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Vincent Lambert: pourquoi faut-il parler d’"arrêt des traitements" et non "des soins"?

BFM Margaux de Frouville
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La nuance est importante. C’est bien une procédure d’arrêt des traitements et non d’arrêt de soins qui a débuté ce lundi matin pour Vincent Lambert. Cet homme de 42 ans est tétraplégique en état végétatif depuis plus de dix ans.

L'interruption des traitements visant à maintenir en vie Vincent Lambert, annoncée par son médecin pour cette semaine, a débuté dès ce lundi matin. Cette décision médicale, qui a provoqué la colère de ses parents, obéit à un cadre strict, du point de vue de la loi comme de l'éthique.

La procédure est encadrée par la loi Claeys-Leonetti de 2016, qui interdit l'euthanasie et le suicide assisté mais autorise l'arrêt des traitements en cas "d'obstination déraisonnable". Selon cette loi, les traitements peuvent être "suspendus" lorsqu'ils "apparaissent inutiles, disproportionnés ou lorsqu'ils n'ont d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie". La décision doit être prise par les médecins de façon "collégiale". L'arrêt des traitements est à ne pas confondre avec un "arrêt des soins". 

Sédation profonde

Avec l’arrêt des traitements qui le maintiennent en vie, soit l’hydratation et l’alimentation, les soins vont au contraire s’intensifier. "La priorité reste prévenir la sensation d’inconfort et douleurs avec d’abord des antalgiques, c’est-à-dire des anti-douleurs", nous explique le Professeur Vincent Morel, chef de l’équipe mobile d’accompagnement et de soins palliatifs du CHU de Rennes.

Pour éviter la sensation de soif, l’équipe de soignants veille également à l’hydratation de la bouche, du palais et de la langue. "Les infirmiers peuvent recourir à des brumisateurs, à des compresses humidifiées avec de l’eau, du soda, ou même du café", poursuit l’ancien président de de la Société française d'accompagnement et de soins palliatifs.

"Il ne souffrira pas"

Au cœur de cette procédure, il y a surtout "l’application du principe de précaution: on endort le malade - c’est ce qu’on appelle la sédation profonde - pour être sûr qu’il ne ressente pas d’inconfort", détaille Vincent Morel. Concrètement, le patient est perfusé. "On n’injecte pas un produit létal. La sédation ne fait pas mourir. Ce n’est pas de l’euthanasie", précise à BFMTV le Professeur Régis Aubry, président de l'Observatoire national de la fin de vie.

C’est le dosage qui est délicat: "il faut trouver un équilibre qui permet à la fois la sédation et l’absence d’inconfort. On ajuste en permanence", développe ce membre du Comité consultatif national d'éthique. Comment faire chez les personnes qui ne peuvent pas s’exprimer? "Les médecins utilisent des échelles pour mesurer l’absence de douleur. Par exemple, en prenant le pouls du patient; en regardant si le cœur accélère", ajoute Régis Aubry.

Le décès intervient généralement dans les jours qui viennent, des conséquences de la déshydratation, après l’atteinte d’un organe vital, comme le rein par exemple. "Mais il ne souffrira pas avec la sédation", assure le spécialiste.