a pris l’exemple du textile, mis en avant par le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, et sa désormais marinière. "Le textile est un vrai exemple de la désindustrialisation qu’a connu la France ces 30 dernières années. C’est 2 millions d’emplois détruits en France dans ce secteur, à cause des délocalisations, du progrès technologique et du départ de ces emplois vers le tertiaire", détaille le journaliste.
Dans les Grandes Gueules, Benjamin Carle a également regretté que l’Etat ne donne pas le bon exemple en matière de patriotisme économique : "La moindre des choses c’est que l’Etat montre l’exemple. L’Education nationale fait appel à un prestataire étranger pour la mise en place de son intranet, la RATP achète des bus allemand, le stif (qui gère les transports en Ile-de-France, NDLR) a transféré son centre d’appel au Maroc. L’Etat cherche à gagner de l’argent au détriment de l’emploi". Après cette expérience, Benjamin Carle en arrive à cette conclusion : "Pour consommer français il faut consommer moins, et pour produire, il faut changer les règles".

Benjamin Carle a du troquer son vélo chinois contre une mobylette 100% française datant des années 70 (Twitter_@Benjamin_Carle).












